LA PRESSE TOGOLAISE ET L’INTERNET

Actualités Internet

Le journalisme connaît aujourd’hui une profonde révolution impulsée par l’usage accru de l’outil internet. Cet autre outil de communication facilite l’exercice de la profession. Pourtant, et c’est curieux, lorsque faisant le bilan de ses avantages pour le journalisme, l’on porte un regard critique sur ses inconvénients, il ressort que cette technologie, telle une médaille, a un envers relançant parfois le débat sur son absolue utilité.

L’utilisation abusive des sites Internet dont les écrits inondent la presse privée togolaise a amené et à juste titre, la HAAC à tirer la sonnette d’alarme.

Il est vrai que les nostalgiques d’un passé révolu aux esprits archaïques et donc incapables de s’adapter aux nouvelles réalités mondiales ont vite fait de diaboliser l’Internet et le Web. Et parfois, ce déchaînement contre les nouvelles technologies est le propre d’analphabètes modernes allergiques aux signes du genre www.x.com, @. Pour eux donc, Internet constitue une menace pour la presse. Mais alors, doit-on condamner la technologie en raison de ses effets pervers ?

Sans prétendre lui donner sa définition la plus scientifique et la plus exhaustive, on peut dire que Internet est un réseau mondial associant des ressources de télécommunication et des ordinateurs serveurs et clients, destinés à l’échange de messages électroniques d’informations multimédia et de données en général. Il est apparu en 1969 aux Etats-Unis et fonctionne en utilisant un protocole commun qui permet l’acheminement de messages découpés en paquets indépendants. L’utilisation d’Internet par les réseaux privés a marqué la naissance du World Wilde Web (www) - la toile d’araignée mondiale - outil qui permet aux internautes d’accéder en cliquant sur un mot ou sur une icône, à un document se trouvant dans n’importe quel serveur du réseau.

Des avantages certains ... Investi donc de ce rôle, Internet va apparaître aux yeux des journalistes comme un outil incontournable dans l’exercice de leur profession. Aujourd’hui, il n’est un secret pour personne que la mondialisation qui conduit à ce qu’il convient d’appeler un village planétaire rapproche les populations entre elles. De Lomé, l’on peut sans difficulté être en contact avec des interlocuteurs en Europe ou en Asie et négocier des relations d’affaires grâce à Internet.

Il y a quelques mois, des journalistes togolais de radios avaient effectué un stage entièrement sponsorisé par la Deutsche Welle en Allemagne. Tous avaient reconnu volontiers que depuis l’étape d’établissement de ce partenariat jusqu’à celle de la participation au stage, tout s’est fait grâce à Internet.

Pour ce qui est de la contribution des articles figurant sur des sites et leur apport aux différents organes de presse, le rapport est tout autant avantageux pour les organes de presse. Grâce à Internet, les dépêches des envoyés spéciaux ou correspondants des agences de presse rentrent très facilement et rapidement à leurs sièges et sont aussitôt mises à la disposition des internautes ou des abonnés. Il est à la fois possible et facile au journaliste qui « surfe » sur Internet d’écrire sans se déplacer pour interroger ou pour téléphoner à des personnes ressources sur un sujet donné et de rédiger plusieurs articles en un temps record. Toutes les informations sont stockées et gardées et il suffit seulement d’aller sur le site, de les trouver et d’en faire usage à sa « convenance ». Ce qui sous entend aussi que Internet peut aider le journaliste à garder ses publications ou diffusions sur des sites et les mettre à la disposition du public afin qu’elles soient lues ou écoutées en contournant ainsi les contraintes géographiques.

Grâce donc au Web, le journaliste peut recouper ses informations en consultant plusieurs sources par les écrits, le son et les images (multimédia). Internet offre aussi l’opportunité aux journalistes de faire de « la recherche par la porte dérobée », c’est-à-dire d’obtenir par d’autres moyens des informations objets de black-out officiel.

