L'OLPC DEMARRE DES PROJETS-PILOTES EN AFRIQUE DU SUD ET AU NIGERIA

L'éditorial du mois

Bien que le lancement du projet d’un ordinateur par enfant (One Laptop Per Child – OLPC) ait été reporté à octobre 2007, les organisateurs du projet ont commencé à utiliser des machines tests dans quelques sites pilotes pour acquérir de l’expérience quant à leur fonctionnement dans un environnement local. Le portable est fait de plastic résistant vert et blanc et dispose d’une batterie d’une charge de quatre heures, d’un écran en couleur et d’une connexion Wi-fi incorporée. La semaine dernière Russell Southwood s’est entretenue avec Antoine Van Gelder, membre du programme de développement du projet OLPC en Afrique du Sud. Il nous donne une analyse franche mais enthousiaste de ce qui a été fait pour permettre l’introduction de ce portable en Afrique.

Q : Quel est votre degré de collaboration avec le projet OLPC ?

Je suis un supporteur du projet mais je ne suis pas affilié au projet OLPC au niveau mondial. Nous souhaitons que ce qui se passe en Afrique du Sud serve autant que possible de point de départ. Nous avons l’équipement mais la question est plutôt de savoir comment l’introduire sur le marché. Notre idée est de devenir un point-phare pour quiconque a besoin de conseils.

Q : Comment avez-vous obtenu un exemplaire du portable ?

Nous avons reçu le portable gratuitement. OLPC gère un programme de développement. En ce moment ils ont un nombre limité de portables et la plupart sont données à des développeurs de logiciels. Ils encouragent les gens qui des idées à rejoindre le projet. Morgan Collett est l’autre personne en Afrique du Sud qui est impliqué dans ce programme.

Q : Comment allez-vous vendre les portables ?

La raison pour laquelle le portable est si peu cher c’est parce que le projet a un défaut majeur. 50% du coût d’un projet de ce type est pour la chaîne de distribution et le marketing. Nicholas Negroponte, l’initiateur du projet a « viré » la chaîne de distribution et le marketing. OLPC s’engage à vous vendre le portable aussi longtemps que votre commande atteint 250,000 unités. C’est mieux que l’année dernière lorsque le niveau minimum de commande était de 1 million d’unités. Il y a très peu d’organisations qui sont capables de réunir ce montant d’argent mis à part les gouvernements ou les Nations Unies. Le prix d’un portable est de 175 dollars US par conséquent une commande de cette taille nécessite la somme de 4,375,000 dollars US.

Q : Avec qui êtes-vous en relation ?

L’idée est de donner gratuitement un portable à chaque enfant en Afrique du Sud. Cela représente un faible pourcentage du budget éducatif annuel et donc par conséquent l’idée n’est pas complètement irréalisable. Le portable a une durée de vie de cinq ans. Si nous n’arrivons pas à persuader le gouvernement, nous considérerons d’autres options. Nous essayerons de trouver quelqu’un qui a assez de liquidités pour garantir un prêt et ensuite nous prendrons les commandes des organisations et des personnes intéressées. Le prix d’un tel portable est comparable à celui d’un téléphone portable. Les gens peuvent réunir ce montant d’argent. Une fondation, par exemple, pourrait acheter la première série de 250,000.

Q : Vous avez mentionné le démarrage d’un projet pilote ?

Oui, c’est la chose la plus importante en ce moment. Nous avons besoin d’assez de portables pour fournir chaque classe dans une école. Nous songeons à un endroit dans la partie Est du Cap parce que la plupart des personnages impliquées dans la lutte pour la démocratie venaient de cette région. Nous avons une école candidate dans la « Wild Coast » et nous sommes aussi en contact avec une personne qui est fortement impliquée dans la communauté locale. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être perçue comme venant de l’extérieur avec cette chose qui va changer la vie des gens.

Nous devons en premier lieu nous assurer du soutien des leaders de cette communauté. Il s’agit de les convaincre que les quatre ou cinq étrangers qui vont venir avec leur boîtier vert et blanc ne menaceront pas leur situation. Nous devons travailler en prenant certaines précautions et la première chose à faire c’est d’engager un dialogue.

Q : Qu’est-ce qui se passe ensuite ?

Si nous arrivons à établir un dialogue, nous aurons assez de portables pour équiper chaque enfant dans le village. Ensuite nous observerons ce qu’ils font avec les portables.

Q : Selon vous qu’est ce qui se passera après ?

