Afrique: Le concours Apps 4 Africa met la société civile en rapport direct avec des programmeurs

Actualités informatiques

Il met les développeurs africains de logiciels au défi de concevoir des solutions aux besoins de la société civile.

Washington - Est-il possible de concevoir en Afrique des logiciels répondant aux besoins de la société civile ? Les programmeurs est-africains ont répondu à cette question par l'affirmative et relèveront le défi dans le cadre du concours « Apps 4 Africa » de développement de logiciels accomplissant des tâches précises décrites par des utilisateurs en puissance du Kenya, de l'Ouganda et du Rwanda.

Parrainé par Appfrica Labs, de Kampala, par l'Innovation Hub (iHub) de Nairobi, par le Social Development Network (SODNET) de Nairobi et par le département d'État des États-Unis, ce concours a été lancé le 1er juillet à l'iHub, centre d'innovation et lieu de réunion d'informaticiens locaux. Il se terminera le 31 août.

Lors d'une discussion en ligne organisée le 9 juillet par le département d'État, trois programmeurs participant à la création d'Apps 4 Africa ont répondu aux questions posées par un auditoire mondial au sujet de la nature et des objectifs du concours. Josh Goldstein et Jon Gosier, des Américains qui ont de l'expérience informatique sur le terrain en Afrique, et Philip Thigo, un Kényan chez SODNET, ont indiqué voir dans ce concours un moyen de lier les besoins de la société civile en Afrique de l'Est à des solutions techniques indigènes.

M. Thigo a déclaré aux participants à la discussion en ligne que sa passion était « de fournir aux simples citoyens et au secteur sans but lucratif le moyen d'utiliser stratégiquement les techniques informatiques afin d'opérer des changements » et que ce concours instituait « une conversation devenue plus que nécessaire entre la société civile et les milieux techniques ».

M. Goldstein a renchéri en disant qu'il existait un fossé culturel entre des informaticiens qui se passionnaient pour les techniques de pointe et des chefs d'entreprises sociales qui se passionnaient pour leur application. Apps 4 Africa sera une étape sur la voie de leur rapprochement.

En effet, le concours va défier les programmeurs est-africains d'inventer des applications utiles au public, a poursuivi M. Goldstein : « Il offrira aux citoyens un lieu où il leur sera possible de présenter des idées sur la façon dont les techniques pourraient les aider à améliorer leurs conditions de vie », a-t-il dit.

Le site d'Internet du concours, www.apps4africa.org, constitue un espace où des organisations de la société civile et des individus pourront soumettre des idées de projet en décrivant des besoins ou des problèmes auxquels on pourrait répondre grâce à la technologie. D'ores et déjà, divers projets présentés dans le site proposent des applications destinées par exemple à aider des ouvriers à la journée à trouver du travail, à répondre à des victimes d'abus sexuels, à suivre des micro-emprunts, à relier des professeurs à leurs élèves, à aider des handicapés et à améliorer la santé et la sûreté publiques.

Le site assure aussi aux programmeurs africains un espace où ils peuvent consulter des conseillers techniques et se consulter entre eux sur une page de collaboration, alors qu'ils créent des logiciels adaptés aux besoins identifiés dans le projet. M. Gosier a affirmé que le concours deviendrait « une démonstration des capacités inhérentes à l'Afrique ».

La question s'est posée durant la discussion en ligne sur le genre d'applications qu'il s'agissait de concevoir. La réponse des organisateurs a été que toute sorte d'applications - pour appareils portables aussi bien que pour ordinateurs - convenait car ce qui comptait, c'était surtout la fonctionnalité de l'application et la solution qu'elle apportera au problème de l'utilisateur.

Les logiciels seront jugés en fonction de quatre critères, a indiqué M. Goldstein : leur utilité intrinsèque ; leur application potentielle à d'autres usages ; leur convivialité ; leur originalité. M. Thigo a souligné que le logiciel doit être « simple et applicable au contexte régional » et doit réellement améliorer le travail de la société civile. Un développeur est même autorisé à présenter un logiciel existant.

Le concours sera jugé par des responsables engagés de la société civile et des milieux technologiques, a indiqué M. Goldstein : « Nous avons réuni un groupe extraordinaire de juges, des sommités de la société civile et des sciences informatiques ».

Ces juges comprennent des Africains et des Américains, notamment : Joseph Mucheru, directeur régional de Google en Afrique subsaharienne ; Ory Okolloh, juriste, militant politique et blogueur kényan ; Anil Dash, technologue, blogueur et directeur-fondateur d'Expert Labs ; Nathan Eagle, développeur de téléphonie mobile et P.D.G. de txteagle ; Tm O'Reilly, éditeur de livres informatiques et blogueur spécialisé dans les nouvelles tendances de la technologie ; Rakesh Rajani, fondateur tanzanien de l'initiative Twaweza d'intérêt citoyen et membre de l'Initiative Harvard en faveur de l'équité mondiale ; Thomas Gibian, président exécutif d'Emerging Capital Partners ; Emeka Okafor, placeur de capitaux à risque, entrepreneur et blogueur pour les « Chroniques de Tombouctou ».

Ainsi que l'explique le site du concours, les prix décernés seront « un peu de gloire et d'argent, des gadgets, l'occasion d'améliorer vos capacités techniques et la chance de causer avec notre comité de juges et de technologues ainsi qu'avec des chefs de la société civile, lors d'une cérémonie de remise des prix qui aura lieu en septembre ».