Le Libéria établit un « véhicule de conduit » pour sa station d’atterrissage et son réseau national en fibre optique

L'éditorial du mois

Le Libéria figure certainement parmi l’un des plus petits pays d’Afrique en matière de consommation de bande passante. Il vient récemment cependant de créer un  « véhicule de conduit » (ou encore Special Purpose Vehicle –SPV) sous la forme d’un consortium qui a confirmé sa participation en tant que membre du projet de construction du câble sous-marin de fibre optique ACE, un projet piloté par France Telecom. Russell Southwood s’est entretenu avec Angelique Weeks, la Présidente du Conseil d’Administration de l’autorité de régulation (Liberian Telecommunications Authority - LTA) sur cette nouvelle structure et son rôle.

Le  « véhicule de conduit » comprend à présent quatre actionnaires: le Gouvernement du Libéria (60%), Libtelco, l’opérateur historique (20%), Lonestar, la filiale de MTN (10%) et Cellcom, un opérateur mobile détenu par un groupe israélien (10%). Les parts d’actionnariat du Gouvernement du Libéria et de Libtelco sont financées par la Banque Mondiale.

Deux autres opérateurs mobiles, Comium et Libercell (ce dernier vient juste d’être racheté par HITS) ne sont pas pour le moment des actionnaires du « véhicule de conduit » mais selon la Présidente Angelique Weeks, « le Gouvernement pourra leur vendre une part des ses actions dans le futur. Comium et Libercell n’étaient pas dans une situation financière à même de leur permettre de participer dans le « véhicule de conduit » lorsque le projet a débuté. Les deux opérateurs ont exprimé leur intérêt et nous envisageons de les voir participer très prochainement au cours de l’année 2011. Nous avons des consultants pour nous aider à structurer les différents modèles et leur travail ne commencera pas avant janvier. Par conséquent cela sera quelque temps après que leur travail soit complété. »

En terme de gouvernance, chaque actionnaire doit disposer d’un minimum de 10% d’actions pour avoir un siège au Conseil d’Administration. Selon Angelique Weeks, « nous essayons de décider si nous allons instaurer une coopérative, une entité privée ou une structure hybride ». Par coopérative, elle sous-entend que le « véhicule de conduit » n’aura pas de personnel et que la gestion sera assurée par les actionnaires. Si le «véhicule de conduit » adoptera une structure  plus privée, il pourra faire appel aux  services d’une société externe pour la gestion ou recruter son propre personnel.

L’objectif est de recycler les fonds mis à disposition par la Banque Mondiale dans la construction d’un réseau national en fibre. Les actions qui seront vendues à Comium et Libercell serviront à financer cette construction. Le but est d’utiliser cet argent et de s’assurer de financements complémentaires de la Banque Mondiale pour commencer le déploiement du réseau fibre. C’est un projet ambitieux pour un pays qui dispose d’un très modeste réseau de distribution d’électricité mais il offre un certain nombre d’avantages économique pour le pays. Il reste à décider si ce projet sera géré par un partenariat privé-public séparé ou par le « véhicule de conduit » en charge de la station d’atterrissage.

Quelle sera l’étendue du réseau ? « Dans l’idéal, le réseau couvrira l’ensemble du pays et connectera les principales villes. Nous pourrons utiliser des liens hertziens pour étendre la connectivité au-delà de la fibre optique. »

Est-ce qu’il est question de liens transfrontaliers ?  « Nous avons eu des discussions avec le Sierra Leone et la Guinée lors de la signature du projet ACE et nous avons suggéré une boucle pour nous interconnecter tous les trois ensemble. Evidemment, la Côte d’Ivoire pourrait faire partie de ce même réseau. Cela nous permettra aussi d’avoir une solution de redondance parce que nous pourrions être vulnérable avec une seule station d’atterrissage. C’est une bonne idée qui doit encore faire son chemin. »

Comment un pays comme le Libéria avec une petite économie pourra absorber toute cette capacité ? « Je pense qu’il a deux domaines dans lesquels nous devons nous concentrer pour créer de la croissance. Les opérateurs doivent créer du contenu qui encouragera les utilisateurs à consommer plus de bande passante. Au Ghana, par exemple, les gens ont eu la possibilité de regarder la coupe du monde sur leur téléphone mobile. Nous devons déployer l’e-gouvernance, l’e-santé et l’e-éducation et tout cela sera facilité grâce à une meilleure connectivité. »

« Les actionnaires ont potentiellement la capacité de vendre de la capacité aux pays limitrophes. C’est permis dans le cadre de l’accord ACE mais sous certaines conditions. Je pense qu’à présent nous ne pouvons que revendre de la capacité aux autres membres du consortium ACE mais cela pourrait changer au long terme. Nous espérons que le futur sera brillant et nous comprenons la croissance économique et le développement économique qui découleront de ce câble. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas avoir le câble. Un modèle ouvert est le chemin à prendre. Nous devons protéger les consommateurs et les investisseurs. »