Ma seule expérience antérieure vient de Scarborough, il y a un an de cela quand nous avons commencé à nous préparer pour une phase pilote avec OLPC. Nous avons réalisé cette expérience dans une communauté blanche de classe moyenne. Au départ nous avons mis en place un réseau gratuit. Au bout d’une année, l’ensemble du village était connecté.

L’une des premières chose qui s’est passé c’est que les enfants ont commencé à communiquer entre eux et à jouer des jeux. Le résultat est que la communauté d’enfants en est ressortie d’autant plus forte. Nous leur avons donné un nouvel univers avec lequel ils peuvent jouer. Ils ont même lancé leur propre station de radio.

Six mois plus tard, les adultes s’y sont intéressés. Scarborough dispose d’une grande salle polyvante qui n’est pas souvent utilisée. Un petit groupe de parents a commencé un centre pour les jeunes avec des tables de ping-pong, un billard et un magnétoscope. Ils ont monté ce projet pour les enfants mais toutes sortes d’enjeux politiques se sont ensuite greffés sur le projet. Il y a des nouvelles lignes de pouvoir entre les leaders et ceux qui suivent. En d’autres termes, cela n’a pas toujours été facile mais ce projet a insufflé une nouvelle vie à la communauté. Nous espérons le même résultat avec le projet du portable.

Q : Comment envisagez-vous l’utilisation du portable dans le cadre des cours de classe ?

Pour l’instant cela ne fait pas partie de l’enseignement et il n’y a pas de programme de formation. Les enseignants devront se jeter à l’eau. Nous pouvons les former à utiliser les jeux électroniques et les autres logiciels conçus pour le portable mais quand nous partirons, ils seront laissés à eux-mêmes.

Le but n’est pas de créer une nation de scientifiques et d’ingénieurs avec ce projet. Mark Shuttleworth est entrain de travailler dans ce sens avec son programme Kusasa.org. Il a aussi investi de l’argent dans les programmes Python et Smalltalk.

Q : Comment pensez-vous surmonter la question de l’enseignement formel de l’informatique à l’école ?

Il y a plein de possibilités d’utiliser le portable comme un instrument exploratoire. Si on prend par exemple la géographie, les enfants peuvent consulter Wikipedia pour voir des images et avoir des informations. Il s’agit plutôt de pousser les limites.

Une salle de classe doit normalement être calme pour permettre au professeur d’enseigner. La technologie permet de déplacer la conversation de la classe dans le cyberespace pour ne pas interrompre le professeur.

Avec les jeux électroniques, il est possible de construire des choses parce que les outils qui sont mis à la disposition des enfants sont très tournés vers les sciences et les mathématiques. C’est très bien pour ceux qui enseignent les matières scientifiques mais il y a très peu de projets pour ceux qui ne sont pas dans ce domaine.

J’ai oublié de mentionner le serveur. Il dispose du logiciel Wikipedia. Son prix qui n’est pas encore finalisé sera probablement de l’ordre de 250 à 300 dollars US.

Q : Quel est la durée de charge de la batterie du portable ?

Elle est impressionnante. La batterie peut durer quatre heures pour un usage standard et sans un système d’économie. Il est question d’une nouvelle batterie basée sur un autre procédé chimique qui porterait la durée de charge à huit heures. Le portable dispose d’un écran de 10 pouces en couleur à haute définition.

Q : Qu’en est-il de la sécurité ? Est-ce que les portables ne vont pas simplement disparaître dans la nature ?

Lorsque vous donnez des sucreries à tous les enfants, vous courez toujours le risque que quelques adultes prendront les sucreries des enfants. Le portable vient avec des clefs d’activation. Si celles-ci ne sont pas renouvelées, la machine s’arrêtera par elle-même. Personne ne croit en l’idée qu’aucune machine ne sera volée. Il s’agit plutôt d’en minimiser la possibilité.

Q : Est-ce qu’il y a des projets pilotes dans d’autres endroits ?

La plupart des projets pilotes ont lieu au Nigéria, en Argentine, au Népal et à Mexico.

Q : Qu’en est-il du projet pilote au Nigeria ?

Ceux qui travaillent sur le projet OLPC ont trouvé un village et il y a un mois de cela ont installé les portables. Il est difficile d’avoir une analyse complète mais leur site Internet a plein de photos d’enfants qui sourient. Le résultat le plus marquant c’est que les enfants ne veulent plus quitter l’école et la fréquentation est maintenant de 100%. En fait des enfants que l’on pensait perdus pour le système éducatif, sont revenus à l’école. Bien que le portable dispose de peu de logiciels et sans préparation à vrai dire, le projet a en quelque sorte revitalisé l’école. Maintenant il reste à voir si cela va durer.