La mort des fai africains : Mythe ou réalité ?

L'éditorial du mois

Les fournisseurs d’accès internet courent le risque de devenir une espèce en voie de disparition. La majorité d’eux sont petits et manquent de capitaux continuant leur existance avec une étroite marge de manoeuvre entre une clientèle de plus en plus exigeante en termes de prix et un opérateur historique toujours aussi avare. L’introduction de l’internet à haut-débit a définitivement bougé l’équilibre en défaveur des FAIs. Il y aura beaucoup de laisser pour compte avant que l’autorité de régulation intervienne pour rééquilibrer la situation. L’introduction de licences unifiées est une menace supplémentaire – encourageant les opérateurs de téléphonie portable à s’investir dans ce marché. Russell Southwood rend compte de la situation existante et discute différentes options qui permettraient aux FAIs de mieux faire face à un marché en pleine évolution.

L’idée de lancer un service d’accès internet tout comme celle d’ouvrir un cybercafé constituait une bonne opportunité commerciale. La croissance du nombre de petits FAIs ne posait pas de problèmes aussi longtemps que le nombre d’utilisateurs était en augmentation mais avec le ralentissement de cette croissance dans la plupart des marchés qui disposent d’une offre concurentielle pour l’accès à l’internet, on compte plus de FAIs que le marché peut en contenir. Le résultat des courses étant un mouvement de consolidation. La fusion d’ISPKenya et de Wananchi, deux FAIs au Kenya est une première dans une phase qui verra plus de fusions ou de fermetures. Les petits FAIs pour la plupart ne disposent pas de capitaux de développement et par conséquent ils ont peu de chance de pouvoir déployer leur propre infrastructure au niveau local ou national.

La taille pose un problème dans la mesure où un nombre significatif de FAIs ont une offre diversifiée et proposent pleins de services sans spécialisation. En parallèle à l’exploitation d’un cybercafé ils offrent des formations informatiques, vendent des ordinateurs ou encore proposent l’hébergement et la construction de sites internet. Il est clair que pour beaucoup d’entre eux ils ne savent pas vraiment dans quelle activité ils sont. La majorité d’entre eux ne réalisent pas d’investissements techniques et cela se répercute en particuliers sur le prix et la qualité de leur connexion. Avec toutes ces éléments à l’esprit il se pourrait bien que d’ici trois ans le nombre de FAIs africains, en particuliers dans les marchés ayant une offre concurrentielle, soit réduit à la moitié ou le quart du nombre actuel.

L’introduction de l’internet à haut-débit dans deux tiers des pays africains est à la fois une menace et une grande chance. Le déploiement de connexions ADSL par l’opérateur historique lui a par exemple redonné des atouts. Alors que le débat touchant les prix et l’accès a pris fin pour les connexions RTC, il vient juste de commencer en ce qui concerne le haut-débit. Dans beaucoup de pays l’opérateur historique avait concédé du terrain pour les connexions RTC et par conséquent il est déterminé à garder un contrôle plus étroit sur les FAIs.

La majorité cherche à conquérir du terrain dans le but de devenir un acteur principal dans ce nouveau marché à l’exeption de ceux qui sont dans le vente en gros. Les autorités de régulation pour leur part ont eu tendance à suivre les actions des opérateurs historiques plutôt que d’anticiper ce changement de pouvoir. Il en résulte qu’il faudra entre un et deux ans pour renverser ces mouvements anti-compétitifs de consolidation.

La plupart du temps les FAIs eux-memes manquent de reconnaitre le fait le plus intéressant que représente la croissance continuelle de la demande en termes de débit. Lorsque c’est le cas les utilisateurs peuvent enfin avoir plus de capacité à un moindre prix. Les projets de KDN d’introduire de l’ADSL2 sont un autre signe dans ce sens.

Un système de licences unifiées - ou ceux qui disposent d’une telle licence peuvent plus au moins faire ce qu’ils veulent - permettra aux acteus majeurs de pénétrer dans l’espace de l’internet avec un certain esprit de vengeance. A présent les opérateurs de téléphonie portable sont engagés dans une course technologique dans la mise à jour de leur réseau. Il reste à voir s’il y a une véritable stratégie commerciale derrière cette action mis à part la simple volonté de retenir les meilleurs clients. On n’a pas besoin d’être expert pour pronostiquer la disparition d’un FAI en voyant que MTN au Rwanda s’avère capable en l’espace de quatre semaines d’attirer 800 clients pour son service haut-débit. Il est clair que le haut-débit remplacera les connexions RTC mais peu de FAIs semblent avoir une stratégie pour réaliser cette transition.

http://www.balancingact-africa.com/news/current1.html

Pour lire en détail l’analyse de Russell Southwood quant aux éléments pourraient faire partie de cette nouvelle stratégie commerciale, consultez notre histoire de couverture de l’édition anglaise du 18 juin à http://www.balancingact-africa.com/news/current1.html