TELEPHONIE MOBILE : L'avenir, c'est en Afrique

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Ils sont venus, ils sont tous là. Entre la stratégie de réseaux partagés de la firme Ericsson, le Centre d'hébergement de services mobiles de Alcatel, la technologie GPRS/EDGE de Nokia, la troisième conférence annuelle du West Africa GSM 2006 qui se tient depuis hier à Dakar, bruit de toutes les innovations en matière de téléphonie mobile. À la base de cet engouement, le potentiel important de développement qui va faire de la sous-région Ouest-africaine, le deuxième marché le plus important en Afrique.

Ce sont d'abord, toutes, des sociétés commerciales qui cherchent à promouvoir leurs produits et autres technologies nouvelles. C'est le cas de la firme Ericsson qui veut investir le milieu rural et dont les responsables ont tenu à Dakar, le lundi 19 juin dernier, une conférence de presse dans le cadre duquel ils se sont engagés "à jouer un rôle moteur dans la campagne pour rendre la télécommunication accessible à tous". Convaincus qu'il est possible pour les opérateurs de rester "dignement rentables" même quand ils élargissent la couverture dans les milieux ruraux, la firme Ericsson vante son nouveau modèle d'affaire dénommé Poolsar à travers lequel, disent ses responsables, les opérateurs télécoms se partagent leurs ressources et ainsi, contribuer au développement des télécommunications en Afrique.

Chacun y allant de ses sollicitudes, les responsables de la firme Alcatel qui a aussi tenu à se distinguer dans le cadre du GSM WEST AFRICA, ont également annoncé l'ouverture à Dakar du Centre d'hébergement de services mobiles pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre. Une solution qui est censée minimiser le coût d'investissement de l'opérateur tout en réduisant "de manière drastique", les coûts d'exploitation en industrialisant et automatisant la majeure partie de la gestion des services mobiles.

Pour ne pas être en reste, le leader mondial des appareils mobiles, la firme Nokia, veut frapper un grand coup en décidant d'installer ses quartiers à Dakar pour couvrir 13 autres pays africains.

Mais, on l'aura compris, ce rush des opérateurs vers l'Afrique n'est pas fortuit, encore moins philanthropique. C'est le marché de l'avenir et donc, des débouchés substantiels pour la commercialisation de leurs produits.

Deuxième marché le plus important

Tout cet engouement pour la région africaine et surtout la sous-région Ouest-africaine, procède de ce que le marché affiche un potentiel de développement important, avec un nombre d’abonnements à la téléphonie mobile en Afrique de l’Ouest qui devrait atteindre les 47 millions d’ici à la fin de l’année 2006. Ce qui fait de cette région l’un des marchés clé pour les opérateurs de la téléphonie mobile. À la fin de l’année 2005, l’Afrique de l’Ouest était la troisième région la plus importante d’Afrique après l’Afrique du Nord et l’Afrique du Sud respectivement, en termes de nombre total d’abonnements à la téléphonie mobile de la région d’Afrique. Il est même prévu que l’Afrique de l’Ouest, à la fin 2008, dépasse l’Afrique du Sud et devienne le deuxième marché le plus important en Afrique.

De quoi faire dire à Joseph Ndong, le ministre sénégalais des Postes, des Télécommunications et Technologies nouvelles qui présidait l'ouverture de la Conférence GSM WEST AFRICA 2006, que "le Sénégal et l’Afrique comptent beaucoup sur la téléphonie mobile dans le cadre du développement socio-économique."

Seulement, dans ce remue-ménage d'opérateurs télécoms, il est remarquable de constater que la tendance reste toujours à la seule commercialisation de ses tous ses produits et technologies du Nord vers le Sud. Or, réduire la fracture numérique, c'est aussi permettre aux pays africains de produire entre eux voire du Sud vers le Nord, inversant ainsi la tendance et générant ainsi de la valeur ajoutée. Aussi, contrairement à des pays asiatiques et autres où les opérateurs de télécoms sous-traitent la production de bon nombre de leurs composants, l'Afrique, elle, est vierge de ces unités de production de téléphone mobile ou autres composants. S'il est vrai que les gouvernements africains sont les premiers interpellés dans la mise en place de cadres adéquats pour attirer l'implantation d'unités de production, il apparaît que les opérateurs en question n'intègrent pas, jusqu'ici, dans leur stratégie, une telle donne. C'est ce que reconnaît d'ailleurs Jarmo Santala, directeur général de Nokia Afrique du Nord et de l'Ouest, qui, interpellé sur la question, précise que "la décision d'investir n'est pas encore prise", même si son collègue Yannick Debaupte, directeur régional clients et opérations Nokia en Afrique de l'Ouest, concède tout de même que "la croissance du marché ouest africain de télécoms peut être un atout pour l'implantation d'une unité de fabrication d'appareils."

Dès lors, la contrainte de l'offre et de la demande ne semble pas justifiée, ici et la seule constante, pour l'instant, c'est que les opérateurs s'intéressent à d'autres régions.

(SOURCE : Sud Quotidien)