Le gouvernement zambien renforce le monopole de Zamtel alors que le pays se prépare à plus de concurrence.

L'éditorial du mois

Alors que le processus de privatisation de Zamtel progresse, le gouvernement de la Zambie vient de proposer d’ajouter une partie importante du réseau fibre de la société publique d’électricité Zesco. Cette initiative renforcera « de facto » le monopole de Zamtel sur les infrastructures en contradiction avec un environnement plus compétitif défini par la nouvelle loi sur les TICs adoptée en décembre dernier. L’ajout d’infrastructure fibre dans la dot de l’opérateur historique est aussi intervenu au Ghana lorsque Vodafone a racheté Ghana Telecom. Russell Southwood analyse les effets que ces types de transferts ont sur la concurrence en termes de frein ou de soutien.

L’Agence de Développement de la Zambie est l’organisation chargée de la vente de Zamtel, une société publique. L’opérateur qui enregistre des pertes, a une masse salariale trop grande et opère le plus petit réseau mobile dans un pays qui compte seulement trois opérateurs. Huawei a construit pour le compte de Zamtel un réseau national en fibre mais ces travaux sont loin d’être achevés : en fait, il manque de liens qu’il n’est pas juste de le décrire comme un réseau national.

Zesco, la société d’électricité a au contraire déployé un réseau fibre dans les régions économiquement actives au centre du pays. Il s’étend de Lumwana/Solwezi au nord jusqu’à Sesheke au sud connectant le « copperbelt » à Lusaka et jusqu’aux frontières avec le Botswana et la Namibie. L’autorité de régulation des communications (CAZ) lui a attribué une licence de transporteur en gros.

Tandis que Zamtel continuait à protéger son monopole de passerelle internationale et facturait des prix élevés pour une connexion satellitaire, PCCW s’était associé à Zesco et d’autres pour déployer un lien international en fibre optique vers l’Afrique du Sud via la Namibie et l’Afrique du Sud. Il est intéressant de noter le prix de la portion du lien de Zesco était moins élevé que celui demandé par Telkom South Africa pour sa portion du lien.

En décembre 2008, le Ministre de la Communication de la Zambie a décidé de vendre 75% des parts qu’il détient dans Zamtel. Un an plus tard en décembre 2009, une liste des sociétés retenues ayant soumis une offre, a été publiée par l’Agence de Développement de la Zambie. Plus ou moins à la même époque, le Gouvernement a décidé que 7 des 12 paires de fibre faisant partie du réseau de Zesco seront données à Zamtel. Il s’agit clairement d’une tentative d’engraisser l’oie avant que l’on s’accorde sur le prix de vente. C’est sans doute compréhensible mais l’acheteur potentiel bénéficiera « de facto » d’un monopole sur le réseau national en fibre optique.

Sur les 12 paires de fibre que Zesco possède, 2 sont utilisées pour gérer son réseau de transmission électrique,7 paires reviendront à Zamtel, une paire est utilisée par MTN laissant 2 paires non utilisées. Zain et MTN sont aussi entrain de déployer des réseaux métropolitains en fibre optique dans les plus grandes villes et chaque opérateur a annoncé son intention de construire un réseau national en fibre. La société Realtime Technologies a établi un partenariat avec CEC, la seconde société électrique en Zambie qui dispose aussi d’un vaste réseau en fibre optique en particulier la région du « copperbelt ». Il s’agit donc bien d’abandonner un environnement concurrentiel en matière d’infrastructure avec des acteurs comme Zesco pour revenir à un modèle d’accès dont Zamtel sera l’unique pourvoyeur.

Les fournisseurs d’accès Internet s’opposent eux aussi à cette initiative. Un FAI nous a rapporté que « tous les fournisseurs n’en veulent pas. Nous avons une bonne entente de travail avec Zesco et nous faisons passer beaucoup de trafic sur leur lien. Si cette proposition est confirmée, je vais devoir déployer des liens en fibre et cela n’est pas mon métier. Nous envisageons aussi d’offrir des services de voix sur IP parce que les prix actuels des communications internationales sont toujours de l’ordre de 1.10 à 1.50 dollars US par minute ».

