Afrique: L'essor des services médicaux virtuels par téléphone mobile

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La téléphonie mobile adaptée aux services médicaux ne cesse de prendre de l'ampleur, partout dans le monde.

Depuis plusieurs années, on le sait, le foisonnement des portables favorise la croissance économique dans les pays à faible revenu. Depuis quelque temps, il améliore également les services médicaux dispensés dans les régions manquant d'infrastructure ou d'accès difficile aux médecins. Selon David Aylward, directeur général de mHealth Alliance, le secteur de la santé s'apprête à tirer parti de l'essor foudroyant de la téléphonie mobile.

En effet, a-t-il dit, les services médicaux virtuels - conseils médicaux, diagnostics et même traitements - se multiplient dans tous les continents non seulement sous l'impulsion des techniques nouvelles mais aussi en conséquence de la prise de conscience du fait que les Objectifs de développement du millénaire ne pourront se réaliser sans approches nouvelles.

Il y a dix ans, les Nations unies avaient établi ces objectifs visant à scolariser tous les enfants du monde dans l'enseignement primaire, à promouvoir l'égalité homme-femme, à combattre le sida et le paludisme et à assurer la stabilité écologique planétaire, tout cela d'ici à 2015.

« Les seules injections de fonds ne suffiront pas », a fait remarquer M. Aylward. « Il nous faut aborder le problème sous un angle différent, et les populations cherchent de nouvelles réponses ». Les services d'information médicale à distance constituent l'une de ces réponses.

Même le téléphone portable le plus élémentaire est capable d'assurer aux praticiens comme aux clients un accès plus facile à l'information médicale. Selon l'Organisation mondiale de la santé, les signaux de téléphonie mobile sont désormais transmissibles à 90 % de la population totale et à 80 % de la population rurale de notre planète. Ainsi, le lieu précis où se trouve une personne a de moins en moins d'importance lorsqu'il s'agit pour elle de consulter un agent sanitaire. En fait, certaines ONG spécialisées dans la lutte contre le sida et le paludisme travaillent souvent dans des régions à faible largeur de bande, ce qui rend indispensable la faculté de communiquer en dehors de l'Internet.

Beaucoup d'ONG s'appuient largement sur les agents sanitaires locaux, dont le nombre augmente partout dans le monde et qui servent de « consultants en bien-être » au sein de collectivités pauvres qui manquent d'infrastructure sanitaire. Il suffit que ces agents possèdent un téléphone portable pour pouvoir diagnostiquer une maladie à distance, suivre l'évolution d'une épidémie ou encore gérer des dossiers médicaux. Ils emploient à cette fin le Service de messagerie succincte (SMS) qui informe le client des bienfaits des bonnes pratiques d'hygiène et favorise des changements de comportement susceptibles d'aider à prévenir le sida ou une grossesse involontaire.

Certaines associations sans but lucratif élaborent des programmes divertissants d'information médicale par téléphone portable. Text to Change, association néerlandaise active en Afrique subsaharienne, diffuse par SMS des jeux de questions-réponses sur des sujets médicaux d'intérêt local.

L'un de ces jeux de Text to Change, inauguré à Mbarara, en Ouganda, visait à inciter les participants à subir volontairement un test de séropositivité au VIH. Ils recevaient chaque semaine une série de questions et, à la fin du projet, ils avaient la possibilité de gagner des prix à un centre local de consultation et de dépistage. Les dispensaires participants ont observé une augmentation de près de 35 % de nouveaux clients immédiatement après le programme, a indiqué Text to Change. « Je ne pensais jamais pouvoir recueillir autant d'informations médicales par téléphone portable », a déclaré Anesta Opoli, gagnante d'un prix.

Les effets positifs de ces jeux dépassent la simple prise de conscience. Ojera Duncan a affirmé qu'il se sentait animé de « plus de courage et de force » après avoir appris qu'il n'était pas le seul à obtenir un diagnostic de séropositivité.

FrontlineSMS:Medic offre l'un des principaux services de SMS pour les communications médicales et la tenue de dossiers médicaux. Grâce à son logiciel gratuit FrontlineSMS, cette entreprise assure l'échange de messages entre des médecins et des agents sanitaires, ce qui permet de gagner du temps et de l'argent et, finalement, de sauver des vies.

Laura Walker Hudson, de Frontline SMS, a observé que « le SMS est le moyen par lequel nous pouvons communiquer avec les populations les plus vulnérables de manière soutenue », puisqu'il évite des frais de consultation ainsi que les difficultés associées à l'aide médicale dans des zones d'accès difficile.

L'information médicale personnelle est certes essentielle aux soins individuels, mais l'une des grandes limitations générales à la lutte contre les maladies infectieuses est le manque de données épidémiologiques fiables. Les informations sur le nombre de personnes atteintes d'une maladie et sur les tendances de sa progression sont essentielles si l'on veut rapidement juguler une flambée.

L'une des institutions qui financent EpiSurveyor, la Banque mondiale, estime que la téléphonie mobile est une solution possible à ce problème. EpiSurveyor est un programme virtuel gratuit qu'emploient les professionnels de la santé pour créer et interpréter des sondages. En rassemblant des données numérisées dans des logiciels d'utilisation facile, il est possible aux instances sanitaires de réagir rapidement à des crises.

En dépit des succès enregistrés dans des projets précis, on ne peut pas dire que les services médicaux virtuels atteignent de vastes populations de manière permanente. L'infrastructure de la téléphonie mobile est largement répandue, mais elle varie énormément d'une région à une autre. Les régions à faible revenu devront améliorer leurs services. En Afrique, en particulier, seuls 41 % des habitants ont un abonnement à un portable, indique l'OMS. Toutefois, tant que les agents sanitaires locaux auront accès à un téléphone portable, la télémédecine ne cessera de progresser.

« Il est techniquement démontré qu'on peut faire des choses utiles. Il nous reste à faire ces choses à grande échelle », a conclu M. Aylward.