CT-Phone EN DEROUTE AU CAMEROUN

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Des plaintes contre le CT-Phone. Pourtant, le nouveau produit de Camtel a fait un tabac au Cameroun, inquiétant au passage Orange et MTN.

L'amour entre le CT-Phone et les utilisateurs du téléphone mobile au Cameroun n'aura duré que quelques mois.

Lancé en décembre 2005 par Camtel grâce à un partenariat signé avec le géant chinois des télécommunications, Huawei, le nouveau système de téléphonie mixte (fixe / mobile) est en instance de divorce avec ceux qui l'avaient pourtant adopté sans réserve. Ces derniers formulent des récriminations allant de la fragilité des appareils (émetteur / récepteur) à la précarité du service. "Je n'arrive plus à appeler ni à recevoir, après trois mois d'utilisation seulement. J'ai voulu mettre la puce dans un autre téléphone et on m'a dit que ce n'est pas possible", se plaint Gustave, un utilisateur. "Après un choc, le tableau est devenu tout noir. Ce qui nous ennuie avec ces appareils Huawei, c'est qu'il n'y a ni garantie, ni service après-vente", renchérit Félix, un autre utilisateur.

Sur son bureau, M. Ekaboma, chef d'entreprise à Douala, a presque abandonné le poste de CT-Phone qu'il avait acquis, croyant faire la belle affaire de l'année, puisque son travail nécessite l'utilisation intensive du téléphone. "C'est la déception", affirme-t-il. Et de poursuivre : "Ce téléphone se décharge à chaque instant et je n'ai pas assez de temps pour cela. Je voulais y abonner tous mes services mais à quoi sert un portable dont la recharge ne peut pas mettre plus d'un jour ; c'est peine perdue !" Cette appréciation des utilisateurs conforte certains ingénieurs camerounais qui avaient prédit l'inconsistance de la proposition chinoise à travers Camtel ! En tout cas, pour M. Badoana, ingénieur des télécoms, le CT-Phone "est une technologie simplifiée mais pas de qualité. C'est bon pour les pays pauvres".

Le CT-Phone a pourtant fait un tabac au Cameroun. "En quatre mois d'existence, nous avons atteint le cap des 140.000 connexions", indique sous anonymat un agent commercial à Douala-Bonanjo. Et déjà, le jour de l'ouverture des ventes, "800 abonnements" avaient été souscrits, à en croire le directeur général de Camtel, David Nkoto Emane. Même le français Orange et le sud-africain MTN (entreprises privées de mobile) qui opéraient jusque-là seuls et qui ont connu la plus forte croissance ces 20 dernières années au Cameroun selon le ministère du Commerce, n'ont pas atteint cette performance. En six ans d'existence, ils ne totalisent chacun qu'environ un million d'abonnés. La prouesse du CT-Phone n'aurait jamais été possible avec le réseau téléphonique par câble. Il aurait fallu "dix ans" pour installer rien que les 800 abonnés du premier jour de vente, selon M. Nkoto Emane. En effet, l'installation par câble est lente et coûte énormément cher.

C'est pourquoi la nouvelle offre de Camtel est bon marché par rapport aux coûts de communication chez Orange ou chez MTN. Charles Ondobo, l'un des tout premiers clients du CT-Phone, abonné aux trois réseaux, a vite noté la différence: "Les services du CT-Phone coûtent trois ou quatre fois moins cher que chez Orange et MTN". Camtel facture en effet une minute de communication nationale entre 50 Fcfa (vers les autres CT-Phone et vers le fixe) et 120 Fcfa (vers les autres mobiles), contre 200 Fcfa chez les autres opérateurs. La minute d'appel international quant à elle coûte 320 Fcfa avec le CT-Phone, contre 300 Fcfa chez les autres. Conséquence, les 10.000 lignes expérimentales de départ se sont épuisées en deux mois. Dans sa stratégie, l'entreprise entendait atteindre le cap des 160.000 abonnés au 30 mai 2006.

Réagissant à la percée du nouveau produit de Camtel, Orange et Mtn ont commencé par revoir leurs tarifs à la baisse, en faisant passer la minute de communication classique de 240 à 200 Fcfa. Freddy Tchala, directeur marketing de MTN-Cameroon, explique que la refonte de l'offre dans son entreprise a pour but "l'amélioration du service et son adaptation aux besoins des clients, la réduction du prix de la minute d'appel et la fidélisation des clients à haut potentiel." Pour diversifier cette offre, Mtn vient d'acquérir Globalnet, une société de fourniture d'accès internet. Orange-Cameroun a, elle aussi, modifié son offre en mettant en avant "le numéro préféré" - il coûte moins cher (150 Fcfa/min) que les autres appels - et la proposition "Jeunes" (réduction du tarif les jours où il n'y a pas classe). Avant cela, le directeur général de la société, Philippe Luxcey, avait présenté le 30 mars 2006 les nouvelles ambitions de Orange Cameroun qui bâtit son dynamisme "sur les forces de France télécom". Une semaine après, l'entreprise a publié la refonte de ses offres. Selon Samuel Ngondi Eboua, directeur de la communication, "l'ensemble de ces offres constitue une réponse aux besoins spécifiques de notre clientèle."

Orange et MTN ont été interpellés par une clientèle qui s'est sentie abusée quand Camtel a prouvé, avec le CT-Phone, qu'on pouvait vendre la minute de communication téléphonique quatre fois moins cher. Chez Orange et MTN, on estime qu'il s'agit d'une concurrence déloyale, même si officiellement, Samuel Ngondi Eboua et le responsable de la communication de MTN, Bouba Kaélé, affirment : " Nous refusons d'entrer dans ce jeu de prix vers lequel certains tentent de nous conduire. Notre seul souci, c'est de répondre aux besoins de nos clients. " Mais le succès du CT-Phone est tel que, inquiets, ces opérateurs privés se sont plaints auprès de l'Agence de régulation des télécommunication (ART). Saisie, Camtel a rétorqué qu'elle ne vend pas le même produit que Orange et MTN, puisque sa technologie, le Cdma d'origine américaine, est différente de l'européen GSM (Global system for mobile communications), utilisé par les autres. "C'est le fixe auquel on a ajouté une certaine mobilité", soutient David Nkoto Emane. En attendant l'ART, l'engouement pour le CT-Phone a diminué.

(SOURCE : Le Messager)