Google au Libéria: Visite ponctuelle ou le début d’un long partenariat ?

L'éditorial du mois

Global Voice Group – Une excuse

Dans un article intitulé « la vie dans la voie lente en Afrique - Congo Telecom et Socatel défendent leur monopole sur le trafic international tandis que la diaspora s’interroge sur le pourquoi ? » publié dans le numéro 491, les lecteurs de Balancing Act « News Update » ont pu croire que nous avons insinué que Global Voice Group aide à commettre une fraude par un groupe que nous avons décrit comme « la mafia » en adoptant des pratiques anti-concurrentielles par la prise en charge de l’ensemble du trafic international voix au Congo tout en encourageant les gouvernements africains à imposer une taxe sur les appels entrants. Nous souhaitons clarifier que cela n’était pas notre intention de suggérer cela. Nous acceptons que ces allégations soient fausses et nous présentons nos excuses à Global Voice Group pour tout malentendu qui aurait pu survenir et tout dommage que notre publication aurait pu causé.

Google au Libéria: Visite ponctuelle ou le début d’un long partenariat ?

L’intérêt que Google porte envers l’Afrique n’est pas récent. Au cours des trois dernières années, Google a ouvert des bureaux locaux dans plusieurs pays africains notamment en Afrique du Sud, au Kenya, au Sénégal, au Ghana et au Nigéria. La semaine dernière, une équipe de Google s’est rendue au Libéria dans le cadre d’un atelier de travail de deux jours intitulé « Internet Camp Liberia ». Il va s’en  dire que l’accueil a été très chaleureux. Isabelle Gross qui a assisté à l’atelier de travail s’interroge  sur les objectifs de Google sachant que le Libéria est l’un des pays les plus pauvres d’Afrique avec une très faible pénétration de l’Internet et une connectivité internationale qui pour l’instant repose à 100% sur le satellite.

Jeudi dernier, plus d’une centaine de « mordus » de l’Internet se sont retrouvés à l’Hôtel de Ville de Monrovia pour participer aux deux jours de travaux dans le cadre de l’Internet Camp Libéria organisé par Google. Plus de 90% de l’audience présente était masculine. Pourquoi si peu de femmes ? Est-ce à dire qu’elles n’étaient pas intéressées par le sujet ou est-ce que le « virus » des  NTIC au Libéria n’a pas encore infectée la gente féminine ? L’audience était aussi très jeune avec une majorité de gens en dessous de l’âge de trente ans. Pour la plupart il s’agissait d’étudiants, de professionnels des TIC et des représentants d’ONG. L’ambiance était chaleureuse et face à une audience très intéressée par certains services et produits, l’équipe dynamique de Google a démontré beaucoup de flexibilité quant aux thèmes abordés durant les deux jours de travaux. Il est clair que les organisateurs étaient très intéressés de mieux comprendre l’expérience et d’évaluer les besoins de l’audience qu’ils avaient en face d’eux.

Selon le programme de présentation d’Internet Camp Liberia, « la mission essentielle de Google est d’organiser l’ensemble des informations à travers le monde et de les rendre universellement accessibles et utiles. Dans cet esprit, nous offrirons des formations sur des outils locaux et globaux encourageant le développement économique et les possibilités d’entreprenariat pour les éducateurs, les entreprises et les ONG au Libéria ». Pour autant noble que cet objectif soit, il s’agit aussi pour Google de « vendre » sa panoplie d’applicatifs qu’il s’agisse de Gmail, son service courriel, de Google Maps ou d’autres applicatifs. Lors de la présentation de Gmail, l’audience a posée de nombreuses questions sur ses fonctionnalités. Ce n’est pas très surprenant lorsque l’on sait que l’écrasante majorité des Internautes libériens ont une adresse email Yahoo.

Les animateurs des sessions d’information ont par exemple fait des démonstrations et ont donné d’amples informations sur Google Maps et ses applicatifs. A présent les informations que Google Maps propose sur le Libéria sont quelque peu limitées. La carte du réseau routier national par exemple ne reflète que partiellement les routes existantes au Libéria. Le plan de  Monrovia, la capitale du Libéria, comporte des inexactitudes. A travers ma propre expérience d’utilisateur  de Google Maps pour me repérer dans Monrovia lors de mes promenades découvertes, j’ai eu à faire face à des incohérences dans la représentation des rues et des monuments ou des bâtiments utiles tels que les ambassades ou les banques. Grâce à l’institue nationale des statistiques, la  Liberia Institute of Statistic and Geo-Information Services (LISGIS), Google va bientôt mettre en ligne une carte à jour du réseau routier national. Pour avoir vu la nouvelle carte, il est clair que le réseau routier existant est bien plus dense que ce qu’il est possible de voir à présent. Google encourage aussi des ministères comme celui de la santé ou de l’éducation de rendre public des informations sur le réseau hospitalier ou scolaire du pays. Ce type d’informations permettrait d’enrichir le contenu des cartes. Un pas plus loin dans ce type de travail collaboratif: chaque Internaute a la possibilité de proposer des informations et soumettre des photos pour enrichir le contenu de Google Maps.

Contrairement à d’autres sociétés informatiques qui se limitent à faire une présentation de leur produits et services et ensuite plient leurs bagages, Google  a aussi organisé une session interactive de travail consacrée aux opportunités commerciales liées à l’Internet. L’audience a été invitée à réfléchir et à formuler des idées de développement d’activités locales centrées sur l’Internet et qui seraient économiquement viables. Des idées d’activités tel que l’enregistrement des noms de domaines, l’accès à l’Internet pour la recherche et la communication et un service d’annuaire ont été proposées. L’audience répartie en petits groupes de travail s’est attelée à la tache de calculer le chiffre d’affaires potentiel dérivant de ces activités. En moyenne l’audience a estimé que le chiffre d’affaire hebdomadaire par personne pourrait être de l’ordre de 313 dollars US. Le chiffre d’affaires le plus bas était 40 dollars US tandis que le chiffre d’affaires le plus élevé qui a été proposé était de 750 dollars US par personne par semaine. L’Internet au Libéria est bien loin de devenir une activité commerciale générant des millions de dollars !

Si Google entend faire une différence au Libéria, la société devra comprendre qu’il s’agira de s’engager à long terme pour permettre un vrai travail de fond. La guerre civile n’a pas seulement détruit les infrastructures du pays (incluant le réseau de télécommunications) mais elle a aussi privé toute une génération d’un accès régulier à une éducation de base. Surfer le Net n’est pas très intéressant si l’on ne sait pas comment lire et écrire. Et lorsqu’on possède ces qualités, la lenteur de la connexion Internet rend la navigation frustrante. Il est impossible par exemple de regarder des vidéos en ligne parce que chaque quelques secondes l’image se fige parce que le téléchargement des données « ne suit pas ». Ce n’est qu’à la mi-2012 que le Libéria sera connecté à la fibre optique avec l’arrivée du câble sous-marin ACE (Africa Coast to Europe).