CAMEROUN, TRAVAILLEURS SANS SALAIRES DES CYBERCAFÉS

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Exercer comme moniteur de cybercafé permet plus de renforcer ses connaissances en informatique que de gagner de l'argent. Reportage à Bafoussam.

Il faut s'armer d'une bonne dose courage et de la patience pour exercer comme moniteur de cybercafé. " C'est presque un travail de sacerdoce que nous faisons. Nous ne pouvons pas dire que nous avons un salaire. Ce que nous gagnons à la fin du mois est minable ", affirme Raymond Noumba, moniteur dans un cybercafé à Bafoussam. Le salaire, minable, n'enlève pourtant rien l'éventail du travail à abattre au quotidien. Les moniteurs doivent ouvrir le cyber dès 8 heures du matin pour ne le refermer qu'après vingt heures. Leur tâche une fois le cyber ouvert ne consiste pas seulement à vendre des tickets de connexion mais plus à conseiller et à assister de nombreux clients qui, pour la plupart, font leurs premiers pas sur Internet.

A ces différentes tracasseries de clients, se greffent les coupures intempestives de courants électriques. Mais pour la plupart des moniteurs, c'est la relation avec les clients qui semblent être en plus du salaire la véritable épine dorsale de leurs difficultés. " Nous sommes deux moniteurs qui travaillons ici de lundi à samedi. Mais c'est un travail pénible dans la mesure où beaucoup de clients sont désordonnés et très souvent perturbent d'autres ", enfonce Aristide Tchakounté, un autre moniteur.

Par ailleurs, si les uns se plaignent du niveau bas des salaires, d'autres n'en ont jamais connus et continuent pourtant de travailler. Ils sont plus soucieux des connaissances qu'ils accumulent au fil des jours que du gain matériel. " Les moniteurs n'ont pas de salaire en tant que tel. Ils ont cet avantage qu'en aidant les clients, ils se forment davantage en informatique. La plupart des enfants que j'ai reçus comme moniteurs sont repartis avec un très grand bagage en informatique. Ils sont aussi initiés en maintenance", affirme sans gêne Madame Kamnang Line Laure, gérante de l'un des plus grands cybercafés de la ville de Bafoussam au quartier Tamdja.

Line Kamnang est aussi passée par là et pense que c'est un exercice qui peut conduire à bon port. " J'ai commencé à travailler au cyber depuis 2001 quand je préparais mon stage académique pour l'examen de Bts. Le matin j'étais monitrice et caissière le soir. " Plus chanceuse, la même année, elle sera promue gérante après le départ du propriétaire qui avait décidé de s'occuper à autre chose. Grâce à l'accueil qu'elle offre à ses cybernautes, elle a fini par avoir des échanges de services avec certaines radios et bureaux régionaux de certains journaux locaux.

Bafoussam compte environ 15 cybercafés. Mais l'offre est généralement inférieure à la demande des clients. La plupart de ces centres de navigation disposent entre 8 et 15 machines en fonction de la taille. Ce qui demeure insuffisant car tous les jours après la sortie des cours après 15 heures, de nombreux jeunes élèves bousculent les autres usagers et parfois même leurs propres enseignants à la quête d'un ordinateur. " Nous recevons par jour en moyenne 30 clients avec une capacité de 8 machines. En plus du cybercafé, nous offrons d'autres services tels que la cabine téléphonique et le fax ", affirme Odile Mboutoue qui travaille dans le cybercafé du point commercial Camtel.

Les centres d'intérêts ne sont plus les mêmes pour tous une fois devant l'ordinateur. Pendant que les uns s'attardent aux services de messagerie ou de recherche avec Google, d'autres n'ont les yeux et la tête que pour les sites érotiques. " Quand je viens au cybercafé, c'est pour consulter ma boîte à messages, dialoguer avec mes amis qui sont en ligne. A défaut je peux aller à Google faire des recherches liées à mes études", soutient Alex Nguissa, élève. Même son de cloche pour Mathieu Tchiewe et Marie Jo, deux autres élèves qui, eux, avouent adorer en plus la navigation dans les sites des stars de la pop musique.

La plupart des tenanciers des cybercafés qui sont bien au parfum des pratiques quotidiennes dans leurs cybers soutiennent par ailleurs que la majorité des cybernautes visitent des sites pornographiques. " Très souvent les jeunes garçons viennent visiter le site du football et les jeux. Quant aux jeunes filles, c'est les hommes et l'envie de partir. Les garçons pervers sont dans les sites pornographiques à partir de 17 heures ", résume en bon connaisseur un gérant de cybercafé.

Le Messager