Zambie: 'Manque de Transparence' dans la vente des télécommunications

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La privatisation imminente de la Compagnie zambienne des Télécommunications (Zamtel) est contestée par les organisations de la société civile et les partis politiques de l'opposition, qui accusent le gouvernement de 'manque de transparence' dans la vente de l'une des dernières entreprises publiques restantes.

Le cabinet a décidé très tôt cette année de vendre 75 pour cent des actions de Zamtel, et a nommé un 'Capital RP' des Îles Caïman pour évaluer ses actifs.

Le 'Capital RP' est une entreprise d'investissement spécialisée dans l'identification des opportunités d'investissement à moyen ou long terme au nom des investisseurs institutionnels, et des individus qualifiés disposant d'importants capitaux propres en Europe de l'est, au Moyen-Orient, en Afrique et en Inde.

Mais, le rapport de l'évaluation n'a jamais été rendu public, et était soumis à un tribunal, puisque les organisations de la société civile avaient prétendu que Dora Siliya, à l'époque ministre de la Communication et du Transport, avait ignoré le conseil de l'avocat général, en octroyant le contrat de deux millions de dollars au 'Capital RP' pour évaluer la Zamtel.

L'avocat général Mumba Malila avait déconseillé à Siliya de signer un protocole d'accord entre le gouvernement et le 'Capital RP' sur l'évaluation des actifs de Zamtel.

Fackson Shamenda, ancien président zambien du Congrès des syndicats, affirme que le rapport de l'évaluation de 'Capital RB' aurait été un bon point de départ pour tous ceux qui s'intéressent au futur de Zamtel.

"Nous voulons connaître l'évaluation et ses résultats, jusqu'ici, très peu de gens ont le privilège de l'information. Il n'y a pas eu de transparence dans la vente de Zamtel. Peut-être que le gouvernement a des raisons de vouloir vendre Zamtel, mais sans le rapport de l'évaluation, nous ne saurons pas la vérité", déclare Shamenda.

Le gouvernement affirme qu'il ne peut pas rendre public le rapport de l'évaluation, parce que cela mettrait en danger le processus de privatisation.

Dr Buleti Nsemukila, secrétaire permanent au ministère du Commerce et de l'Industrie, déclare que ce serait erroné de révéler la valeur de Zamtel, puisque tous les acheteurs éventuels tenteraient de rabaisser la valeur des actifs et de refaire le processus.

"La décision de ne pas révéler la valeur de la société est la bonne, c'est aussi un outil de négociations important pour la vente", indique Nsemukila.

En 2002, le gouvernement a mis en suspens les plans de privatisation de Zamtel, en optant plutôt pour sa commercialisation. Mais cette option n'a marché non plus, puisque le rendement a continué de décroître. Cette société, créée depuis 40 ans environ, traîne maintenant un passif de plus de 120 millions de dollars. Elle a également un déficit opérationnel annuel de 17 millions de dollar, et est lourdement redevable au gouvernement pour non-paiement des taxes.

Une commission parlementaire sur la communication, le transport, les travaux et les fournitures, a recommandé en janvier de l'année dernière que Zamtel soit restructurée et recapitalisée afin de trouver une solution durable.

Yamfwa Mukanga, président du Front patriotique (FP) de l'opposition pour l'industrie, affirme que la solution pour Zamtel réside dans l'amélioration de la gestion pour accroître l'efficacité de l'entreprise.

Le FP s'est fortement opposé à la privatisation, et a menacé de nationaliser Zamtel s'il est élu au pouvoir.

David Punabantu, un analyste économique basé à Lusaka, la capitale zambienne, est favorable à l'amélioration de la gestion en donnant la préférence aux Zambiens, avec la privatisation comme ultime option.

"La question que nous devrions nous poser est la suivante : sommes-nous juste en train de vendre quelque chose tout simplement parce qu'une certaine administration n'a pas pu l'utiliser à sa juste valeur?", demande Punabantu.

Mais Mark O'Donnel, ancien président de l'Association zambienne des fabricants, affirme que c'est seulement le secteur privé qui peut donner à Zamtel la recapitalisation dont elle a besoin en urgence.

Se référant aux expériences de privatisation antérieures, beaucoup de Zambiens sont méfiants par rapport à ce qu'a été une politique majeure définie du parti au pouvoir, le Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD) depuis qu'il est venu aux affaires en 1991.

"Ce qui arrive à Zamtel est exactement ce qui s'est passé avec la compagnie 'Zambia Airways'. Nous avions eu des disputes avec le gouvernement au moment où il liquidait la compagnie 'Zambia Airways'. Cela fait plus d'une décennie que la compagnie a été liquidée, pourtant elle se bat toujours pour se débarrasser de ses actifs", déclare Shamenda.

"Ils auraient pu la réorganiser, mettre en place une gestion efficace et en mettant fin aux interférences politiques, que cela aurait pu réussir. Zamtel est solide, ce n'est pas comme les gens le disent. Considérez les devises qui sont là, les fibres optiques qu'ils mettent en place, les immeubles et les ressources humaines".

L'Agence zambienne de développement, légalement mandatée pour se débarrasser des sociétés d'Etat, a annoncé que huit entreprises sur 30 ont été présélectionnées, et devraient y participer avec diligence jusqu'au 23 décembre de cette année.

Elles comprennent 'Orascom Telecom Holdings', 'SAE/Telecel Globe Limited d'Egypt', 'Altimore Holdings/Vimpelcom of Russia', 'Libyan LAP Greencom Limited/LAP Green Networks', 'Portugal's Telecom' et 'SGPS SA'.

'Onda Analystics', consultants britanniques en investissement dans les télécommunications, a déclaré dans son dernier rapport que le nouveau propriétaire de Zamtel pourrait revitaliser la compagnie, en gagnant 19 pour cent des actions du marché de téléphone mobile (GSM) d'ici à 2015, ce qui dépasse largement ses 4 pour cent actuels.

Un nouvel opérateur doit contourner un opérateur en crise. Un nouveau repreneur aura besoin d'élaborer une stratégie, puisque Zamtel s'éloigne de plus en plus du marché des GSM, a expliqué Tom Harden, co-auteur du rapport.

"Un programme massif de réduction du personnel doit être exécuté par n'importe quelle société qui prendra la relève. Le syndicat a accepté ce programme, espérant tirer le maximum de profit en faveur de ses membres en négociant maintenant avec le gouvernement, que plus tard avec le nouveau propriétaire".

Le Syndicat national des employés des communications (NUCW) et la direction de Zamtel se sont entendus sur le paiement des droits à tous les employés avant la privatisation de la société.

Clément Kasonde, le secrétaire général du NUCW, déclare que l'accord entre la direction et le syndicat au sujet du paiement des droits inclut le paiement de trois mois de salaire pour chaque année de service, deux mois de salaire pour le rapatriement et un mois en guise d'avertissement.

IPS