... Mais aussi des inconvénients Cependant, Internet comme toute technologie n’est pas sans inconvénient. Tout le monde peut créer un site Internet et y publier tout ce qu’il veut. Parfois, et c’est ce que les sociologues appellent « effets pervers », il véhicule aussi des informations erronées et dont la mise à profit nécessite plus de prudence. C’est d’ailleurs ce à quoi la HAAC invitait les journalistes togolais à travers un communiqué rendu public le 24 juillet 2006. Pour l’instance de régulation de la communication, « les sites Internet ne constituent pas des sources d’informations fiables et leurs articles doivent être exploités avec professionnalisme en respectant les règles et la déontologie du métier de journaliste ». Cette mise en garde qui n’est autre que la conclusion des observations portées sur l’exercice de la profession au Togo épouse les propos de M. Walton Dominique, sociologue et chercheur au CNRS (France). « L’Internet, avait-il reconnu, constitue un progrès considérable dans l’histoire des communications... ». Mais il précise, « en ces jours de luttes idéologiques et de conflits nouveaux genres (Irak, Afghanistan, conflit palestinien, Islam, etc.) où l’information devient une arme, l’Internet constitue une des graves menaces d’endoctrinement, de propagande, d’intoxication de masses. Parce que l’information qui y circule n’est validée par personne ». Plus loin, il ajoute, « Bref, vrai qu’on y trouve un tas de renseignements. Qu’on espère vrai, bien sûr. Mais, vrai aussi que n’importe quel groupe peut glisser n’importe quel fausseté, peut glisser le pire mensonge, susciter haine,... ». Internet recèle des dangers en ce cens que la liberté d’expression donne libre cours à tout individu de dire ce qu’il veut et puisqu’il a l’opportunité de l’exprimer à travers Internet il la diffuse sans en mesurer la portée.

Au Togo des journaux tirent plus de 50% de leur substance des écrits bruts balancés sur des sites web. Il suffit tout simplement d’aller sur les sites Internet et d’y copier les articles sur sa clé USB et de les mettre en page et le tour est joué. Souvent cette opportunité pousse des journalistes au moindre effort. Il n’est pas rare de retrouver les mêmes articles signés du même « cyber-journaliste » dans plusieurs journaux de la place. Ici, les sites les plus privilégiés sont ceux animés par des Togolais de la Diaspora qui, malgré eux, deviennent automatiquement, rédacteurs des journaux locaux bien qu’étant à des dizaines de milliers de kilomètres des réalités locales. Le « copier-coller » semble donc prendre le pas sur le traitement des informations. Si toutes ces informations brutes piquées grâce à Internet étaient crédibles, on ne trouverait pas à redire. Mais il se fait que les animateurs de sites web à l’instar des cyberescrocs, peuvent se livrer à de la manipulation de l’opinion à leur profit.

Et les « cyberma-nipulateurs » se mettent à l’abri en ne révélant pas leur identité. Conscient du danger que comporte l’utilisation abusive des sites Internet, le législateur togolais a prévu une parade contre la « cybermanipulation ». Il ne suffit plus de dire : « j’ai copié cette information sur Internet » pour prouver son innocence lorsqu’on est aux prises avec un plaignant pour avoir relayé une fausse information de nature à porter atteinte à l’honneur.

Au journaliste de redoubler de vigilance, de faire des recoupements avant d’en publier les résultats sous peine de sanction. C’est ce que précise l’article 82 du Code de la presse et de la communication. « Toute reproduction par un organe national de publication ou de diffusion d’informations contraires à la réalité, publiées ou diffusées par un organe étranger de publication ou de diffusion est punie d’une peine d’amende de cinq cent mille à deux millions de FCFA, une suspension de parution ou d’émission de 15 jours à trois mois peut être prononcée contre l’organe en cause (...) ». Car parfois, les internautes ou même les journalistes peuvent véhiculer des rumeurs qui, grâce à Internet se répandent très rapidement alors qu’elles sont loin d’être crédibles. Il urge pour le journaliste en tant que collecteur d’informations de rester dans la logique de sa déontologie. Ce n’est pas la technologie nouvelle qui est en cause mais plutôt ses utilisateurs qui ne font pas preuve de responsabilité.

(SOURCE : Le Regard)