L'enseignement à distance mettra-t-il les enseignants au chômage?

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L'enseignement électronique par les nouvelles technologies (à distance) menace-t-il de remplacer l'enseignant?

Cette question a été soulevée lors d'une conférence internationale tenue à Nairobi, il y a environ deux semaines, à laquelle 1.400 personnes venant de 88 pays ont pris part. La dernière découverte dans le secteur de la technologie de l'information et de la communication (TIC), avec un accent sur l'éducation, la formation et le développement a été présentée.

L'enseignement à distance utilise des ordinateurs, la radio ou la télévision en plus des livres et des cours. Il varie des utilisateurs particuliers au groupe en situation d'apprentissage dans une classe. Les apprenants peuvent parler en ligne et échanger des idées. Cet enseignement est participatif et permet le partage du matériel d'apprentissage entre des utilisateurs interconnectés.

Le format aide à renforcer ce qui a été appris à travers l'utilisation des graphiques et des dessins. Les apprenants peuvent entendre des sons et pratiquer tous seuls. Le plus grand avantage de l'enseignement à distance réside dans le fait que les utilisateurs peuvent apprendre à leur propre rythme. Le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) est en train d'encourager les pays à adopter l'enseignement à distance.

Jenny Cole, de NetLearn basé en Afrique du Sud, a essayé de dissiper les doutes selon lesquels la méthode mettra à la longue les enseignants au chômage. "L'enseignement électronique ne sort pas l'enseignant de la classe. On a besoin d'un enseignant pour conduire l'enseignement à distance", a-t-elle observé.

John Matogo, un maître de conférence à l'Université de Strathmore au Kenya, a déclaré que l'enseignement électronique complétait le travail des enseignants. "L'enseignement à distance facilite l'offre de matériel supplémentaire en ligne. Parfois, il est impossible d'accorder une attention personnelle aux apprenants, ainsi ils peuvent envoyer des questions en ligne et communiquer avec d'autres apprenants".

Le ministre kényan de l'Education, George Saitoti, a déclaré, à l'ouverture de la conférence, que la méthode d'éducation par les TIC est plus coûteuse que les modes courants de l'enseignement utilisés dans les écoles. "Avec l'enseignement à distance, un enseignant peut atteindre beaucoup d'apprenants à travers la vidéoconférence et d'autres modes".

Mais Chris Smith, un maître de conférence à l'Université de Bolton basée au Royaume-Uni, a affirmé que les enseignants africains risquaient de devenir inutiles avec l'adoption de l'enseignement à distance à moins qu'ils soient formés dans ce domaine.

Dans d'autres domaines, l'enseignement électronique a porté quelques fruits. NetLearn fournit ses services à l'Université d'Afrique du Sud (UNISA) située à une longue distance et traite actuellement avec 14.000 apprenants. "Nous sommes en train de connaître de grands succès avec la Licence internationale de faire fonctionner un ordinateur (ICDL)", a indiqué Cole.

"La technologie s'améliore. Nos succès proviennent du fait que nous avons une approche mixte, associant les livres, l'enseignement électronique et les ateliers", a ajouté Cole. L'UNISA cherche à étendre l'ICDL à d'autres facultés.

Le ministère de la Santé dans le KwaZulu Natal, l'une des provinces de l'Afrique du Sud, veut qu'environ 3.000 membres du personnel soignant dans la cité balnéaire de Durban soient formés sur le traitement de l'information le plus récent, y compris sur le VIH/SIDA, à travers un projet d'hygiène interactif.

Le matériel pédagogique dont le projet a besoin est en train d'être créé par les infirmiers eux-mêmes, pour être partagé en ligne avec des collègues professionnels. Peggy Nkonyeni, ministre de la Santé de la province, a une vision à long terme pour les infirmiers et d'autres membres du personnel soignant utilisant ce programme pour soutenir leur développement professionnel.

Des avancées ont été faites dans le cadre de l'initiative du NEPAD sur les écoles électroniques. Le projet a été initié dans des écoles secondaires avec l'objectif d'atteindre des jeunes Africains et de leur permettre de prendre part à "la société mondiale de l'information et à l'économie du savoir".

Un résultat important attendu de ce projet est de transmettre des connaissances des TIC aux jeunes Africains dans des écoles primaires et secondaires et d'exploiter les TIC pour améliorer et étendre l'éducation dans des écoles africaines.

Les pays qui ont embrassé l'enseignement électronique en participant à l'initiative du NEPAD, sont l'Algérie, le Burkina Faso, le Cameroun, le Gabon, le Ghana, le Mali, l'Ile Maurice, le Nigeria, le Rwanda, l'Afrique du Sud, l'Ouganda, le Mozambique, l'Egypte et le Lesotho.

Six écoles de chaque pays participant ont été sélectionnées pour le projet de démonstration. La phase pilote a été conclue avec succès. Les écoles ont été équipées de laboratoires d'ordinateurs, d'équipements de gestion de réseau et d'accès à l'Internet.

La prochaine phase nécessitera l'implication des partenaires dans l'équipement des écoles secondaires en infrastructure des TIC et dans la formation des parties prenantes sur la manière de mettre en oeuvre l'enseignement électronique dans les écoles.

Pour certains participants, comme le ministre zambien de l'Education Geoffrey Lungwangwa, le fossé numérique entre l'Afrique et les pays développés peut être comblé en embrassant l'enseignement électronique.

Emmanuel Odhiambo de la Société de réseaux d'ordinateurs (Computer Networks Company), qui dispense l'enseignement à distance dans 13 pays africains, a souligné le coût élevé des équipements ainsi que le manque d'expertise locale. "Quand les machines tombent en panne après notre départ, il n'y a personne pour les réparer".

Renforcer les capacités d'atteindre les parties les plus reculées a été considéré comme un défi à relever par les conférenciers en provenance de l'Ouganda, du Nigeria et du Ghana.

Le ministre adjoint de l'Education du Ghana, Kwame Amporfo Twumasi, a conseillé aux pays africains de développer leur propre programme d'enseignement électronique qui s'adapte à la situation africaine.

Maria Levy de Eduvision, une société sud-africaine des TIC dans l'éducation, a déclaré que sa société était en train de développer un logiciel qui pourrait digitaliser des manuels scolaires et les rendre accessibles aux écoles à travers l'Afrique.

Nous allons digitaliser des manuels scolaires et utiliser un réseau satellite pour transmettre les contenus aux élèves. Tout ce dont l'élève aura besoin est une antenne et un serveur", a-t-elle dit. L'Institut de l'éducation du Kenya est en train également de digitaliser le programme scolaire dans le but de poser les premiers jalons de l'apprentissage et de l'enseignement par les TIC.

(SOURCE : Inter Press Service)