Foley se charge de révolutionner Tunisie Telecom

L'éditorial du mois

En marge du forum GSM>3G Afrique du Nord qui s’est tenu à Tunis la semaine dernière, Isabelle Gross a rencontré Michael Foley, le nouveau patron de Tunisie Telecom. Son titre exacte est directeur chargée de la transformation de l’entreprise. Sa principale tâche consiste à faire évoluer Tunise Telecom pour en faire un un investissement profitable pour Dubai Holding, la société étrangère qui détient 35% du capital de l’opérateur historique et qui sous peu l’accroîtra de 16% pour atteindre les 51% lui permettant d’en prendre contrôle.

A l ‘instar du Maroc, la Tunise n’a pas encore embrassé la révolution de l’internet à haut-débit. On compte en ce moment moins de 50,000 connexions ADSL, ce qui représente une pénétration d’un tout peu petit peu plus que 2%. Ce retard a ses racines dans la façon avec laquelle ce secteur a été organisé jusqu’à présent. Bien que la Tunisie compte 5 fournisseurs privés d’accès internet (FAI)et 7 fournisseurs publics (c’est mieux que le Maroc qui a vu son nombre de FAIs retrécir comme une peau de chagrin sous l’effet bulldozer de Maroc Telecom) qui fournissent des connexions internet. Cela n’en reste pas moins un système de distribution contrôlé par l’Etat par l’intermédiaire de l’Agence Tunisienne d’Internet (ATI). Cette agence a été crée en 1996 avec le statut de société publique anonyme (SPA) dans le but de promouvoir l’Internet comme un moyen de communication auprès du grand public. Un an après sa création, le rôle de l’ATI est étendu pour englober la vente en gros de connectivité (fournie par Tunise Telecom) aux deux premiers FAIs ayant obtenus une licence. En 2001, trois licences supplémentaires ont été attribuées.

Alors que la Tunisie envisage d’amener le niveau de pénétration de l’internet à haut-débit à un taux de 10%, Michael Foley nous explique la position de Tunisie Telecom concernant le marché de l’internet.

Q : Voulez-vous continuer la vente en gros de connectivité ou souhaitez-vous aussi lancer une offre au détail ?

R : En ce qui concerne la situation de l’Internet en Tunisie, il y a deux éléments à considérer. Le pays dispose d’une vaste infrastructure pour la plupart numérique. Il y a plus de 10,000 km de cables de fibre optique posés à travers le pays. Il est vital que nous augmentons l’accès à l’Internet – en particulier le haut-débit.

Nous avons annoncé la mise en place de plus de 100,000 connexions ADSL pour le début de 2007 et nous étudions un projet qui nous permettra d’ajouter 400,000 connexions supplémentaires pour 2008. J’ai confiance que ce nombre de connexions à haut-débit sera facilement absorbé par le marché.

Pour en revenir à votre question, Tunisie Telecom n’a pas changé de stratégie. La société n’a pas le droit d’être un FAI et à présent nous ne poussons pas dans cette direction. Nous allons continuer à fournir de la bande passante aux 5 FAIs existants et les aider à développer le marché de l’Internet. Cela dit, nous n’allons pas arrêter d’évaluer d’autres technologies d’accès tel que l’accès par le téléphone portable. Il y a d’autres technologies que nous souhaitons considérer comme le WIFI and le WIMAX.

Q : Quels sont vos plans pour Tunisie Telecom pour les 6 prochains mois ?

R : Le point essentiel est le mandat que j’ai reçu pour organiser le processus de transformation de la société. L’objectif est de faire évoluer Tunisie Telecom de la société publique qu’elle est à l’heure actuelle vers une société privée avec une responsabilité sociale.

Nous avons identifié plus de 10 domaines d’activités dans lesquels nous pouvons réaliser des améliorations. Je mentionnerai notre service aux entreprises et notre infrastructure numérique. En ce moment nous regroupons notre service fixe et portable dans une seule unité. Tunisie Telecom dispose d’une bonne infrastructure mais il lui manque un certain sens commercial – en particuliers en ce qui concerne la satisfaction des besoins de sa clientèle.

Q : Comment allez-vous résoudre le problème de mentalité au sein de l’entreprise?

R : A Tunisie Telecom, les gens comprennent le besoin de changement. Ils savent qu’ils doivent faire plus attention aux besoins des clients. Le service aux clients est en partie ce qui a fait le succès de Tunisiana, le second opérateur portable du pays.

Un groupe de personnes a rencontré l’encadrement de Tunisie Telecom. Je peux vous dire que parmi les 12 dirigeants de la société tous sont locaux à l’exception d’un. Leur travail consiste à l’introduction d’une nouvelle politique des ressources humaines, au développement d’un programme clientèle et leur participation à l’élaboration d’une nouvelle stratégie commerciale pour les secteurs d’activité portable et Internet.

Il est essentiel que Tunisie Telecom devienne plus commercial et je peux vous assurer que cette évolution est réalisable.

Selon Foley, « la taille de la bête en question » n’est pas négligeable en termes de salariés, d’infrastructure et de clientèle dont le nombre s’élève à plus de 5 millions. Mais il est confiant qu’il peut user de son expérience passée en Bulgarie lorsqu’il dirigeait la société M-Tel Bulgaria, une ex-société publique rachetée par Telekom Austria.

Le challenge qui nous devons relever est de développer le rôle de Tunisie Telecom en tant qu’opérateur de renommée internationale. Dubai Holding a investi plus de 2.5 milliards de $US durant la première phase. Cela constitue leur plus large investissement à l’étranger ils espèrent un retour sur investissement tout en offrant un meilleur service à la population tunisienne. Considérons à nouveau un instant le marché du haut-débit. Nous pourrions générer 8 millions de dinars par mois (6 millions $US) avec 400,000 lignes actives à 20 dinars chacune (15 $US).

Avec ce nombre de connexions haut-débit on pourrait escompter le développement de services en ligne commerciaux et publics (e-commerce & e-government) qui ont retour génèreront des opportunités de revenus supplémentaires pour Tunisie Telecom.

Q : Qu’en est-il de l’état de censure de l’Internet en Tunisie ?

R : Ecoutez , je suis à la tête d’un opérateur téléphonique à vocation commerciale. Je ne peux pas faire de commentaires à ce sujet.

Q : Quels sont les plans de Tunisie Telecom concernant la délivrance d’une licence 3G l’année prochaine ?

Tunisie Telecom examinera en détails cette opportunité avant de prendre une décision. Encore une fois, nous devrons préparer un modèle commercial pour établir quels seront les niveaux de revenus à escompter pour couvrir les investissements en infrastructure que cette licence implique. Nous le ferons s’il y a un retour sur investissement pour nous et si les services qui pourraient être offerts couvriront les besoins des Tunisiens.

Bien que la réponse de Michael Foley a été particulièrment diplomatique, elle reflète un sentiment de septicisme exprimé par un certain nombre d‘opérateurs durant ce forum. En matière de licence 3G ils souhaitent tous une baisse du prix de la licence dans la mesure ou les revenus potentiels sont loin d’être garantis.