Ouganda : L'Internet pour assurer un avenir durable aux fermiers

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Le district de Mayuge a 31.000 familles d'agriculteurs desservies par seulement neuf agents de vulgarisation agricole. Dans le village de Wainha, un centre Internet géré par l'Initiative rurale de source ouverte et de développement de Busoga ne se limite pas à combler ce déficit en aidant les agriculteurs.

 Joseph Wangolo est toujours fasciné par les ordinateurs, six ans après avoir vu un pour la première fois. "Cette chose est si intelligente qu'elle vous donnera des informations sur tout. Elle connaît même notre village, imaginez-vous?", s'émerveille-t-il.

Il n'y a pas longtemps, Wangolo, 56 ans, marchandait avec les acheteurs de produits agricoles qui lui offraient seulement 200 shillings ougandais - environ dix cents US - par kilogramme pour son maïs. Non convaincu par l'offre, il est allé au centre de Busoga où il a découvert que le prix à Kampala, la capitale, 110 kilomètres plus loin, était beaucoup plus élevé.

"Je viens de chasser les acheteurs! Imaginez-vous, ces gens me payaient seulement 200 shillings et pourtant le prix du maïs à Kampala était de 800 shillings".

Au centre Internet géré par l'Initiative rurale de source ouverte et de développement de Busoga (BROSDI), les petits fermiers de tous âges, hommes comme femmes, s'assoient concentrés devant les rangées d'écrans.

Certains sont déjà de grands internautes, tandis que d'autres s'assoient sur des bancs dans le couloir attendant une assistance élémentaire allant de l'aide pour ouvrir un compte e-mail à un coup de main afin de connaître la fin de la saison des pluies en cours, ou la façon d'améliorer la fertilité du sol, ou pour avoir des idées en vue de petites agro-industries.

Ici, la plupart des agriculteurs conviennent que le centre a ouvert une fenêtre sur un monde de connaissances utiles.

Mais le Web n'a pas encore fini de montrer ses merveilles. Edna Karamagi, directrice exécutive de la BROSDI, affirme qu'en facilitant les forums de connaissances au cours desquels les agriculteurs discutent directement, ils ont découvert qu'il existe beaucoup de choses que les fermiers peuvent apprendre de leurs pairs au sein du district.

"Vous constatez que ces gens sont des experts à part entière, mais ces informations n'ont pas été exploitées", dit-elle. Les agriculteurs se réunissent régulièrement au centre de la BROSDI pour échanger des idées et se poser des questions.

Nyenda Sophia est celle qui écoute tout le monde dans le centre. Nyenda a commencé à travailler au centre il y a trois ans pendant ses vacances, et elle est maintenant étudiante à l'Université de Busoga voisin.

Elle possède des cahiers remplis d'histoires de paysans, notées en Kisoga, la langue parlée dans la région. Avec les notes qu'elle et ses homologues dans les 17 districts prennent, des dépliants à la fois en langues locales et en anglais sont préparés et distribués aux agriculteurs affiliés à la BROSDI à travers un réseau de 340 "courtiers de connaissances" qui aident également les agriculteurs à mettre en oeuvre des pratiques dans les milieux où ils peuvent être incapables de lire.

Des conseils et suggestions sont également envoyés aux fermiers par SMS.

Nyenda jouit du respect des villageois beaucoup plus âgés qu'elle, qui la respectent pour son éducation dans une région où les niveaux d'alphabétisation sont très bas. Ce respect est réciproque: elle dit que bon nombre de techniques agricoles traditionnelles ne sont pas très connues; toutefois, elles offrent des solutions efficaces et pratiques aux problèmes des agriculteurs.

"Je ne savais pas que l'herbe locale appelée mululuza peut tuer les insectes nuisibles sur les tomates", déclare-t-elle.

Le travail de Nyenda qui consiste à écouter et transcrire est un élément clé du Projet de collecte et d'échange de contenu agricole local (CELAC) décrivant les pratiques agricoles traditionnelles. Il se révèle être une combinaison réussie des connaissances indigènes, de la création astucieuse d'opportunités de mise en réseau, et de la technologie des informations et de la communication nouvellement disponible.

Le résultat du travail du centre de la BROSDI est facile à voir. Alice Naikoba, une fermière du village de Bukhooli voisin se débattait sur la terre aride qui a produit des bananes de mauvaise qualité. Au cours de l'un des forums de partage de connaissances, elle a appris que le type de bananes sur lequel elle se concentrait n'est pas adapté à son sol.

On lui a conseillé de planter un autre type de bananes localement connu sous le nom de endiizi. Depuis qu'elle a changé de culture, ses rendements ont quadruplé; mieux encore, elle a eu l'idée de brasser le waragi, une bière locale à base de bananes, pour augmenter ses revenus.

Les conseils qu'elle a recueillis à la BROSDI ont transformé Naikoba et sa famille en un tourbillon de production en miniature: des bananes et la bière, en plus de la vente des produits de son potager et de l'élevage de chèvres et de poulets, lui ont permis d'acheter des matériaux de construction pour construire une nouvelle maison - avec ses cinq enfants posant les briques - et de sortir de sa case couverte de chaume.

L'initiative lancée ici au village de Wainha avec le soutien de l'Institut international pour la communication et le développement, le Centre international de recherche en développement du Canada et Hivos, un organisme d'aide néerlandais, a élargi ses branches à d'autres parties de l'Ouganda aidant les fermiers à partager, à accéder et à mettre en oeuvre de bonnes pratiques agricoles.
 
Le ministre de l'Agriculture, Aggrey Bagiire - député de la circonscription électorale de Bunya West (Bunya Ouest), où se trouve Wainha - affirme que le potentiel agricole de cette zone est élevé, mais qu'il doit être géré avec soin pour être durable.

"L'augmentation de la population et de la demande pour la nourriture a mis la pression sur les terres disponibles. L'érosion des sols, la surexploitation et la culture des zones humides de Imanyiro, de Baitambogwe et de Malongo sont en train de dégrader les terres, entraînant la baisse des rendements", dit Bagiire.

En donnant aux agriculteurs des districts un accès immédiat aux meilleures des connaissances locales agricoles et aux recherches internationales ainsi qu'aux meilleures pratiques par le biais de l'Internet, ce coin de l'Ouganda rural semblerait avoir reçu la meilleure chance possible d'assurer un avenir durable.