LA BATAILLE POUR L'ORDINATEUR A 100$ S'INTENSIFIE

L'éditorial du mois

La quête du sacrée Graal que constitue un ordinateur peu cher pour les marchés émergeants, est la production d'un portable à moins de 100$ US pour le secteur éducatif. Le groupe d'initiative d'un ordinateur par enfant dirigé par Nicolas Negroponte, le technico-show businessman du MIT, a franchi une étape supplémentaire avec les premiers essais dans une unité de production. La concurrence est néanmoins là au travers d'une société canadienne produisant un portable similaire un peu plus cher dénommé INK. Cette quête du saint Graal compte déjà les échecs du brésilien Volks et de l'indien Simputer. Les ventes en Inde ont été faibles et il y a quelque temps de ça leur distributeur africain a mis la clef sous la porte. A son tour, Russell Southwood s’interroge sur la capacité des derniers entrants sur ce marché, à surmonter l’ampleur des challenges qui les attendent pour réussir à produire des ordinateurs à bas prix.

Selon les représentants du groupe d’initiative d’un ordinateur par enfant, Quanta Computer a assemblé les 1,000 premières unités. La société d’origine chinoise est spécialisée dans l’assemblage de PC. Selon leur site internet, leur clientèle est très diverse et inclut les leaders mondiaux de la vente d’ordinateurs.

Selon des sources proches du projet, le prix final annoncé repose sur l’utilisation d’une nouvelle technologie pour l’écran de l’ordinateur. Cela permettrait de ramener le prix du portable au prix annoncé de 100 dollars US. Il reste cependant à savoir si l’ordinateur à 100 dollars aura un écran noir et blanc ou couleur.

L’écran est parmi l’un des composants les plus chers dans l’assemblage d’un portable. Le portable bon marché qu’Intel destine aux marchés émergeants est prévu d’être vendu au prix de 400 dollars US mais il aura un écran de taille normale.

Pour répondre au septicisme concernant le prix final, Nicolas Negroponte répond simplement que l’initiative d’un ordinateur par enfant ira en production. Mais ne s’agit-il pas plutôt d’une tactique pour retarder le moment ou il faudra finalement répondre à la question du prix de 100 dollars ? Pour l’instant « nous devons tester, retester et encore tester cette machine afin qu’elle puisse faire face à des conditions extrêmes de froid de chaleur et qu’elle puissent résister à la boue et à la poussière de la jungle ainsi qu’à l’utilisation quotidienne par des enfants ». Le site internet du groupe d’initiative d’un ordinateur par enfant a annoncé que l’organisation a des commandes pour des millions d’unités mais il est plus que probable que ces commandes seront seulement confirmées lorsque les clients potentiels auront vu un protype final. L’instant de vérité sera la signature du premier chèque.

A l’instar du tapage médiatique réalisé par le groupe d’initiative d’un ordinateur par enfant, Ink a gardé un profil bas en adoptant une stratégie de faire les choses d’abord et d’en parler ensuite. Jerry Morgan, son fondateur canadien, a produit des logiciels éducatifs et c’est son séjour de 11 mois en Inde avec Schoolnet qui lui a inspiré ce projet. En Inde, il a remarqué à quel point les ordinateurs dans les écoles souffraient de surchauffe, de disque dur endommagé et de virus. En rentrant il était déterminé à construire une machine capable de surmonter ces obstacles.

Il s’est décidé à construire la « Volkswagen des ordinateurs » qui fonctionnera avec un minimum de éléments rotatifs pour ne pas avoir besoin d’unité de refroidissement. La solution consiste en un PC basé sur l’utilisation de ROM sur laquelle tournera une version simplifiée d’Open Office ainsi qu’un ensemble de logiciels incluant Firefox pour l’internet, un logiciel pour les mails et la téléphonie sur Internet. James Renaudon-Smith, vice-président responsable des activités éducatives nous a expliqué : « nous ne contruisons pas une machine haut de gamme mais un ordinateur qui couvrira 90% des besoins des utilisateurs auquel il est destiné ». Le portable aura aussi des capacités d’accès sans fil.

La dimension de l’écran est de 7.8 pouces, une taille semblable à celle de l’écran d’un Toshiba Libretto. Le portable peut démarrer en moins de 15 secondes et comme le Palm, il pourra être allumé et éteint rapidement sans que cela affecte le contenu. La mémoire sera supporté via des batons USB ou si nécessaire via un disque dur externe. La batterie quant à elle a une durée de vie de 5 à 8 heures et la puce sera fabriqué par Freescale, une filiale de Motorola. La machine pèse moins d’un kilo. Dès que le portable d’Ink sera en production, la société compte développer un ordinateur du même type.

Ink commencera la production en février avec la société chinoise Brio (qui a des liens étroits avec le gouvernement) qui dispose d’une unité de production de 25,000 pièces par semaine. Au moyen terme, Ink cherche à étendre ses points de production à d’autres pays partenaires.

Le prix de lancement du portable sera de 250 dollars US mais avec l’augmentation du nombre d’unités, le prix pourra être ramené à 200 dollars US. A ce niveau, le prix reste toujours le double de celui annoncé par le groupe d’initiative d’un ordinateur par enfant mais il se pourrait bien que ce prix soit plus proche de la réalité. Renaudon- Smith explique « en ce moment nous avons des commandes fermes pour 5,000 unités et des intentions pour 4.5 millions d’unités supplémentaires sujet à démontration d’un prototype qui fonctionne ».

La société recherche des distributeurs et des compagnies d’assemblage en Afrique qui seraient intéressés à s’impliquer dans la production et la commercialisation de ce portable sur le continent. Si vous êtes intéressés par l’une ou l’autre de ces opportunités envoyez-nous vos coordonnées à info@balancingact-africa.com

La production d’un ordinateur avec des spécifications précises à un prix donné est une tâche très difficile. Si nous affichons un certain septicisme c’est seulement parce que la distance à franchir entre la mise sur le marché d’un produit et le tapage médiatique est la distance qui brise l’espoir avant même d’arriver à la ligne de départ.

Imaginons pour un instant qu’il y a assez d’espoir pour nous porter jusqu’à la ligne de départ en Afrique. Les gouvernements vont ensuite aller dépenser des millions pour acheter les machines. Et qu’est-ce qui se passe fréquement avec des contrats impliquant des millions disons au Nigéria ou au Kenya ? OK, imaginons que cela n’arrivera pas. Combien d’écoles auront des enseignants formés qui seront capables de montrer aux élèves comment utiliser les nouvelles machines ?

Ink ainsi que le groupe d’initiative d’un ordinateur par enfant parlent aussi de développer un contenu éducatif. Pour ce faire le groupe d’initiative d’un ordinateur par enfant a engagé Seymour Papert, un gourou dans le domaine éducatif. Malgré tous ces efforts, il n’est pas apparent qu’un portable sera l’outil de transformation du monde éducatif à moins que plus de travail de base soit réalisé avant sa commercialisation.