Le 23 décembre 2009, le Gouvernement annonçait par l’intermédiaire de l’Agence de Développement de la Zambie, la liste des sociétés retenues pour l’achat de Zamtel. Il s’agit de Bharat Sanchar Nigam Ltd, une société indienne, Unitel de l’Angola et LAP Green Networks de la Lybie. Unitel est le seul opérateur mobile privé en Angola avec la plus grande part de marché. Il compte aussi parmi ses actionnaires minoritaires la fille du Président que la presse locale décrit comme une « femme d’affaires et une entrepreneuse ». LAP Green Networks possède déjà les opérateurs historiques au Rwanda et en Ouganda. Suite à cette annonce, la société russe Altimo a été rajoutée à la liste des sociétés retenues. Altimo a des investissements à l’extérieur de l’Afrique dans Beeline, Megafon, Kyivstar et Turkcell. Dans une annonce presse parue en novembre dernier, la société annonçait que l’Afrique était devenue sa cible principale en termes d’investissements parce que les autres marchés sont arrivés à saturation.

Une situation similaire est entrain de se développer en Tanzanie mais en l’absence d’informations de la part du Gouvernement, il est plus difficile de juger de la tournure que prendront les événements. TTCL, l’opérateur historique est géré jusqu’à présent par Saskatel qui n’a pas trouvé un investisseur stratégique. Le Gouvernement a accepté une ligne de crédits chinoise permettant à Huawei de construire le réseau national en fibre optique. La Tanzanie compte plusieurs sociétés parapubliques qui ont déployé des liens en fibre optique en particulier la société d’électricité, TANESCO. A deux reprises, le Gouvernement a lancé des appels d’offres pour cette infrastructure mais sans succès. En résumé, le Gouvernement tanzanien a échoué d’établir une stratégie concernant le déploiement d’un réseau national, un contraste flagrant comparé à son voisin, le Kenya.

En Tanzanie, le réseau national est en construction : des gens ont vu des travailleurs chinois creuser des tranchés le long des routes et le Gouvernement a promis que le lien vers le nord sera établi en novembre 2010. Il n’est pas clair cependant quand le réseau sera vraiment opérationnel. Il paraît que le Gouvernement sera propriétaire de l’infrastructure fibre et que sa gestion sera assurée par TTCL par l’intermédiaire d’une filiale séparée.

TTCL n’a pas beaucoup d’expériences en matière de gestion réussie d’un réseau national en fibre optique. Le prix de la bande passante n’a pas encore été discuté mais le Ministre a mis en place un comité des opérateurs pour discuter des questions d’interconnexions. Des rumeurs circulent aussi concernant Vodacom qui aurait reçu le feu vert pour déployer un lien en fibre optique entre Arusha et Namanga et un consortium composé de Zain, Tigo, Simbanet et Zamtel avec des projets en matière d’infrastructure.

Entre temps, une offre de bande passante internationale moins chère est arrivé sur le marché mais il est impossible d’aller plus loin en raison de la lenteur à laquelle le Gouvernement de Tanzanie avance. Il n’a ni proposé de stratégie nationale en matière de déploiement d’infrastructure, ni permis au secteur privé de prendre l’initiative.

Selon les propos d’un opérateur local « le problème est le déploiement de la capacité internationale depuis Dar vers les autres régions du pays. Il y a plein de capacité en fibre dans le pays mais la situation demeure chaotique. Le Gouvernement envisage de donner la gestion du réseau national (en construction) à TTCL alors qu’il sera en concurrence avec les autres fournisseurs. Il reste plein de questions à régler concernant la gestion, le prix et l’absence totale de clarté ».

Au Kenya, par contre, KPLC a permis à trois opérateurs, Safaricom, Jamii Telecoms et le Groupe Wananchi, d’utiliser son réseau en fibre optique. Dans cette mesure, plusieurs fournisseurs peuvent faire des offres compétitives tout en partageant en même temps un seul réseau.

L’absence de vision en matière de développement et de gestion d’un réseau national n’est pas seulement un problème dans les pays de l’Afrique de l’Est. En Afrique de l’Ouest, la question est aussi à l’ordre du jour en particulier dans des pays comme le Bénin, le Nigéria et le Togo où l’opérateur historique est en phase de privatisation où le sera tôt ou tard.