SUITE DE L'AFFAIRE DU VIRUS INFORMATIQUE ZOTOB

Actualités informatiques

A la veille de son procès en appel au tribunal de Salé, retour sur l'histoire du jeune Farid Essabar.

C'est au mois d'août 2005 que tout commence. Un virus informatique connu sous le nom de Zotob et ses diverses variantes s'attaquent à d'aussi grandes institutions que CNN, ABC, le New York Times, l'aéroport de Los Angeles ou encore le Congrès américain.

Le virus, permettant de prendre le contrôle des systèmes informatiques, occasionne un désordre de grande ampleur notamment en changeant la liste des passagers de l'aéroport et l'ordre du jour du Congrès.

L'affaire fait grand bruit et les conséquences matérielles sont lourdes : on estime le nettoyage de chaque organisme infecté à un coût de 97 000$ et à une durée moyenne de 80 heures.

Le FBI est mis à contribution pour identifier les coupables de cet acte de piraterie informatique de premier ordre. Les enquêteurs de l'agence d'investigation américaine finissent par identifier un réseau composé de turcs et de marocains.

Avec la coopération des polices de leur pays respectifs, plusieurs personnes sont interpellées sur désignation du FBI.

C'est alors que tout bascule pour Farid Essabar, un jeune slaoui de 18 ans.

Surtout habitué à faire la preuve de son habileté sur internet où il aime se "mesurer", sans intention de nuire, à d'autre férus d'informatique, le jeune garçon se voit accusé d'avoir créé Zotob en modifiant un vieux virus. Farid Essabar l'aurait ensuite transmis aux turcs. Le FBI l'affirme : il aurait eu une conversation MSN avec le principal accusé turc.

Cependant, aucune preuve formelle n'a pu en être apportée puisque les conversations MSN ne laissent pas de trace sur l'ordinateur des utilisateurs mais seulement sur le système de l'entreprise américaine. De même, aucune précision sur la nature des systèmes endommagés n'a été versée au dossier, alors même que la loi réprime uniquement les attaques contre les systèmes de nature sécurisée.

De ce fait, lors de son premier procès, Farid Essabar n'a été condamné que pour "vol" en vertu de l'article 505 du code pénal.

En effet, il avait avoué à la police marocaine qu'il s'était servi du virus pour utiliser des codes de cartes bancaires afin de s'acheter des "t-shirts et des revues".

Mais là encore l'accusation n'est pas étayée de preuves : on ne recense aucun plaignant et le dossier ne contient ni le nom des banques prétendument lésées ni le montant de leur préjudice. La dimension internationale de l'affaire et l'expertise non-contradictoire des spécialistes de Microsoft et du FBI semblent bien avoir fait pencher la balance de lajustice un peu trop vite.

Maître Fertat, l'avocat de Farid Essabar se dit confiant : selon lui, si l'on se fie au dossier et uniquement au dossier, son client doit être acquitté sur le champ.

Le dossier semble en effet bien léger; d'ailleurs, même les associations marocaines de lutte contre la piraterie informatique ont préféré ne pas se porter partie civile.

C'est sur cette absence de preuves concrètes que le défenseur de Farid Essabar fonde son appel. Il nous assure qu'à l'approche de son nouveau procès, son client est serein et qu'il espère réellement sa libération. Le jeune génie, qui a profité de sa détention pour obtenir son baccalauréat avec mention et un an plus tôt que prévu, est incarcéré depuis plusieurs mois.

Il poursuit aujourd'hui des études supérieures en science économique et gestion afin de préparer, comme il se doit, son avenir.

(SOURCE : Libération)