BABA WAME : "LES CAMEROUNAIS ONT UNE UTILISATION BASIQUE D'INTERNET"

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L'ancien journaliste de la Crtv vient de soutenir avec brio à l'université de Paris II, une thèse de doctorat sur l'usage d'Internet au Cameroun. Où l'on découvre que les Camerounaises battent tous les records de présence et d'assiduité sur les sites de rencontres. Il en parle au Messager.

Pourquoi avoir choisi de parler de l'usage d'Internet au Cameroun, dans une thèse de doctorat ?

L'appropriation des outils de l'Internet dans les pays en voie de développement est devenu le nouveau cheval de Troie des politiques. Il s'agissait pour nous d'aller au-delà des discours politiques et de comprendre de manière scientifique un phénomène social qui semble augurer d'un grand bouleversement. La nouveauté du sujet et les attentes réelles ou fantasmées de la communauté internationale en général et celle du Cameroun en particulier à propos de l'Internet et de ses usages constituaient pour nous des ingrédients d'un bon sujet de recherche.

Que vous ont révélé vos recherches?

Les Camerounais ont une utilisation basique des outils de l'Internet. L'envoi des courriers électroniques, le chat et la lecture des médias sont les usages prédominants. Dans le fond, ces indications que nous avons recueillies sur l'appropriation de l'Internet par les Camerounais ne sont pas surprenantes. Elles correspondent à la phase dite " d'enthousiasme " dans le processus d'adoption d'une innovation dans la vie quotidienne des gens.

Il y aurait 100 000 Internautes au Cameroun aujourd'hui, selon vous, ce qui semble un peu en dessous de la réalité. Diriez-vous que les Camerounais se sont approprié d'Internet depuis la connexion de leur pays le 5 avril 1997?

Le nombre des internautes n'a pas de lien direct sur l'appropriation d'une innovation. Il faut 5 à 10 ans pour qu'une innovation franchisse l'étape où elle fait ses preuves. 30 à 40 ans pour la pratique et l'adoption de cette innovation. Après seulement 8 ans, il est prématuré de parler d'appropriation de l'Internet au Cameroun.

Ce mode de communication a-t-il de l'influence sur notre société?

Il est incontestable que l'Internet va considérablement bouleverser nos pratiques quotidiennes. Je n'irai pas jusqu'à prédire, comme Garga Haman Adji, la disparition des services postaux avec l'avènement du courrier électronique qui est, il est vrai, pratique, rapide et moins coûteux. Si nous prenons le cas des universitaires et des hommes politiques, l'Internet est une fenêtre ouverte sur les plus grandes bibliothèques scientifiques et techniques du monde, sur les points d'accès à la presse internationale, aux rapports sur les droits de l'Homme qui sont autant des vecteurs accélérant la circulation des idées.

Vous révélez que sur le site mondial de rencontres affection.org, des 55 718 femmes inscrites au 5 mai 2005, 17 927, soit 32,17% étaient des Camerounaises. Est-ce à dire que nous avons pris le mauvais côté d'Internet?

Je ne juge pas, je fais juste un constat. Les Camerounaises sont les plus présentes sur les sites de rencontres. Sur affection.org, elles battent tous les records. Une femme sur trois (32,17%) par rapport à l'ensemble des inscrites et une femme sur deux (49,21%) si l'on ne recense que les Africaines. Est-ce une bonne ou une mauvaise appropriation de l'Internet ? Je vous dirais simplement qu'Internet est une technologie et qu'il n'existe pas a priori une bonne ou une mauvaise appropriation d'une technologie. Tout est question de sens.

Comment Internet pourrait-il efficacement contribuer au développement du Cameroun ?

L'internet n'est qu'une technologie. C'est aux Camerounais de lui donner un sens, de l'intégrer de manière significative et créative dans leurs vies quotidiennes.

Que proposeriez-vous comme solutions pour réduire la fracture numérique?

Précisons qu'il n'existe pas qu'une fracture numérique mais des fractures numériques, entre homme/femme, analphabète/ scolarisé, riche/ pauvre, jeune/ adulte, habitant de la capitale/ habitant des provinces, La réduction des fractures numériques passe par une intégration de manière harmonieuse et bénéfique à la société de l'information et de la communication, le Cameroun doit lever au préalable la plupart des entraves socioculturelles à l'appropriation et au développement des outils de l'Internet. Des efforts particuliers devraient porter sur au moins deux points : préparer les mentalités à accepter les innovations de l'ère numérique et accompagner la conduite du changement dans la société.

Comment entendez-vous mettre votre doctorat en valeur au Cameroun?

Un doctorat est une contribution scientifique. C'est un résultat pour l'universitaire que nous sommes mais également un point de départ pour ceux qui définissent les priorités, car sans données, il n'y a pas de visibilité et sans visibilité pas de priorité.

Le Messager