Interview de Slimane Kheïrdine, P-DG d'Algérie Télécom, «Priorité à la vulgarisation de l'ADSL»

Actualités Internet

Désigné P-DG intérimaire après la mise à l'arrêt par décision de justice au mois d'août dernier de Brahim Ouarets, M. Kheïrdine Slimane vient d'être officiellement installé à ce poste.

Cet ancien diplômé de l'Institut des télécommunications d'Oran, âgé de 56 ans, fort de son expérience de plus de trente ans passés au sein du ministère de la Poste et des Télécommunications, ayant occupé différents postes de responsabilité dans de nombreuses wilayas du pays, avant d'être choisi par le conseil d'administration pour être le nouveau patron d'Algérie Télécom (AT) était chef de la division développement réseau. Le capital expérience acquis par ce dernier a fait de lui le potentiel candidat pour prendre la relève. Une semaine après cette nomination, il nous livre dans l'entretien qui suit quelques indications sur la société par actions qu'il dirige.

M. le P-DG, le dernier emprunt obligataire que vous avez lancé, le 16 septembre dernier, pour les besoins d'investissements de votre filiale ATMobilis, arrive à terme le 17 octobre. Quels en sont les premiers résultats ?

Je tiens à vous faire savoir qu'à la date du 11 octobre, nous avons réussi à récolter pas moins de 8 milliards de dinars sur les 25 attendus. Il est à noter qu'une semaine après le démarrage de l'opération, le taux de récolte était de 25%. Un pourcentage qui me laisse optimiste quant à l'issue de cette opération, d'autant plus qu'il nous est permis d'allonger la période de 10 jours, comme le prévoit le cahier des charges élaboré par la COSOB. Je voudrais rappeler à cette occasion que cet emprunt obligataire a été rendu nécessaire pour permettre à AT de réaliser son programme d'investissements (2006-2011), évalué à 276 milliards de dinars, soit l'équivalent de 3,8 milliards de dollars. Ainsi, il a été décidé de financer une partie de ce programme par l'émission d'un emprunt obligataire par appel public à l'épargne. Ce deuxième appel sera consacré à notre filiale Mobilis, afin qu'elle puisse aller de l'avant dans sa stratégie de déploiement et atteindre les objectifs que les dirigeants de cette entreprise publique se sont assignés.

Parmi vos segments d'activité, que représente en termes de chiffre d'affaires celui des rentrées financières venant des kiosques multiservices ?

Il représente 25 à 30% du chiffre d'affaires qu'a réalisé AT ces trois dernières années. Un pourcentage que nous tenons à dépasser à partir du moment où nous allons procéder bientôt à un réaménagement positif sur le gain octroyé aux propriétaires des KMS. En d'autres termes, si aujourd'hui ces derniers perçoivent 0,70 DA sur les 3 DA par minute d'appel téléphonique, ce pourcentage va être revu à la hausse, permettant ainsi aux patrons des lieux de gagner beaucoup plus.

Toujours au sujet des KMS, l'ouverture de kiosques spécifiques à l'opérateur Djezzy n'a-t-elle pas eu un effet sur l'effectif de vos KMS ?

Absolument pas. Nous continuons à travailler avec pas moins de 45 000 KMS, sans pour autant ne pas reconnaître que nous avons enregistré la fin de contrat avec près de 250 KMS, dont beaucoup pour défaut de paiement des redevances qu'ils nous doivent. Comme je l'ai annoncé auparavant, le nouveau réaménagement sur les gains que nous allons mettre en place va en intéresser plus d'un, ce qui, à coup sûr, va encourager les gérants des KMS.

AT reste le principal moteur du développement de l'Internet en Algérie. A ce titre, quelles sont vos relations avec les fournisseurs d'accès au réseau Internet (ISP) ?

Nous sommes en parfaite symbiose avec ces derniers depuis que nous avons réussi à trouver un terrain qui ne lèse aucune des deux parties. Je tiens à rappeler qu'auparavant, une certaine anarchie s'était installée autour de cette activité dans le sens où chaque provider (au nombre de 13 réellement en activité) appliquait son prix, et se retrouvait ainsi avec une fluctuation sensible (0,02 et 0,03 centimes d'euro), ce qui nous a obligés à prendre la décision qui s'imposait, celle de revoir à la baisse ses tarifs pour les ramener à 0,08 centimes d'euros, une tarification en vigueur actuellement.

Toujours dans le cadre de l'accès au réseau Internet, un service à valeur ajoutée certain mais qui semble connaître des lenteurs dans sa mise à disponibilité Algérie: Slimane Kheïrdine, P-DG d'Algérie Télécom, «Priorité à la vulgarisation de l'ADSL»

Vous conviendrez certes que, pour plus d'accès au réseau, la solution réside dans le développement de l'Internet à haut débit, plus connu sous le sigle ADSL. Il va sans dire que, pour arriver à un plus grand usage de la Toile, ADSL est la solution idoine, et c'est sur cette technologie que repose notre stratégie pour gagner des parts de marché plus importantes face à une concurrence qui ne cesse d'être plus agressive. Nous visons donc à atteindre à l'horizon 2009 les 6 000 000 internautes (actuellement au nombre de 3 000 000). Cet objectif sera atteint grâce à l'apport du WLL (fixe sans fil), présent dans 45 wilayas, qui va permettre de pouvoir accéder au réseau Internet dans les endroits les plus reculés du pays.

