LA BATAILLE DES OPERATEURS POUSSE LES PRIX A L’INTERNATIONAL A LA BAISSE A MAURICE

Actualités Télécom

De Rs 40 à Rs 5,50 l'appel international en quatre ans, qualité améliorée il y a de quoi séduire. 2006 a été bonne pour les opérateurs, mais la concurrence est rude.

Les Mauriciens téléphonent de plus en plus vers l'étranger. Conséquence de la baisse des tarifs internationaux, rendue possible grâce à une compétition féroce entre les différents opérateurs du secteur.

Six compagnies mènent une rude bataille pour grappiller des parts de marché. Entre Yello, Data Communications Ltd (DCL), Outremer Telecom, Mahanagar Telephone Mauritius Ltd (MTML), Emtel et Mauritius Telecom, l'usager a l'embarras du choix. Pour séduire, elles rivalisent sur deux plans : les tarifs ainsi que la qualité et la diversité de l'offre.

Au niveau des prix d'abord. En à peine quatre ans, les tarifs vers les destinations les plus prisées (France, Canada, Grande-Bretagne, Australie) sont passés de Rs 40 à Rs 5,50 la minute en moyenne. Indéniablement le grand gagnant est donc le consommateur qui ne doit plus puiser aussi loin dans son portefeuille pour parler avec ses contacts à l'extérieur.

L'autre apport de cette libéralisation aura été d'ordre technologique. Aujourd'hui, le Mauricien peut accéder à trois types de technologies. Il peut faire ses appels en utilisant le réseau téléphonique traditionnel (Public Switch Telephony Network), le Voice Over Ip (VOIP) généralement accessible aux cartes prépayées, ou encore la téléphonie par Internet (en passant par l'ordinateur).

Si le premier mode est un peu plus coûteux, la qualité est irréprochable alors que celle du second l'est légèrement moindre et le troisième plutôt hasardeux. Mais tout est une question de bourse et de type d'appel. Les professionnels préféreront la téléphonie traditionnelle et le VOIP alors que ceux qui appellent des proches pourraient se contenter de la téléphonie par Internet.

Mais si les opérateurs se réjouissent de la bonne santé du secteur, l'optimisme n'est pas total. Plusieurs problèmes pèsent. "Il y a eu du progrès, mais il y a encore beaucoup à faire. Ce n'est pas un marché facile. La preuve, deux opérateurs sont sortis de ce secteur", constate Ganesh Ramalingum, directeur général de DCL, qui commercialise Easicall. Mauritel, le premier, avec DCL, à entrer dans ce marché, et IBL, ont en effet rendu leur licence l'année dernière. "Nous ne gagnons que quelques sous par minute d'appels. Pour certaines destinations, nous vendons même à perte", ajoute encore Ganesh Ramalingum.

A qui la faute ? Certains pointent du doigt l'Information & Communication Technologies Authority (Icta), qui a permis une dégringolade trop rapide des prix. En 2005, alors que les prix se situaient aux alentours de Rs 7, l'autorité régulatrice avait permis à Mauritius Telecom de vendre son service de VOIP à Rs 6 la minute. Du coup, les autres se sont retrouvées pris au piège.

"Ce n'était pas correct. Dans n'importe quel autre pays, on fait de la discrimination positive en faveur des nouveaux entrants pour leur permettre de s'installer sur le marché. Or, malheureusement, cela n'a pas été respecté ici", déplore John Ng, directeur général de Yello.

L'autre souci majeur des opérateurs est le tarif d'interconnexion qu'ils doivent payer à MT. Pour chaque minute sortante, ils doivent payer Re 1 la minute et Re 1,25 pour chaque minute d'appel entrant. Re 1,50 par minute d'appel doit également être versée dans un compte spécial géré par l'Icta. "Le tarif qui nous est facturé est vraiment exagéré. Il faut corriger cette anomalie et désigner MT comme opérateur dominant. Dorénavant, pour permettre d'autres baisses de prix il faut impérativement diminuer les tarifs d'interconnexion", estime Ganesh Ramalingum.

Les opérateurs avancent un argument pour justifier leur position. Un abonné paye 65 sous la minute à Mauritius Telecom pour une communication locale. S'il passe par MTML, il paye 45 sous la minute. Or, les opérateurs sont facturés Re 1 par minute pour l'appel sortant et Re 1,25 par minute entrant. Pourtant, le même réseau est utilisé. "Nous ne comprenons pas pourquoi le régulateur ne se penche pas sur ce problème. C'est une injustice envers nous", confie un cadre d'une autre compagnie du secteur.

Outremer Telecom avait même porté l'affaire en cour. "MT aurait dû vendre cela à un prix inférieur parce que nous achetons en gros volumes", fait remarquer pour sa part John Ng.

Mais malgré ces obstacles, le secteur se porte plutôt bien. De plus en plus, les appels vers l'étranger deviennent quelque chose de commun. Environ 80 millions de minutes d'appels téléphoniques sortent de Maurice et 90 millions d'appels sont acheminés vers Maurice par an. "La fin d'année a été excellente. Cette année a été meilleure que les autres. Avec nos 25 000 clients, nous considérons que nous faisons un bon parcours", conclut le directeur général de Yello.

(SOURCE : L'Express)