Tunisie: Samir Kallel veut connecter l’Afrique

Actualités économiques

En une dizaine d’années, il a raccordé aux réseaux de télécommunications plus d’un millier de villages africains oubliés par la révolution technologique du téléphone, de l’Internet et du multimédia. Aujourd’hui, il aspire à hisser son entreprise au premier rang dans sa spécialité sur le continent.

Dans ses locaux spartiates, au parc technologique El Ghazala à Tunis, Samir Kallel dirige Omniacom International, son entreprise spécialisée dans la conception, l’ingénierie, la fabrication et l’installation des réseaux d’accès de télécommunications.

La petite start-up, dotée d’un capital initial de quelques dizaines de milliers de dollars, a, dès le départ, choisi de s’aventurer sur un créneau délaissé par les grandes entreprises africaines opérant dans ce domaine : la fourniture d’équipements (hardware) et de solutions technologiques adaptées au milieu rural, pour les opérateurs de téléphonie et les fournisseurs d’accès à internet. Et, pour connecter des millions d’Africains oubliés par la révolution technologique, Omniacom International a adopté une approche singulière : concevoir et installer du matériel robuste qui résiste aux mauvaises conditions climatiques et recourir aux énergies renouvelables. « Dans la plupart des cas, on utilise l’énergie solaire pour contourner l’absence d’un réseau électrique ou pour réduire la facture énergétique et offrir, ainsi, des coûts de télécommunications abordables pour les paysans », explique, non sans fierté, Samir Kallel. Conséquence de cette approche ingénieuse : en une dizaine d’années l’entreprise a raccordé, via des liaisons filaires ou non filaires, aux réseaux de télécommunications (téléphone, Internet haut débit, données, vidéo…) 306 villages en Tunisie et plus de 700 autres dans des pays subsahariens, dont l’Angola, le Mali, la Guinée, la Gambie et le Togo.

L’aventure a commencé en 1999, année durant laquelle la Tunisie avait inauguré son premier parc technologique, sur instruction du président Zine El Abidine Ben Ali, féru de nouvelles technologies. De retour au pays pour participer à un séminaire sur la contribution des TIC au développement, Samir Kallel, alors professeur-chercheur au département de génie électrique et informatique de l’Université de Colombie britannique, à Vancouver, au Canada, fut surpris et séduit par cette « Silicon Valley en miniature ». C’est alors qu’un vieux rêve resurgît chez le jeune enseignant titulaire d’un doctorat en télécommunications de l’Ecole polytechnique de Montréal : lancer une entreprise spécialisée dans le déploiement des réseaux de télécommunications, avec des ambitions continentales : « La décision était difficile à prendre, surtout que le Canada est un pays formidable, avec un niveau de développement fabuleux, et des gens très hospitaliers. Mais l’envie de participer au développement des TIC sur le continent avait pris le dessus », précise ce panafricain de cœur et d’âme. En bon scientifique, il a soigneusement préparé la création d’Omniacom International. Après avoir analysé les besoins du continent, il opte pour un créneau peu prisé. Le succès est foudroyant : Omniacom décroche très vite des contrats, le premier avec Tunisie Télécom, qui monopolisait alors les services de télécommunications dans le pays. Il s’agissait d’équiper en téléphonie rurale sans fil plusieurs villages reculés dans le sud et le centre de la Tunisie. Le baptême du feu fut un énorme succès, grâce à une boucle locale radio baptisée « Tawa » (Maintenant), conçue par Samir Kallel lui-même. La réussite du projet a encouragé Tunisie Télécom à solliciter de nouveau la jeune start-up pour mettre fin à l’isolement des habitants de près de trois cents autres villages.

« Nous avons été sollicités par de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne pour le déploiement de notre solution. Je me rappelle que le président malien, Amadou Toumani Touré, est venu en personne au parc technologique El Ghazala s’enquérir de nos systèmes, lors d’une visite en Tunisie en 2004 », confie l’ingénieur.

La téléphonie rurale sans fil domptée, Samir Kallel diversifie ses activités. En 2001, il entre de plain-pied dans l’univers de la fabrication et l’installation des réseaux d’accès à l’Internet haut débit et des systèmes de transmission de données, narguant le ralentissement du marché consécutif à l’explosion de la bulle technologique. De nombreuses solutions, encore une fois adaptées au milieu rural, ont été conçues par les quelque 80 ingénieurs d’Omniacom International. Ce fut de nouveau un succès sur le marché local et en Afrique subsaharienne. Après l’Afrique de l’Ouest, la start-up a, ainsi, vu ses produits phares voyager en Afrique de l’Ouest, mais aussi en Afrique centrale et en Afrique australe. La firme, qui a réalisé en 2008 70% de son chiffre d’affaires à l’export, compte aujourd’hui des filiales dans douze pays du continent.

Comment Samir Kallel arrive-t-il à se maintenir au sommet, dans un domaine si complexe ? Il cultive l’art de s’associer aux meilleures entreprises, l’habileté de s’entourer des personnes les plus compétentes et les plus dévouées. « Contrairement à ce qu’on pense, le facteur humain compte pour 90% et la technique pour seulement 10% dans notre domaine », explique le PDG d’Omniacom International.

A 50 ans, Samir Kallel semble tout à fait à l’aise dans ce monde à haute teneur technique, où les puces côtoient la fibre optique et les algorithmes mathématiques. Insatiable, il vise désormais le leadership sur le continent dans le domaine du déploiement des réseaux de télécommunications. D’autant plus, que sa firme a ouvert, en 2008, son capital à hauteur de 30% au fonds d’investissement AfricInvest, appartenant au groupe Tuninvest. Ainsi, huit millions de dinars (4,5 millions d’euros) ont été injectés dans la trésorerie de l’entreprise. « Nous avons désormais la force de frappe financière nécessaire pour devenir le leader africain dans notre spécialité. D’ailleurs, nous allons bientôt nous implanter dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Est pour répondre aux exigences de proximité des marchés prometteurs », révèle ce père de famille, qui ne compte plus ses heures de travail et voit trop peu ses enfants.
(Source: Les Afriques)