Beaucoup de vos clients se plaignent de la faiblesse du débit d'accès au réseau Internet. Qu'en est-il au juste ?

Devant la forte demande, nous avons constaté que la bande passante devient restreinte, entraînant ainsi une chute dans le débit, passant facilement de 153 à moins de 100 bits/s. Pour l'heure, nous nous penchons, avec la collaboration de nos équipementiers, sur le problème afin d'offrir à nos clients un meilleur débit.

Toujours au sujet d'une meilleure accessibilité à la Toile, où en êtes-vous dans ce programme ?

En premier lieu, je tiens à rappeler que les tarifs actuels d'accès à Internet sont de 800 DA pour 60 heures de connexion et de 1 400 DA pour une durée illimitée avec un débit de 120 bits/s. Nous comptons dans un premier temps baisser le prix d'accès à 50 DA et de le ramener par la suite à 30 DA/minute. En ce qui concerne les cybercafés, là encore AT compte contribuer à multiplier leur nombre. En effet, nous allons offrir 150 PC dispatchés à travers toutes les wilayas du pays. Il faut savoir aussi qu'il existe 45 000 cybercafés pour un total de 2 500 000 internautes. Par ailleurs, d'ici à la fin 2009, on comptera 3 000 000 lignes ADSL qui viendront s'ajouter aux 100 000 actuelles. A la fin du premier semestre 2007, nous comptons mettre à disposition 500 000 lignes ADSL.

Autre sujet d'actualité, celui de l'interconnexion avec les réseaux des autres opérateurs.

Comment se présente la chose ?

Pour l'instant, il n'existe aucun différend entre nous ; en quelque sorte, tout baigne dans l'huile à partir du moment où les échanges de chèques correspondants aux droits d'accès à notre réseau se font dans les délais prescrits. De plus, je peux dire que nous sommes très à l'aise avec les deux opérateurs étrangers. Comme je peux avancer qu'il n'y aura plus de saisine, car un niveau élevé de concertation s'est installé entre nous.

Les trois centres d'appel que vous venez d'installer sont-ils arrivés à être pleinement opérationnels ?

Celui d'Alger, le premier à être installé, est arrivé à une bonne vitesse de croisière. Il reste à parfaire les deux autres, Oran et Constantine. Pour en revenir au centre d'appel d'Alger, il n'échappe plus à personne qu'il rend de grands services aux opérateurs, aussi bien nationaux qu'étrangers, qui le sollicitent.

M. Slimane, pouvez-vous nous faire un bref tableau de vos autres champs d'activité ?

Les activités d'Algérie Télécom, société par actions détenues par l'Etat, s'articulent principalement autour de la fourniture des services de télécommunication permettant le transport de la voix, de messages écrits, de données numériques, d'informations audiovisuelles, de l'exploitation et de la gestion des interconnexions avec tout opérateur de réseaux de télécommunication. En plus de la téléphonie fixe qui constitue l'activité principale, AT intervient dans le mobile, via sa filiale ATM Mobilis, dans le satellite (VSAT, INMARSAT, THURAYA) et Internet (voix sur IP et ADSL).

AT offre également des services de transmission de données par paquet (DZPAC et MEGAPAC), l'accès à Internet à haut débit (ADSL), le service télex et les services de lignes spécialisées nationales et internationales. AT utilise un réseau national de transmission numérique composé de 25 000 km de câbles à fibres optiques, 1 962 km en câbles sous-marins et 39 000 km de faisceaux hertziens numériques (FHN). En plus de son propre réseau commercial composé de 120 agences, de 120 divisions commerciales et de plus de 42 000 kiosques multiservices (KMS), AT utilise le réseau d'Algérie Poste (3 500 points de vente) d'Algérie KA, Gécos, ANEP messagerie, GTS phone.

AT, c'est 6 000 travailleurs. C'est aussi une société qui est condamnée à être à la page des technologies. Pour ce faire, nous accordons une grande priorité au volet formation. Nous organisons continuellement des stages pratiques, même à l'étranger. Nous envoyons chaque mois vers les pays de nos équipementiers principaux des cadres de la société pour qu'ils se familiarisent avec les dernières nouveautés technologiques du secteur des télécommunications. Parler de formation, c'est aussi parler de recrutement. Dans ce cadre, il faut rappeler que ce sont 250 000 postes d'emploi (KMS, cybercafé, téléboutique) qui ont été créés depuis la restructuration du secteur de la poste et des télécommunications. Je dirai enfin, que, dans le cadre de la promotion d'une société de l'information et le développement des technologies de la communication, AT a arrêté une stratégie permettant la concrétisation des objectifs fixés par le gouvernement.

Notamment, l'amélioration de la télédensité, l'introduction de nouvelles technologies dans les différents segments des télécommunications et des technologies de l'information et de la communication. Un partenariat ouvert à toutes les compétences en service et en équipements de télécommunication de toutes les nationalités.

A cet effet, à l'horizon 2009, AT se fixe les objectifs suivants : une clientèle en téléphonie fixe de 6 718 000 abonnés, une clientèle GMPCS de 20 000 abonnés et une clientèle en téléphonie mobile de 8 000 000 abonnés.

(SOURCE : La Tribune)