Téléphonie mobile, la hantise gagne les gérants de cabine EN Côte d'Ivoire

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Depuis deux mois environ, le coût de la communication avec les cartes prépayées des compagnies de téléphonie mobile a quelque peu chuté. C'est le client qui s'en réjouit. Chez les gérants de cabine cellulaire, par contre, c'est l'amertume.

100 F, 99 F, 80 F, 75 F, et même 66 FCFA la minute d'appel sur le mobile en Côte d'Ivoire avec les cartes prépayées. C'est le boom des coûts de communication dans le milieu de la téléphonie mobile depuis le mois d'avril 2007. Des tarifs d'ailleurs considérés très alléchants par les clients prépayés des quatre sociétés de téléphonie mobile qui se partagent le marché.

Et pour cause, ce sont des tarifs qui ne dépassent guère ceux que pratiquent les nombreux gérants de cabines qu'on rencontre un peu partout sur l'étendue du territoire national.

Cette nouvelle situation dont se réjouissent les clients prépayés - qui représentent plus de 90 % des abonnées des compagnies cellulaires - n'est pas pour autant du goût des gérants de cabine. En effet comme nous l'explique Vally Tioté, propriétaire d'une cabine et d'un kiosque à journaux aux Deux-Plateaux 7ème tranche, les affaires ne marchent plus véritablement depuis la chute des prix. "C'est un constat tout simple que je fais. Depuis quelque temps, j'écoule difficilement en trois semaines ma recharge de 100 000 FCFA. Ce que je réussissais pourtant à faire en deux semaines au plus", explique-t-il. Pour ce gérant de cabine, la morosité actuelle est due principalement à la baisse de la minute de communication des cartes prépayées des compagnies de téléphone mobile. "Depuis qu'on peut communiquer à 100 FCFA la minute et même moins avec les cartes prépayées, les gens préfèrent s'acheter une carte et téléphoner chez eux à souhait. Imaginez-vous que durant près d'une heure, je n'ai reçu que deux clients. C'est une catastrophe, et je pense qu'il faut que quelque chose soit fait pour aider les gérants de cabine", lance en appel Vally Tioté.

Pour Mlle B. Sylvaine, gérante d'une cabine à Port-Bouët, la situation est identique et l'envie pour elle de choisir un autre gagne-pain grandit de plus en plus dans son esprit. "Je ne sais pas si on veut voir les cabines cellulaire disparaître. Je constate tout simplement qu'alors qu'on réduit le coût de la communication au niveau des prépayés, il n'y a pas véritablement de facilités pour nous qui nous débrouillons. Finalement, je pense sérieusement à faire autre chose", lâche-t-elle, presque en signe d'impuissance.

A Abobo, K. Souleymane qui exerce le métier de gérant de cabine au grand marché de cette commune depuis plusieurs années préfère être optimiste. "C'est vrai qu'on constate un peu la baisse des clients. Mais je pense que cela peut être dû aussi à la baisse générale du pouvoir d'achat. Je ne suis pas sûr que tout le monde a les moyens de s'acheter chaque fois une carte prépayée, même si la plus petite valeur faciale est de 200 FCFA. Savez-vous qu'il y a des gens qui ne peuvent même pas gagner 100 FCFA par jour ? Je pense que les affaires ne marchent pas toujours comme on le souhaite, surtout en ces temps de pluie", soutient-il, certainement pour s'encourager.

Pour ne pas être surpris par les effets dévastateurs de la grande concurrence dans laquelle se sont lancées les sociétés de téléphone mobile et pour laquelle de nombreuses facilités sont faites aux clients prépayés, K. Francis a pris l'option de se lancer lui aussi dans la vente des cartes.

"Je n'ai pas abandonné la gestion de ma cabine mais j'ai, si on peut le dire, ajouter une autre corde à mon arc. En effet, j'ai aussi décidé depuis quelque temps de me lancer dans la vente des cartes prépayées. C'est une dame qui est mon fournisseur. Mes bénéfices par carte de recharge varient entre 50 et 500 FCFA. Et comme je me rends compte que les clients achètent en ce moment beaucoup plus les cartes de recharge, j'essaie de rattraper ce que je perds au niveau de la cabine", dit-il sourire au coin.

G. Armand, étudiant au campus de Cocody et gérant de cabine à ses moments libres, a pour sa part pris l'option de s'engager à fond dans la loi de l'offre et de la demande. Chez lui, la communication à la minute est passée depuis un bon moment à 75 FCFA grâce à ses abonnements chez différents opérateurs de cellulaire. "Je ne gagne certainement pas beaucoup d'argent par client, mais plus il y a de l'affluence plus je m'en sors", explique-t-il.

M.A. Touré, cadre dans une compagnie de cellulaire de la place, affirme pour sa part comprendre les complaintes des gérants de cabine. Cependant, il n'est pas d'avis que malgré la baisse du coût de la communication des prépayées, de bonnes affaires ne puissent pas se faire à leur niveau. "Je pense que c'est exagéré de croire qu'on veut programmer la mort des cabines cellulaires. Ce n'est pas possible et je ne pense pas qu'une compagnie de cellulaire sérieuse puisse en Afrique envisager cela, surtout qu'on connaît les moyens de nos ménages. Mieux, je pense que toutes les propositions que font actuellement les sociétés de mobile de la place prennent en compte les gérants de cabine qui, il ne faut pas l'oublier, sont certainement les plus gros clients de nos entreprises.

C'est bien pour cela qu'il y a des recharges adaptées à leur commerce pour lesquelles la tarification de la minute oscille entre 66 et 70 FCFA. C'est donc à eux de pouvoir s'adapter à des stratégies de prix réduits pour gagner plus de clients", conseille-t-il. M. Touré est d'ailleurs convaincu, concurrence oblige, que des offres toujours plus alléchantes, avec l'arrivée d'autres opérateurs de cellulaire annoncés sur le marché ivoirien, vont continuer d'être faites aux clients qu'ils soient des utilisateurs de cartes prépayées ou des gérants de cabine.

(SOURCE : Notre Voie)