CAMEROUN: MTN ET ORANGE ACCUSÉS DE CONCURRENCE DÉLOYALE

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Les deux opérateurs de téléphonie mobile se lancent dans la fourniture des services Internet. Ce que dénonce un collectif des opérateurs du secteur des télécommunications.

Depuis quelques mois, Orange-Cameroun a installé une boucle locale radio à Douala pour les besoins d'accès à Internet de ses cadres. Une expérience reprise quelque temps après par son concurrent Mtn Cameroun. Cette dernière a récemment soumissionné à un appel d'offres du ministère de l'Economie et des finances relatif à la construction des réseaux informatiques et de leur interconnexion dans certains services de l'administration des douanes. Par ailleurs des indiscrétions font état de ce que Globalnet, l'un des fournisseurs d'accès Internet le plus en vue au Cameroun, serait tombé dans l'escarcelle de la filiale camerounaise du géant sud africain des télécommunications Mtn. Montant de la transaction 2 milliards de nos Fcfa.

Selon le Collectif des opérateurs nationaux exploitant dans le secteur des Télécommunications (Conestel), ces quelques faits démontrent à suffisance que les deux opérateurs de téléphonie mobile au Cameroun s'intéressent de plus en plus à la fourniture des services Internet et surtout veulent exercer un monopole de fait sur l'ensemble du secteur des télécommunications. Cela en violation flagrante des dispositions contenues dans le contrat de concession signé entre le gouvernement camerounais et ces opérateurs de téléphonie mobile. Par une correspondance daté du 3 octobre 2005, adressée au directeur de l'Agence de régulation des télécommunications (Art) avec ampliation au Premier ministre, le Collectif des opérateurs nationaux exploitant dans le secteur des télécommunications (Conestel) s'insurge ouvertement contre ce qu'il considère comme une immixtion illégale dans leurs activités. "Des informations concordantes parvenues à notre niveau font état de ce que plusieurs démarches sont actuellement entreprises par les opérateurs de téléphonie mobile pour fournir d'autres prestations de service à valeur ajoutée dans le domaine des télécommunications "

Pour le Conestel, ces opérateurs s'appuient régulièrement sur l'incapacité actuelle de Camtel et les autres entreprises nationales à fournir ces services là faute des infrastructures nationales adaptés au niveau de Camtel. Conséquence : les opérateurs Gsm cherchent à obtenir des dérogations au niveau de la réglementation, toute chose qui va leur permettre de bâtir lesdites infrastructures pour commercialiser les services à valeur ajoutée (Vpn, Internet, etc.) " une situation qui irait à l'encontre des lois relatives à la libéralisation de ce secteur et celle relative à la concurrence et forcément à la disparition certaine des Pme camerounaises dans le secteur des Ntic au profit de ces multinationales étrangères disposant de gros capitaux ", poursuit la correspondance. " Comment nos Pme nationales vont-elles pouvoir se développer dans un tel contexte et remplir leurs cahiers de charge, chaque fois que ces multinationales, abandonnant leur secteur réservé viennent nous imposer une concurrence déloyale dans le notre au vu des textes ?", se demande Clovis Tchokonté, le président du Conestel.

Comme on peut aisément le constater, c'est de l'avenir de leur secteur d'activité dont il est question. Car pour le collectif, il est clair que la non-application des dispositions de la concession signée entre le gouvernement camerounais et les deux opérateurs de téléphonie et surtout la vétusté des installations de l'opérateur historique Camtel seront une véritable chape de plomb sur l'activité des fournisseurs d'accès. En effet, il sera difficile pour ces Pme aux capitaux pas toujours importants de rivaliser avec ces multinationales sur le terrain de la fourniture d'Internet aux usagers. D'où l'impératif pour le gouvernement camerounais de mener une réflexion sur la problématique des infrastructures de télécommunication au Cameroun, qui doit se résumer en une question selon le Collectif des opérateurs nationaux exploitants dans le secteur des télécommunications : " Comment fait on au Cameroun pour mobiliser les fonds et les investissements en vue de la mise en place des infrastructures nationales de télécommunications (à la disposition de l'opérateur historique) afin de garantir l'équité et une saine concurrence entre tous les opérateurs de ce secteur ? "

En attendant que l'Agence de régulation des télécommunications (Art) planche sur cette question, il est clair que la sérénité n'est plus de mise chez les opérateurs économiques, professionnels de la fourniture de l'accès aux services internet.

Le Messager