Niger: Green Network reprend la Sonitel

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Le Républicain : les Nigériens ont appris le week end dernier sur les médias d'Etat que La Sonitel a désormais un nouveau repreneur au nom de Green Net work. Pour le commun des nigériens c'est l'ancien repreneur,  en l'occurrence Dataport, que vous avez beaucoup décrié qui est encore de retour. De quoi s'agit-il exactement ?

Adam Amoumoune : Il s'agit en fait, comme ils disent, d'un nouveau repreneur qui s'appelle Green Network. Mais je vous dis tout de suite qu'à ce niveau, il y a un problème qui va se poser. L'Etat du Niger va-t-il lui-même violer sa propre loi incarnée par l'autorité de régulation des marchés publics, en donnant un marché de gré à gré à un nouveau repreneur qui n'est ni Dataport ni Laap Green ? Nous lançons un vibrant appel aux autorités actuelles afin qu'elles ne tombent pas dans les mêmes erreurs que par le passé, parce que nous restons et demeurons convaincus qu'il s'agit bel et bien de l'ancien repreneur. Nous savons qu'il s'agit d'un lobby qui s''sest constitué juste pour faire comprendre aux nigériens que Green Network est le meilleur des opérateurs de téléphonie de la planète. L'espace qui leur a été accordé sur les médias d'Etat est pour nous la preuve irréfutable qu'il y a un boulevard très bien tracé pour ce repreneur. Nous savons parfaitement qu'il y a des hautes personnalités de l'Etat qui sont impliqués dans ce retour de l'ancien repreneur. Il ne faut pas que Sonitel et SahelCom soient un fond de commerce à certaines autorités. Nous ne sommes pas là pour proposer des options de privation ou de nationalisation de Sonitel et Sahel Com. Cela relève du pouvoir discrétionnaire de l'Etat. Ce que nous disons c'est de ne pas céder ces deux boîtes à l'ancien repreneur qui a donné toute la preuve de sa médiocrité en matière de gestion.

 Il faut comprendre que ces gens là ne sont pas sérieux. Pour trois raisons fondamentales. La première raison c'est que l'écrasante majorité des travailleurs de Sonitel et de SahelCom n'aiment pas ces gens. La seconde raison, c'est que l'opinion publique les a rejetés. La troisième raison c'est que même le gouvernement a fini par prendre ses responsabilités en les enlevant du capital de Sonitel. Malgré tout ils persistent et font des pieds et des mains pour revenir. Il y a lieu de s'interroger véritablement sur les motivations profondes de cet entêtement. Il y a forcément quelque chose qui se cache derrière et qui n'a rien de commercial. Nous invitons par la même occasion tous les nigériens à bien réfléchir et à considérer les enjeux qu'il y a autour de cet entêtement. Nous disons aussi haut et fort que ceux qui sont tapis dans l'ombre et qui leur servent de couverture seront un jour ou l'autre devant le tribunal de l'histoire. Ils seront comptables de leurs actes un jour ou l'autre.

Aujourd'hui ils se disent qu'ils sont au pouvoir et qu'ils peuvent faire ce que bon leur semble. Mais ils doivent faire attention parce que le pouvoir n'est pas eternel. Et ceux qui les ont amenés répondront tôt ou tard devant l'histoire. Nous disons et nous nous allons continuer à dire que ces gens ne sont pas du out sérieux. Ils disent qu'ils ne sont pas Dataport mais qu'ils ont simplement acheté les actions de Dataport pour devenir Laap Green. En l'espace de trois mois ils cessent d'être Laap Green pour devenir Green network. Ou est le sérieux dans tout ca ? Ca veut dire qu'ils représentent rien ni personne de sérieux en dehors d'eux-mêmes. Ils sont derniers partout ils sont présents. Que ce soit au Rwanda ou en Côte d'ivoire. Si c'est le gouvernement qui est derrière cette affaire nous attirons toute son attention en lui disant d'abandonner avant qu'il ne soit trop tard. Si c'est un groupuscule d'individus qui se sont constitué en lobby, et bien qu'ils arrêtent parce que l'histoire est là, têtue.

Le Républicain : Green network est pourtant présenté comme un des meilleurs opérateurs de téléphonie, avec une expérience avérée. Sur quoi vous vous basez pour leur dénier ces qualités ?

Adam Amoumoune : Je me permets de vous rappeler ce que disaient déjà des syndicalistes, à savoir il vaudrait mieux que Sonitel évolue dans un grand groupe. Or jusqu'à preuve du contraire Laap Green, et encore moins Green Network n'est pas un grand groupe. Parce que si vous prenez les grands groupes de téléphonie au plan mondial aujourd'hui, vous ne trouverez nulle part les noms de Laap Green ou Green Network. Nous sommes allés jusqu'à fouiller le top 50 de ces entreprises. Il n'y a nulle trace de Laap Green ou Grenn network. A titre d'exemple, le groupe Barthi vient d'acheter Zain. Avant cela, aucun nigérien ne savait ce que c'est que Bharti. Pourtant Barthi occupe la 14ème place de ce Top 50. Ce qui veut dire que c'est un groupe mondialement reconnu. Deuxièmement, comme je l'avais dit au départ, l'Etat nigérien est en train de violer sa propre loi. L'ordonnance 99-045 consacre l'organisation à partir de la quelle normalement tout processus de privatisation doit se dérouler. La loi 89- 45 consacre l'ensemble du processus de privatisation. Et tout ce qui a été fait en dehors de ce cadre n'est que violation de la loi. Pour ne pas violer cette loi, l'ancien ministre de la communication, Mohamed Ben Omar a pris un arrêté pour octroyer une licence provisoire à Sonitel et à sa filiale Sahel Com. Jusqu'à preuve du contraire je puis vous dire qu'il n'ya jamais eu d'appel d'offres pour la reprise de Sonitel et SahelCom. Vous pouvez vous renseigner à l'autorité de régulation des marchés publics, ils vous le confirmeront. Un autre aspect, c'est celui qui est relatif à la sécurité publique. Je n'ai jamais vu au monde un pays qui va prendre son téléphone pour le donner délibérément à un voisin, en l'occurrence qui vous savez. Tout le monde connaît le type de relations que le Niger entretient avec ce pays. C'est comme si on prenait le téléphone du Général de corps d'armée Djibo Salou pour le remettre à Kadhafi. C'est la même chose que de remettre Sonitel et Sahel Com entre les mains de ce repreneur. Ce que nous refusons. Car tout le monde sait que la sécurité d'un pays repose sur ses moyens de communications. C'est pourquoi nous interpellons l'ensemble des nigériens parce qu'il s'agit avant tout de leur pays. S'il y a des individus tapis dans l'ombre du pouvoir qui font des pieds et des mains pour dire que ces gens là sont bons et qu'ils sont qualifiés pour reprendre Sonitel et Sahel Com, et bien ils sont en train de mentir au peuple nigérien et de se mentir à eux-mêmes. Peut-être que le président du CSRD n'est pas au courant de tout ce montage, peut-être même que les membres du CSRD dans leur ensemble ne sont pas au courant du tout. Mais ce qui est sûr c'est qu'il y a une forte odeur d'argent et de corruption dans cette affaire. C'est pourquoi, nous pensons que le chef de l'Etat doit regarder ce dossier de très près. Même un aveugle s'apercevrait aisément qu'on est en train de favoriser un repreneur par rapport à un autre ou à d'autres. Ce qui n'est pas normal. Et au nom de l'avenir de Sonitel et Sahel Com , au nom des travailleurs de cette entreprise et au nom de l'ensemble des nigériens, nous disons non au retour de cet ancien repreneur.