Un pas de plus vers la concurrence - les sociétés d’utilités africaines se lancent dans la fourniture de fibre optique

L'éditorial du mois

Dans l’éditorial de l’édition anglaise de septembre consacré aux sociétés d’utilités africaines qui se lancent dans la furniture de fibre optique. Russell Southwood faisait le constat suivant :

« Deux choses peuvent être dites de façon plus au moins certaine à propos des marchés africains des télécoms. Ils diffèrent complètement par rapport à ce qui se passe ailleurs et en même temps ils reflètent les mêmes tendances qui se dégagent dans d"autres marchés. La difficulté consiste à distinguer laquelle des deux choses est entrain d"arriver à n"importe quel moment. Le nombre grandissant de sociétés d"utilités africaines entrant le marché de la fibre d"infrastructure est un exemple en soit.

Partout dans le monde les sociétés d’utilités ont besoin de fibre optique pour gérer leur infrastructure et le coût pour ajouter de la capacité supplémentaire est relativement marginal. Dans les pays développés les sociétés d’utilités n’ont pas pour autant toujours trouvé facile de faire de cette activité un succès à l’extérieur de leur activité prinicipale. Par contre pour le consommateur – au niveau de la vente en gros ou au détail – l’impact sur les prix et la structure du marché a été très positif.

Lorsque le opérateurs nationaux de télécommunications vendand de la fibre en gros ont commencé à réaliser qu’au long terme cela ne jouait pas en leur faveur d’offrir des conditions alléchantes à leurs filiales telles que leur fournisseur d’accès internet (FAI) ou leur branche de téléphonie portable.

Lorsqu’il s’agit de fournir de la fibre à des tiers, les responsables sont obligés d’être plus attentifs aux prix et aux coûts qui sont en question.

La concurrence dans ce domaine d’infrastruture provenant des sociétés d’utilités a balbucié ces premiers pas il y a quelques temps de cela avec Voltacom, une société du Ghana. L’absence d’une politique aggressive de prix et le manque de gestion efficace ont signifié que Voltacom a vendu relativement très peu de capacité. Par ailleurs l’accord entre Escom et la société nigérienne NEPA est tombé en lambeaux et l’investissement promi n’a pas été réalisé.

Mais le récent rush des sociétés d’utilités s’impliquant dans ce domaine apparait bien plus sérieux que la première vague et nombreux sont les accords qui sont passés dans le but de commercialiser l’infrastructure de fibre. ZESA au Zimbabwe vend de la fibre provenant de son réseau (entre autre à l’opérateur national de télécommunications) et les sociétés d’utilités au Kenya et en Zambie ont des plans ambitieux.

Au Kenya la société KPLC (Kenya Power and Ligthing Company) a annoncé qu’elle cherche à obtenir une license pour vendre de la fibre optique et elle investira 2.2 milliards de Sh si elle obtient l’aval. Jusqu’à une récentre restructuration la compagnie était en perte mais des plans pour entrer le marché de la fibre d’infrastructure ont été là depuis plusieurs années. Les fonds d’investissement proviennent de la Banque Européenne d’investissements dans le cadre de son programme de redressement du secteur de l’énergie.

Suite à un appel d’offre KPLC a sélectionné une société allemande (Fichtner Gmbh) pour fournir les conseils comprenant l’établissement du cahier des charges du projet, la participation dans le processus de sélection et la supervision des travaux d’installation. Le réseau de fibre optique connectera Nairobi, Mombasa, Nakuru, Kisumu, Eldoret, Nyeri and Tororo en Ouganda pour fournir un « backbone » national aux acteurs du secteur des télécommunications.

Entretemps la société ZESCO en Zambie a dit qu’elle avait l’intention de construire le réseau proposé de fibre optique vers la Namibie, le Botswana et le Zimbabwe. Comme KPLC, la société vendra de la capacité en fibre aux acteurs des télécommunications et de l’internet. Au départ elle propose de construire un réseau allant de Livingstone vers le « Copperbelt » en passant par Lusaka.

