CAMEROUN: CONSOMMATION DU TELEPHONE, LES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES À L'HEURE DES QUOTAS

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L'Etat veut ramener sa facture annuelle de téléphone de 15 à 3 milliards de Fcfa.

"Les services publics ont accumulé vis-à-vis de Camtel, une dette qui se chiffre aujourd'hui à près de 90 milliards de francs Cfa ". Cette révélation a été faite le 1er décembre à la commission des finances et du budget de l'Assemblée nationale, par le ministre d'Etat Bello Bouba en charge des postes et télécommunications. Le Minpostel a alors indiqué aux députés que le gouvernement s'attellera à " mieux maîtriser la consommation du téléphone par les services publics dès 2006. " Dans cette perspective, le chef de l'Etat a signé le 1er novembre dernier un décret fixant les conditions d'installation et de prise en charge des moyens de télécommunication dans les services publics. Ledit décret précise dans son article 3 que " chaque administration devra se doter d'un équipement numérique de contrôle des consommations des moyens des télécommunications " mis à sa disposition.

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Le texte fixe 4 catégories de lignes de téléphone dans les services publics. Les lignes permettant d'établir des communications fixes exclusivement à l'intérieur de la zone urbaine ; les lignes permettant des communications urbaines et nationales fixes ; les lignes établissant des communications urbaines, nationales, fixes et mobiles. La 4ème catégorie permet des communications urbaines nationales et internationales, fixes et mobiles. Chaque ligne de service bénéficiera d'un quota mensuel de consommation fixé selon les positions institutionnelles dans les administrations. Le décret du 1er novembre ajoute que " lorsque le quota est atteint avant la fin de la période correspondante, la ligne est immédiatement restreinte en réception pour la période concernée. Toutefois, les quotas non consommés sur une période sont automatiquement reconduits et pris en compte sur les périodes suivantes, dans le cadre du même exercice budgétaire ".

La mise en oeuvre de ces dispositions passe par l'installation préalable dans les administrations d'un Private automatic branch exchange (Pabx). Cet appareil est un auto-commutateur qui assure la concentration des postes téléphoniques et contrôle électroniquement les seuils des communications. Ces appareils sont déjà installés au ministère des Postes et Télécommunications ainsi qu'au ministère de l'Economie et des finances. Ce nouveau dispositif de contrôle de la consommation du téléphone devrait être complété par un noeud intergouvernemental qui leur permettra d'utiliser le téléphone sans passer par le réseau Camtel.

Cette volonté de réaliser des économies budgétaires sur la consommation du téléphone ne concerne pas le président de la République, le président de l'Assemblée nationale, le président du Sénat, la Premier ministre, le président du Conseil économique et social, le président du Conseil constitutionnel, le président de la Cour suprême, le procureur général près la Cour suprême, le ministre en charge des Relations extérieures qui disposent tous, de lignes de téléphone sans quota de consommation. Un texte particulier fixe par ailleurs les modalités de prise en charge des moyens de télécommunications des domiciles de ces responsables. S'agissant du téléphone à domicile des autres responsables publics éligibles à la prise en charge, il convient de rappeler que l'indemnité y afférente n'est plus intégrée dans le salaire. Cette indemnité sera désormais mandatée trimestriellement suivant la procédure de bon d'engagement. Les quotas de consommation du téléphone à domicile varient entre 90 000 F Cfa par mois pour les membres du gouvernement et assimilés à 15 000 F Cfa pour les régisseurs de prison secondaires. Un comité interministériel sera mis sur pied pour contrôler les consommations des moyens de télécommunications dans les administrations publiques.

Le nouveau cadre réglementaire ainsi défini suscite beaucoup d'espoirs dans le sens des économies que peut réaliser l'Etat dans ce domaine du téléphone. Le train de vie d'une partie des personnels de l'Etat entièrement pris en charge par le contribuable a fini par développer des abus qui coûtent cher au trésor public, au détriment du développement social du pays. Le plaidoyer pour un retour à l'Etat modeste, espère-t-on, s'étendra à l'assainissement dans le secteur de l'attribution des logements administratifs. Mais peut-on oublier que la bataille engagée par Peter Mafany Musonge pour la rationalisation de l'utilisation des véhicules administratifs a produit des résultats plus que mitigés Les privilèges d'Etat ont la peau dure.

Le Messager