Le Cameroun explore le haut-débit

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Sur des banderoles à Douala et Yaoundé, la société Iccnet, société d'ingénierie informatique et fournisseur de services Internet annonce l'arrivée de l'Adsl et du Wimax. La timidité avec laquelle cette campagne est menée est trompeuse, puisqu'elle ne permet pas encore de réaliser que c'est en fait d'une véritable révolution des télécoms qu'il s'agit pour notre pays.

Après l'internet par Réseau téléphonique commuté (Rtc), après le Wireless et autres liaisons sans fil, voici l'Internet à haut débit par câble. C'est donc cela l'Adsl, qui signifie, en anglais "Asymetric Digital Suscriber Line " ou liaison numérique à débit asymétrique en français. Ce terme fait référence à l'ensemble des technologies mises en place pour un transport numérique de l'information sur une simple ligne de raccordement téléphonique. En témoignent les travaux de dimensionnement du réseau téléphonique actuel par le déploiement de dizaines de boucles locales radio en cours dans les villes de Douala et Yaoundé depuis quelques temps. Le projet est mené par Iccnet, en partenariat avec l'opérateur national de télécommunications, Camtel.

Les avantages de l'Adsl sont surtout liés au coût. En effet, cette technologie va permettre à tous les foyers, tout comme les Pme, les administrations publiques et privées, les grosses unités industrielles... de disposer, via leur téléphone fixe, de l'Internet haut débit. Au-delà de l'aspect démocratisation de l'Internet, il y a le confort de navigation. Fluidité et rapidité de l'affichage des sites web, facilité de téléchargement (jusqu'à dix fois plus rapide) de fichiers et contenus multimédias Tout cela à des prix accessibles pour tous.

Dans la foulée, Iccnet annonce aussi le Wimax, dont les applications connues vont de l'accès Internet haut débit aux solutions de réseaux privés virtuels (Vpn), en passant par l'accès par bornes Wi-Fi (en réseau local). L'utilisation de cette technologie offre aux utilisateurs une certaine mobilité grâce à sa portée : 50 Km pour un débit théorique de 70 Mbit/s.

La mise en commun de ces technologies (Adsl et Wimax) permet aux utilisateurs camerounais d'explorer des services particulièrement gourmands en débit qui, jusque-là, n'étaient que très peu exploités : visioconférence, interconnexion des réseaux, télétravail, lecture des programmes TV en streaming... Des services qu'on pourrait développer à volonté en environnement professionnel tout comme familial.

Les solutions à haut débit déployées jusqu'ici ne répondaient que partiellement aux besoins des utilisateurs, à cause notamment du coût trop élevé des connexions et de la mise n place des technologies appropriées. Avec l'Adsl, une petite installation chez l'utilisateur suffit pour accéder au réseau.

Avec l'annonce de la mise en service de certaines opérateurs locaux du Gprs, L'Adsl et le Wimax, ouvrent certainement de nouveaux horizons de connectivité au Cameroun en démocratisant l'outil Internet et en baissant les coûts de connexion. Sur le terrain, cependant, on attend toujours que Iccnet passe des grosses promesses à la fluidité effective du système.

Dans un autre communiqué, Orange, l'opérateur de téléphonie mobile a créé depuis le 11 avril 2006, "Orange Cameroun Multimedia services". Une société à responsabilités limitées (Sarl) unipersonnelle que va gérer Philippe Lucxey, actuel directeur général de Orange Cameroun. La nouvelle entreprise ainsi constituée a pour principal objet, "la gestion la transformation de données, de la voix, et de l'image par tous les moyens de communication, ainsi que la fourniture d'accès à un réseau de données".

Cette diversification des services permet à la filiale camerounaise de France Telecom de s'aligner à la politique générale de la firme, laquelle consiste à se déployer sur le segment Internet, dans le souci d'offrir aux abonnés de nouveaux services à valeur ajoutée. Par ailleurs, il se murmure encore dans les milieux des affaires à Douala, que Mtn Cameroun vient d'obtenir de l'Etat, un agrément l'autorisant à fournir ces mêmes services aux consommateurs. L'entreprise aurait, elle aussi, selon des sources crédibles du secteur des télécommunications, finalisé le processus de rachat de Global net, une Pme locale spécialisée dans la fourniture des services Internet. Une nouvelle que les responsables de cette entreprise ne confirment cependant pas pour l'instant.

Il y a quelques mois pourtant, le directeur général de Orange Cameroun confiait à Mutations que l'exploitation des services liés au multimedia n'était pas une ambition de son entreprise. "Nous n'avons jamais entrepris de démarche dans le domaine de l'internet. Notre licence de nous en donne pas le droit. Pour le moment, nous n'envisageons pas d'offrir des services dans ce segment. Certes, France Telecom que je représente au Cameroun a un département Internet. S'il devait s'installer, ce serait autre chose que Orange Cameroun" soutenait-il. Ce qui est effectivement le cas avec Orange Cameroun multimedia services, dont la seule dénomination et le nom du Dg, trahit ses accointances avec l'entreprise de téléphonie mobile.

Par contre, son concurrent ne cachait pas ses ambitions au sujet de l'exploitation de ce segment complémentaire de services de la téléphonie mobile. "L'ambition affichée par Mtn en prenant pied sur le segment Internet est le suivant : investir lourdement dans les technologies performantes grâce auxquelles les particuliers et les entreprises pourront accéder à Internet à moindre coût, et de manière fiable. Ce qui devrait entraîner une baisse des coûts d'accès et parc extension, de plus grandes possibilités d'accès pour tous les Camerounais", expliquait Bouba Kaélé, Corporate communications coordinator au sein de cette entreprise. C'était au lendemain de l'annonce de l'achat de Global.net par Mtn. Laquelle transaction sera plus tard annulée par le ministre d'Etat en charge des Postes et Télécommunications, Maigari tello Bouba, avant de rebondir.

Bouba Kaélé précisait par ailleurs que toutes les démarches initiées par Mtn Cameroun, qui avait saisi l'Agence de régulation des télécommunications (Art) pour son projet, étaient conformes à la loi. Pour le corporate communications coordinator de Mtn, I'évolution de la technologie dans les télécoms de nos jours est telle que le régulateur est parfois à la traîne. L'on se souvient que l'achat de Globalnet par Mtn avait provoqué de vives contestations de la part du Collectif des opérateurs nationaux oeuvrant dans le secteur des télécommunications (Conestel). Cette organisation s'insurgeait contre la tentative des opérateurs de téléphonie mobile (Gsm). de se lancer dans la fourniture des services à valeur ajoutée dans le domaine des télécommunications au Cameroun.

Mais, l'on peut être fondé de penser que la réalité redoutée par les entreprises camerounais oeuvrant dan la secteur de la fourniture de l'accès à Internet' était l'arrivée clans le secteur d'un mastodonte pouvant considérablement réduire leur part de marché. Il était donc question de bloquer ce processus d'achat de Globalnet par Mtn. jusqu'à ce que l'Etat prenne des mesures efficaces pour assurer leur survie. C'est un peu le désarroi qui est actuellement observé parmi les membres du Conestel, qui ignorent tout du cahier de charges qui accompagne les nouvelles concessions faite à Orange Carneroun et, probablement, à Mtn.

(SOURCE : Le Quotidien Mutations)