En parallèle à la construction de lignes électrifiées (220 KV) de Livingstone à Katima Mulimo pour accroitre l’exportation vers les marchés voisins du Botswana et de la Namibie, la société pourra construire un réseau de fibre optique pour se connecter à ces marchés.

Dans la région du « Copperbelt » la CEC (Copperbelt Energy Corporation) a récemment commissionné une cable de fibre optique de 520 kilomètres qui est utilisé pour fournir de l’énergie et de l’information à ces clients qui incluent Konkola Copper Mines, Mopani Copper Mines, Chambishi Metals, NFC Africa Mining Plc, Chambishi Mines et Chibuluma Mines. Construit par la compagnie sud-africaine Intrinsic Technology le réseau de fibre optique remplace presque les 520 km d’anciens cables terrestres reliant ensemble les stations d’électrification à 220 KV et 66KV.

Dans le nord de l’Afrique, au Maroc, un projet comparable est en gestation. En devenant dans les prochaines semaines l’actionnaire principal de Maroc Connect (le second FAI au Maroc) l’ONA (l’Omnium Nord Africain) va faire son entrée par la grande porte dans le secteur des télécommunications. Pour assurer le bon déployment de sa nouvelle license de téléphonie fixe avec mobilité restreinte (dans la limite d’une couverture WIFI) la société a signé des partenariats multiples dont l’un est avec l’Office Nationale d’Electricité (ONE). Grâce à son accord avec l’ONE, Maroc Connect disposera d’un réseau en fibre optique de 4,000 km couvrant pratiquement tout le territoire marocain et permettant de réaliser des interconnexions à l’international. La presse marocaine parle d’une « alliance qui illustre une nouvelle approche dans les relations public-privé ». Sans doute c’est une première industrielle dans ce cadre, mais l’accord montre aussi la volonté de l’ONE de mettre à profit son réseau de fibre optique à des fins plus lucratives en parallèle avec son activité de fourniture d’électricité sur l’ensemble du territoire marocain. A travers cet accord l’ONE se positionne sur le marché d’infrastructure en proposant une offre alternative à celle de l’opérateur historique, Maroc Telecom.

Le mois dernier dans un mouvement similaire les capacités en fibre optique d’Eskom, la société d’électricité de l’Afrique du Sud et celles de Transtel sont devenus par du second opérateur de télécommunication dirigé par le consortium Tata/VSNL. Un comité de direction comprenant les représentants en chef des actionnaires du consortium a travaillé sur des documents qui ont été soumis à ICASA. Il est à anticiper qu’ICASA va sous peu déterminer les conditions de license avec le second opérateur et ce processus culminera rapidement dans la délivrance d’une license.

Avec l’augmentation de cet approvisionnement en infrastucture alternative les opérateurs téléphoniques sont faces à un autre élément de concurrence. Ils ne peuvent plus assumer plus longtemps qu’ils disposent d’une clientèle acquise à leur infrastructure. En Côte d’Ivoire, Arobase Telecom, le second opérateur national a commencé à vendre de la fibre optique en gros à un prix inférieur à celui proposé par Côte d’Ivoire Télécom (CIT), l’opérateur historique. Cela a contraint CIT à réviser sa grille tarifaire – résultat des courses, 4 mbps sont à 8,250,000CFA par mois (15,000$) tandis que qu’ils étaient encore à 10,863,000CFA(19,750$) il y a quelques mois de cela – soit une réduction d’environ 25%. Certe une offre alternative de fibre d’infrastructure joue en faveur d’une baisse des prix mais cette réduction n’est pas suffisante elle-même pour conserver des clients tels que des fournisseurs d’accès internet si elle ne s’accompagne pas d’une bonne qualité de service. Ainsi CIT après avoir révisé ces prix à la baisse a regagné cette clientèle parce mis à part le prix la qualité du service est un élément essentiel pour la survie de leur propre activité.

Alors que cet article part pour l’édition le Cameroun à son tour annonce l’augmentation de son réseau de fibre optique suite à un accord entre le ministère des Postes et Télécommunications et la Cameroon Oil transportation Company. L’article intégrale est reproduit dans les actualités Télécom.