INFORMATISATION, ENTRE DISCOURS ET REALITE AU CAMEROUN

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Malgré les assurances données, l'informatisation des opérations électorales n'est pas un acquis au Cameroun.

Ceux qui suivent de près la communication gouvernementale autour de l'informatisation du fichier électoral ont dû sourire à l'écoute du communiqué du ministre de l'Administration territoriale et de la décentralisation à propos de la découverte des électeurs fictifs sur les listes d'électeurs. Le communiqué du Minadt parle " d'erreurs de saisie " et " d'opérations provisoires " pour tempérer l'ampleur et la grossièreté des incongruités relevées par votre journal sur les listes électorales figurant sur le site de ce ministère. La reconnaissance par le Minadt de ces " erreurs de frappe " a de quoi surprendre. Le gouvernement travaille en effet sur l'informatisation du fichier électoral depuis 1992. Quinze ans de dur et patient labeur qui aboutissent à des " erreurs de saisie " au moment où le corps électoral aurait déjà dû être convoqué.

Le 17 février dernier, dans les colonnes de Cameroon Tribune, Marafa Hamidou Yaya s'extasiait : " Le projet de l'informatisation des opérations électorales est mis en oeuvre sur haute instruction du président de la République édictée en 1992. Le projet a démarré en 1996 par la phase des études. Celles-ci ont pris fin en 2005 par la publication d'un schéma-directeur de l'informatisation des opérations électorales. La mise en oeuvre de ce schéma-directeur, censée démarrer en janvier 2006, a connu un retard dû aux questions de financement. Depuis août 2006, des moyens ont été mis à la disposition du Minatd pour le démarrage effectif du projet ". Rien ne saurait donc justifier les " erreurs de saisie " actuelles, vu que tout a été mis en oeuvre pour l'heureux aboutissement du projet.

D'ailleurs, le Minadt allait plus loin dans son assurance : " ( ) Tout le matériel du projet a été commandé et livré. A cet effet, un marché a été passé avec l'entreprise Cfao-Technologies suite à un appel à consultations. Le matériel contenu dans le site national visité est le même que celui livré dans les sites provinciaux et les sites départementaux. Un logiciel de gestion des élections a également été acquis. Le personnel d'exécution du projet a été recruté, formé et mis en place. Les opérations de saisie ont commencé et se poursuivent normalement sur le terrain. J'ai prescrit un délai impératif aux autorités administratives pour la fin des opérations ". L'objectif de la campagne médiatique autour de l'informatisation du fichier électoral était de créer la confiance et le consensus populaire autour de la crédibilité du double scrutin municipal et législatif attendu. C'est raté.

Depuis 2002, les élections législatives et municipales constituent un test grandeur nature pour les ministres en charge de l'Administration territoriale. Pour avoir été incapable d'organiser dans les délais les élections couplées du 23 juin 2002, Ferdinand Koungou Edima fut remercié Sans ménagement. S'achemine t-on vers le même cas de figure avec Marafa HAmidou Yaya? Rien n'est moins sûr. Mais la prompte réaction du Minadt, suite aux révélations faites par Le Messager à propos des incongruités des listes électorales provisoires, trahit un malaise réel au sein de ce département ministériel. Tout ce qui touche à l'informatisation du fichier électoral fait généralement frémir le Minadt. Le 7 juillet 2004, en réaction aux marches organisées par la Coalition pour la réconciliation et la reconstruction nationale (Crrn) pour revendiquer l'informatisation du fichier électoral, Marafa avait pris un communiqué.

Dans lequel on pouvait lire : " le gouvernement, en collaboration avec des partenaires extérieurs, dont notamment les Nations unies, a élaboré un projet d'informatisation non seulement des listes, mais de l'ensemble des opérations électorales. Les négociations se poursuivent avec ces partenaires pour le financement de cet important projet dont le coût est de plus de neuf milliards de francs Cfa ". Trois années sont passées et plus de neuf milliards consommés, et toujours pas de fichier électoral fiable. Le fossé reste grand entre les assurances et les déclarations d'intention et les réalités sur le terrain.

(SOURCE : Le Messager)