Derrière la logique de concentration du secteur informatique marocain

Actualités économiques

Dans le secteur de l’informatique, notamment dans la branche S2I, la démarche constatée ces dernières années suit une logique de concentration. Cas de l’évolution fulgurante de Finatech Group et des opérations de fusion-absorption entre Matel-Distrisoft, entre M2M-Gemadec, Involys, S2M, groupe Eclisse, prêtes à faire des acquisitions.

Le mûrissement rapide du marché marocain a conduit les opérateurs vers la course à une taille critique indispensable pour réaliser le grand saut vers l’international ou la montée en gamme. Cette tendance à la consolidation a commencé en 2006, avec la reprise de Cap Info par Omnidata. Depuis, le secteur informatique en entier a suivi, comme le rappelle Bachir Rachdi, président directeur général d’Involys : « Nous sommes face à une tendance qui arrive à maturité, singulièrement dans la branche distribution, où Distrisoft et Matel sont en train de réaliser une fusion-absorption importante. » Cependant, poursuit le PDG d’Involys, « ces opérations de fusion et de rapprochement ne sont pas des opérations simples. Elles se réalisent sur plusieurs phases qui nécessitent un rapprochement de cultures managériales a priori différentes, une restructuration à digérer… Généralement, les entreprises qui doivent fusionner sont imprégnées de cultures managériales très fortes. »

Sur ces trois dernières années, c’est sans conteste, Finatech Group le chef de file de cette nouvelle donne. Le groupe marocain, qui pèse plus de 500 millions Dh, a démarré en 2007 par l’acquisition de 18 entreprises marocaines spécialisées dans les nouvelles technologies de l’information et dont les métiers sont complémentaires. Loin de s’arrêter au marché local, le groupe détient neuf participations dans des entreprises innovantes basées dans la Silicon Valley, et dans d’autres pays, qui servent de relais technologiques. Il s’agit d’un ensemble rationalisé et organisé en trois pôles composés de Business Units et spécialisés en métiers pointus, à savoir infrastructures et réseaux, payments systems et security, IT services et offshoring. En 2008, son chiffre d’affaires avoisinait 600 millions Dh et son effectif dépassait 520 personnes.

Pour Rachid Sefrioui, président de Finatech Group, après la stratégie de développement du BPO et de l’ITO (externalisation de processus métiers et informatique sans frontières) mise en place par l’Etat marocain, agrémentée de plusieurs incitations, notamment fiscales, il fallait transformer l’essai. Noureddine Anacleto, président de Matel PC Market, à la tête d’un des plus importants groupes de distribution depuis la fusion-absorption de Distrisoft Maroc, confirme que « la tendance actuelle est à la constitution d’acteurs de dimension transnationale. Non seulement le climat des affaires au Maroc le permet, mais aussi et surtout il est devenu important de s’accroître et d’atteindre une certaine taille critique pour aller vers d’autres marchés. »

De concert avec ses pairs, Abderrazaq Mihamou, directeur général du groupe Eclisse (Mor2C et Eclisse.com), confirme que « la tendance va dans le sens de la mutualisation de la compétence par la fusion ou l’acquisition. Les petites structures sont conscientes que le fait d’être phagocytées par plus grandes qu’elles, assure la pérennisation et permet de participer à de grandes opérations. » Soutenant les propos du président de Matel PC Market évoquant un climat propice aux affaires au Maroc, Abderrazaq Mihamou fait allusion aux marchés publics qui nécessitent de gros moyens et un fonds de roulement que seul un groupement peut mobiliser. Aussi, rappelle-t-il, l’Etat encourage ce genre de groupes dans le cadre de consortiums ou de groupements d’intérêt économique.

Les staffs des différentes entreprises contactées par nos soins lorgnent le marché extérieur, à l’image du groupe HPS qui réalise 90% de son chiffre d’affaires à l’extérieur, ou de Finatech Group qui capitalise sur nombre de participations. Matel dispose d’une filiale depuis un an en Tunisie et a déjà fait quelques incursions de manière sporadique en Afrique au sud du Sahara. Chez Involys, Bachir Rachdi avoue ne pas avoir de projets précis de rapprochement avec d’autres entités, mais reste ouvert à la recherche de synergies. Il précise toutefois qu’il n’ira pas à la consolidation, rien que pour le principe, mais pour accroître leurs capacités et avoir plus de valeur ajoutée.

Eclisse, qui bouclera en février prochain sa 10e année d’existence, s’est agrandie. Abderrazaq Mihamou souligne que si, au départ, l’entreprise a ratissé large, il s’est aperçu que le CA relatif à la formation a commencé à être important dans son activité. Il a alors mis en place une structure à part, dédiée à l’ingénierie de la formation, avec un positionnement sur le secteur du e-learning et du Blended learning qui constitue, de son avis, un marché d’avenir. Depuis, Moroccan Certification Center (Mor2C) s’active dans le développement de contenu numérique orienté formation par les ingénieurs d’Eclisse.com. Le groupe envisage de réaliser d’autres projets, notamment dans la presse, la communication et l’audio visuel, ajoute-t-il.

Parti à la conquête du marché africain, Involys a déjà conclu des opérations en Côte d’Ivoire et en Tunisie. Dans ce dernier pays, la société a créé une filiale qui est opérationnelle depuis le début de l’année 2010. « Nous nous intéressons au marché de plusieurs pays, au Sénégal, au Congo… Nous pensons que 2010 sera une année de vrai démarrage ! », conclut-il.