4ÈME LICENCE GSM - LE MATÉRIEL D’INVESTCOM ARRIVE EN CACHETTE À CONAKRY

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Rien n’a encore filtré publiquement, de la position finale, du président Lansana Conté, sur le choix entre la compagnie libanaise Investcom et la sénégalaise Sonatel pour l’octroi de la quatrième licence de téléphonie mobile en Guinée. Mais déjà, la compagnie libanaise, supportée par le ministre des PTT, Jean Claude Sultan fait ses avances. A grands pas.

Depuis plus de deux semaines, à l'aéroport International de Conakry Gbessia, du matériel d’équipement de téléphonie mobile est débarqué nuitamment. Ce sont environ 70 tonnes de matériels d'équipements de téléphonie sans fil de la firme Ericsson spécialiste en la matière, qui sont arrivées en deux voyages.

Selon des employés de l’aéropor, le matériel est présenté comme étant du matériel destiné à la Sotelgui, l’actuel opérateur de téléphonie sans fil. Et pourtant, depuis le départ des partenaires Malaisiens de la Guinée, la compagnie nationale n’a plus les moyens de commander quoi que ce soit et est condamné à « une mort à petit feu.»

Le dernier contrat entre la Sotelgui et Ericsson remonte au temps de leur tout premier central GSM de Boussoura dans les années 90 nous indiquent ces personnes, même si ce fut Alcatel qui fournira le matériel suivant. De plus, soulignent ces informateurs, ce matériel a été livré nuitamment sur la corniche Sud, au niveau de Coléah, où la Sotelgui ne possède aucun bureau. Plus mystérieux est la livraison nocturne de ce matériel derrière l'ambassade du Japon, au bord de la mer, dans un immeuble où le fameux quatrième opérateur, Investcom compte installer ses bureaux.

Cette dernière épisode marque une saga qui révèle non seulement les contradictions profondes au sein du gouvernement de Lansana Conté, mais plus révélateur, indique qu’au-delà des clivages idéologiques, ce sont de simples problèmes d’intérêts financiers, qui mobilisent les différents ministres dans la « défense des intérêts » du pays. Ni le Premier Ministre, partisan de Sonatel, ni le ministre des P&TT, qui a « imposé » Investcom, n’ont fait preuve de transparence dans ce dossier qui engage la Guinée pour les prochaines décennies accusent les observateurs.

Investcom SA, est une grande compagnie qui ne manque pas de cash. Bien, au contraire. Les libanais ont présentement beaucoup d’argent. En effet, fort d’une entrée dans la toute nouvelle bourse des valeurs de Dubaï, International Financial Exchange (DIFX) et de la London Stock Exchange (LSE) qui est la troisième du monde, Investcom a réussi l’exploit de lever 741 millions de dollars, lors de sa rentrée en bourse début novembre à Dubai et a présentement une capitalisation boursière de 3,3 milliards de dollars. Investcom est détenu par la famille de Naguib Mikati, un ancien Premier ministre libanais et la compagnie contrôle des sociétés de téléphonie mobile à Chypre, en Syrie, au Yémen, en Afghanistan, en Guinée Bissau, au Ghana, au Bénin et peut être bientôt en Guinée

Investcom vient donc de lancer une commande à la société suédoise, Ericsson, leader dans les équipements de la téléphonie cellulaire. Ericsson fournira aux libanais des équipements « clefs en mains.» Commande que les Guinéens auraient pu faire eux mêmes.

Interrogée sur la valeur de la transaction, Mme Kathy Egan, vice-présidente chargée des communications pour l’Amérique du Nord a refusé de donner le montant de la commande d’Investcom à Ericsson. Selon Mme Kathy Egan, Ericsson ne fera pas de crédit fournisseur à Investcom, qui paiera cash, malgré leur relation clients-fournisseurs au Bénin, en Guinée Bissau et au Ghana. La Vice Présidente des Communications d’Ericsson a quand même déclaré que l’équipement serait compatible avec le réseau GSM existant et serait même facilement transférable au tout moderne réseau G3.

La technologie de téléphonie mobile est maintenant bien rodée et les fabricants de réseaux de systèmes de téléphonie mobile sont les mêmes derrières tous les réseaux nationaux. Ce sont : Nokia, Ericsson, Alcatel, Audiovox, Fujitsu, Kyocera (anciennement une division of Qualcomm), LG, Motorola, NEC, Nokia, Panasonic (Matsushita Electric), Philips, Sagem, Samsung, Sanyo, Sharp, Siemens, SK Teletech, Sony Ericsson, Nortel, Cisco, Luncent, Toshiba etc... Pour l’installation d’un réseau de téléphonie cellulaire dans un pays comme la Guinée, il faut compter entre 3 et 5 millions de dollars d’investissement nous confie un spécialiste de financement des systèmes de télécommunications.

Encore une fois, la Guinée confie aux intermédiaires, des opérations qu’elle aurait due et pu faire elle-même. Une compagnie nationale avec un quasi monopole du réseau aurait pu négocier directement avec les fabricants au lieu de passer par des libanais ou des sénégalais qui ne fabriquent pas du matériel de téléphonie cellulaire critiquent les observateurs.

Le permis pour la 4ème licence de réseau de téléphonie mobile d’Investcom est du type de fréquence GSM 900/1800 Mhz en Guinée. Ce permis est valable pour une période de 18 ans c’est-à-dire jusqu’en 2024. Investcom payera un total de 30 millions d’Euros au gouvernement de Guinée pour le permis, avec une avance de 15 millions d’Euros déjà effectuée. En cas de finalisation du dossiers, cinq paiements additionnels de 3 millions d'Euros chacun seront effectués. Montants exemptés d'intérêts annuels.

Jean Claude Sultan, semble avoir remporté la première manche de ce combat de gros sous. Mais pour les Guinéens, il vaut mieux attendre avant de célébrer la promesse de régler l’affaire du téléphone en Guinée. En effet, selon plusieurs spécialistes, il n’y a aucune garantie que les libanais, malgré leur intime connaissance de la Guinée et des Guinéens, comme en témoigne l’influent lobby libanais qui gravite autour du président Conté et de ses ministres, réussissent là où les Malais, et les Français ont échoué lamentablement.

« Le problème en Guinée, comme partout ailleurs, est que pour faire des profits, ils faut contrôler les coûts » souligne un vétéran homme d’affaire de la place qui ajoute : « les employés volent, trichent, avec des branchements clandestins, tout ce que tu peux faire en tant qu’employeur c’est de les renvoyer. Les clients refusent de payer leurs factures et gare à toi si un proche de Conté se voit couper sa ligne de téléphone. Finalement, il faut ajouter les coûts de courant, des impôts, du sabotage éventuel. Avec la paupérisation du peuple, qui n’a pas d’argent je veux bien voir comment Investcom peut faire de l’argent. Mais ce sont des Libanais et ils connaissent bien nager dans les eaux troubles.»

Quand au « clan Cellou » plusieurs sceptiques s’attendent à ce qu’ils continuent la « guérilla » contre Jean Claude Sultan, alors que les Guinéens, eux, ne demandent que des téléphones qui marchent et ne veulent plus entendre le réseau LAGUI, appelé "YAGUI" par les clients désabusés ("Yagui" signifie "la honte" en langue sossokhui) leur dire: « Votre correspondant ne peut être joint en ce moment...»

Boubah