LA PRIVATISATION DE GABON TELECOM SUSCITE LA POLEMIQUE

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A peine concrétisée, la privatisation de l'opérateur public Gabon Télécom au profit d'un repreneur marocain nourrit la polémique au Gabon entre partisans du patriotisme économique et tenants du réalisme financier, sur fond de rivalités au sommet de l'Etat. C'est le très orthodoxe quotidien L'Union qui a sonné la charge contre la vente en février de la majorité du capital de Gabon Télécom à Maroc Télécom, lui-même filiale à 51% du groupe français Vivendi, pour 40 milliards de francs CFA (60 millions d'euros).

Dans un long article, le journal pro-gouvernemental a dénoncé il y a deux semaines le bradage de ce "fleuron des entreprises gabonaises", opéré selon lui dans "l'opacité et la connivence".

Entre autres griefs, L'Union regrette "le retrait total de l'Etat actionnaire" de la société et l'arrivée de 30 cadres marocains à ses postes stratégiques. Surtout, il affirme que le repreneur a "lui-même déterminé le prix de vente" de Gabon Télécom, profitant de la "complicité" ou de "l'incompétence" du gouvernement gabonais.

Deux jours plus tard, L'Union enfonce le clou en donnant à sa plume des accents encore plus patriotique, qualifiant la vente de Gabon Télécom d'"acte antinational".

Dénonçant à nouveau une "cabale contre le Gabon et son peuple", le quotidien en attribue la paternité à "des personnes qui veulent à tout prix contrôler certains rouages de l'Etat, pas seulement dans la perspective de l'après-pétrole mais aussi et surtout dans celle de l'après Bongo Ondimba".

Après quelques jours, le gouvernement est finalement sorti de sa réserve en faisant monter au créneau le secrétaire du comité de privatisation, haut-fonctionnaire du ministère des Finances.

Dans une longue riposte publiée le 21 avril, Fidèle Magouangou balaye les critiques, écartées comme autant de "propos calomnieux" émanant de "ceux-là même qui ont conduit à la faillite" l'entreprise.

Selon lui, la privatisation de Gabon Télécom n'a eu pour objectif que de sauver une entreprise "en quasi-faillite", plombée par une dette de 50 milliards de francs CFA (76 millions d'euros) en 2006, "la perte importante et continue des parts de marché" et une "masse salariale démesurée".

Quant à Maroc Télécom, il a été retenu puisque seul candidat à avoir déposé une offre définitive, justifie le responsable. Au passage, il réfute tout bradage, assurant avoir arraché aux Marocains une revalorisation de leur offre de 17 à 40 milliards de francs CFA.

Comme M. Magouangou, nombre d'observateurs ont reconnu dans la campagne de L'Union la patte des ex-patrons de Gabon Télécom. "Furieux d'avoir été écartés, ils se vengent", note l'un d'eux, "ce qui est gonflé car leur mauvaise gestion est à l'origine de la crise de l'entreprise".

Plus politiques, certains voient dans la polémique un nouvel épisode de la guerre que se livrent les prétendants à la succession du président Omar Bongo Ondimba. Ils relèvent ainsi que ceux qui sont accusés d'avoir bradé Gabon Télécom sont les mêmes que L'Union avait soupçonné il y a quelques mois d'avoir voulu vendre l'îlot de Mbanié à la Guinée équatoriale.

"Le prétexte change mais le combat est le même", résume un proche du pouvoir, "pour chacun des clans, tout est bon pour affaiblir l'adversaire".

Le feuilleton Gabon Télécom est parti pour durer. Des cadres de l'entreprise sont à leur tour entrés dans l'arène pour dénoncer la privatisation. Et ils ont promis d'y rester jusqu'à ce que le dossier connaisse "une évolution patriotique"...

(SOURCE : Afrique Centrale Info)