L'ICTA S'ATTAQUE AU DELICAT DOSSIER DE DEGROUPAGE A L’ILE MAURICE

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Dégroupage. Le terme est sans doute très méconnu à Maurice. Pourtant, il est d'une importance capitale pour le secteur des Technologies de l'information et de la communication (Tic). Dans les pays où il a été appliqué, l'avènement du dégroupage a permis de faire jouer la concurrence sur le secteur au bénéfice du consommateur. Pour faire simple, le dégroupage du central téléphonique a un impact important en termes de prix et de services proposés via l'ADSL (Internet haut débit).

Il permet aux fournisseurs d'accès Internet de venir greffer leurs équipements au réseau de l'opérateur historique, en l'occurrence Mauritius Telecom (MT) en leur ouvrant le réseau téléphonique local. Les concurrents de MT ne disposant pas de la boucle locale, qui appartient à MT, ils n'ont d'autre choix que de revendre l'Internet que MT leur vend.

En dégroupant la ligne téléphonique, les opérateurs privés bénéficient d'un accès direct à l'utilisateur final et sont en mesure de contrôler de bout en bout le réseau et de fournir ainsi un service différencié de celui de l'opérateur historique. Et cela sans avoir à investir massivement pour installer un nouveau réseau.

Mais à Maurice, le sujet est resté tabou jusqu'ici, malgré l'instance des opérateurs privés du secteur. Cependant il y a du changement dans l'air. L'Information & Communication Technologies Authority (ICTA) a ouvert le dossier et préparerait même une directive sur la question. Une comprehensive analysis sur toute la question est également en train d'être faite.

En fait, c'est le service My.T de MT, qui regroupe la télévision par ADSL, de téléphonie internationale et d'Internet rapide en une seule offre, qui conduit l'autorité régulatrice à se pencher sur la question. Lancée en juillet dernier, l'offre, qui connaît déjà un certain succès, regroupe la télévision par ADSL, la téléphonie internationale et l'Internet rapide.

Pour certains concurrents de MT, cette offre est indécente et malmène la concurrence. D'autant plus, estiment-ils, que l'opérateur national ne joue pas sur un même plan. "My.T est une offre déloyale. D'une part, en regroupant trois offres en un, l'abonné est forcé de s'abonner au tout en même temps. Ce faisant, MT mange de facto une part du marché des fournisseurs d'accès à l'Internet et des opérateurs de téléphonie internationale", soutient Shankar Peerthy, directeur exécutif de Nomad. Il se demande également comment l'autorité a pu valider une telle offre.

Même son de cloche du côté de l'opérateur de téléphonie internationale Outremer Telecom. "Ce que propose My.T est totalement anticoncurrentiel. Il nous est impossible de faire une offre du même type. Il y a une volonté de nous tuer", estime Michel Rigot, directeur exécutif de la branche mauricienne d'Outremer Telecom.

Du côté de MT, ces arguments sont réfutés. "Le monde des télécommunications est en train de migrer vers le multiservice. Nous faisons ce que fait n'importe quel opérateur dans le monde. D'ailleurs, même à Maurice, des opérateurs du secteur proposent plusieurs services en un", déclare Philippe Méliet, project officer du projet My.T.

Pour les protestataires, il est grand temps de faire du dégroupage. Aussi, l'initiative de l'ICTA est bien accueillie, même au niveau de MT. "S'il faut le faire, je n'y vois pas de problème. Dans d'autres pays, cela a permis une croissance énorme des télécommunications. C'est positif et cela dynamise le marché, mais il faut bien définir le cadre. Et il ne faut pas oublier que cela demande des compétences techniques assez poussées au niveau des télécoms", précise Philippe Méliet. "Installer des équipements sur le réseau de MT nécessitera également plusieurs millions d'investissements pour les opérateurs. Est-ce que la taille du marché mauricien en faut la peine", demande-t-il.

Pourtant, c'est ce que demande le secteur. "Le dégroupage est la prochaine étape de la libéralisation des télécommunications à Maurice. C'est une des solutions aux problèmes que rencontre le secteur actuellement", assure John Ng, directeur de l'opérateur de téléphonie international Hot Link, qui commercialise Yello. Tout comme Outremer Telecom, Hot Link est prêt à pénétrer le marché de l'ADSL si le dégroupage devient une réalité.

"Malgré le fait que nous détenons une licence de fournisseur d'accès à l'Internet, nous nous sommes abstenus d'entrer dans ce segment, parce que cela n'en vaut pas la peine. Si le dégroupage devient une réalité, nous reverrons notre position sur la question", soutient Michel Rigot. "Si cela se fait, nous sommes prêts à devenir un fournisseur d'accès à l'Internet", indique également John Ng. Chez Nomad, l'on estime également que le dégroupage de la ligne téléphonique est le bienvenu.

Or le processus de dégroupage prend du temps. Si l'ICTA souhaite attaquer le dossier sur le fond, il lui faudra certainement tenir en compte une multitude de paramètres. Mais au final, le grand gagnant sera certainement le consommateur mauricien.

(SOURCE : L'Express)