« DES TARIFS D’INTERCONNEXION PLUS BAS NE SE SONT PAS TRADUITS PAR DES PRIX AU DETAIL PLUS BAS » ETABLIT UN NOUVEAU RAPPORT QUI VIENT DE SORTIR.

L'éditorial du mois

La chute des tarifs d’interconnexion – le montant qu’un opérateur facture à un autre pour l’utilisation de son réseau – ne s’est pas toujours traduit par une réduction des prix facturés aux consommateurs, explique l’auteur d’un nouveau rapport publié par Balancing Act. Robert Hall, un expert international estime selon les informations qu’il a recueillies pour écrire ce rapport que la fixation des tarifs d’interconnexion en Afrique mérite plus d’attention. Il ne va sans dire que les négociations d’interconnexion doivent rester dans les mains des opérateurs cependant des contrôles des prix au détail devraient jouer une plus large part en Afrique.

Durant les dix dernières années, la plupart des pays ont ouvert leur secteur des télécommunications et ce mouvement s’est étendu à l’Afrique. Aujourd’hui la concurrence dans le secteur des télécommunications portables est répandue en Afrique et de plus en plus de concurrence est introduite dans le secteur des communications fixes – par exemple au Nigéria en 2002, au Kenya en 2004 et en Tanzanie en 2005. Avec la multiplication des opérateurs, l’interconnexion est essentielle de telle sorte que les usagers d’un réseau puissent communiquer avec les usagers d’un autre réseau. Sans cette capacité, il est impossible pour de nouveaux opérateurs de commencer à offrir un service.

L’interconnexion est nécessaire pour un marché concurrentiel et les prix facturés pour le transit du trafic sur le réseau d’un opérateur à l’autre suscitent de longues négociations et des disputes dans la plupart des pays dans le monde, l’Afrique inclue. Quelques dixièmes d’un cent de dollar pour le prix de l’interconnexion (dont le prix typique est de 0.001 USD pour des appels terminant sur un réseau fixe et 0.12 USD pour des appels terminant sur un réseau portable) constitue une grosse différence en termes de coût et de profit. Par conséquent il n’est pas surprenant que les opérateurs vont négocier avec acharnement sur les prix réels. Le tableau ci-dessous illustre les prix d’interconnexion sous la forme d’un pourcentage du prix au détail (le prix payé par le consommateur) dans certains pays africains.

En théorie par conséquent si les tarifs d’interconnexion sont élevés, les prix au détail seront élevés aussi rendant les télécommunications peu abordables pour beaucoup en Afrique. Dans cette mesure, les gouvernements et les autorités de régulations responsables du secteur des télécommunications sont désireux de voir des tarifs d’interconnexion plus bas pour que plus de citoyens puissent bénéficier des services et pour en sorte que les bénéfices économiques et sociaux des télécommunications soient disponibles au plus grand nombre. Cependant selon le rapport de Robert Hall « le lien entre le tarif d’interconnexion et les prix au détail semble plus faible en Afrique que dans d’autres pays et des mesures complémentaires de contrôle sur les prix au détail seraient nécessaires.

En théorie un nouvel opérateur a le choix entre construire son propre réseau ou utiliser le réseau de l’opérateur national. Sa décision sera prise en fonction des coûts alternatifs et les tarifs d’interconnexion pèsent dans le calcul en parallèle avec les coûts des liaisons louées, des liens de transmission et des autres frais annexes. Si les tarifs d’interconnexion sont plus bas que les coûts relatifs à la construction d’un nouveau réseau, le nouvel opérateur préferera réduire ses coûts d’investissement et utilisera le réseau existant de l’opérateur national. Des coûts élevés d’interconnexion l’encourageront à construire son propre réseau se faisant satisfaisant les politiques gouvernementales de développement des infrastructures. En aval des tarifs d’interconnexion élevés se traduiront par des revenus plus élevés pour l’opérateur national qui pourront être réinvestis dans une extension du réseau – au moins au court terme. Au long terme tandis que le nouvel opérateur construit son propre réseau il va commencer à router du trafic vers son propre réseau et par conséquent il va priver l’opérateur national d’un certain montant de revenu d’interconnexion. Cependant comme Hall le remarque « les prix d’interconnexion sont un élément dans un ensemble plus complexe de facteurs décisionnels ». En fait les gouvernements pourraient préférer les garder élevés pour encourager l’investissement tandis que les opérateurs nationaux pourraient préférer voir leur baisse pour protéger leurs revenus au long terme.

Le nouvel opérateur a le choix entre soit utiliser le réseau de l’opérateur national (et de payer pour l’interconnexion) soit de construire son propre réseau (et de payer pour les frais d’installation et d’exploitation de ce réseau propre). Si ses décisions sont rationnelles, il optera pour la solution la moins chère. Cela se traduira par des prix au détail plus bas pour les consommateurs et moins de frais d’investissement dans une solution coûteuse. Il aura connaissance des coûts d’installation d’un réseau par les fournisseurs potentiels et si les tarifs d’interconnexion sont aussi calculés en fonction des coûts réels, le nouvel opérateur pourra faire des comparaisons précises pour aboutir à une décision rationnelle. Si les tarifs d’interconnexion ne sont pas basés sur les coûts réels, les comparaisons ne sont pas possibles et cela pourrait résulter en une décision erronée.

Différents modèles pour calculer les coûts d’interconnexion peuvent produire des résultats très dissemblables. Le modèle « ascendant » (bottom-up) par exemple donne des tarifs plus bas. Au Danemark ce modèle a donné des résultats qui étaient la moitié de ceux obtenus par le modèle « descendant » jugé plus réaliste. Par conséquent certaines autorités de régulation utilisent les deux modèles et déduisent les tarifs d’interconnexion à la suite d’un processus de synthèse des résultats obtenus par les modèles ascendant et descendant.

Alors que l’auteur du rapport note que la preuve d’un lien entre des tarifs d’interconnexion bas et des prix au détail bas est limitée, dans le cas du Kenya les réductions des tarifs d’interconnexion ne se sont pas traduites par une baisse des prix au détail et cela semble aussi être le cas pour la Tanzanie. Au Ghana le niveau des tarifs d’interconnexion est un facteur limitant quant au niveau de la réduction qu’il est possible d’accorder sur les prix au détail. Comme Hall explique : « les coûts d’interconnexion constituent une part signifiante du prix au détail en particuliers pour les appels du fixe vers le portable, parmi les autres coûts dont il faut tenir compte. En plus les opérateurs devront aussi tenir compte des prix établis par la concurrence et si des prix plus bas se traduiront par des revenus plus au moins important dans ce secteur ».

http://www.balancingact-africa.com/interconnect.html

Pour de plus amples informations sur ce rapport ou pour le commander cliquez sur le lien suivant http://www.balancingact-africa.com/interconnect.html