Orange lance une réflexion interne sur l'e-santé en Afrique -

Actualités de la convergence

La santé et la protection des populations sont en théorie l’une des priorités des gouvernements. Malgré de nettes améliorations ces dernières décennies, l'état de la santé en Afrique est toujours aussi préoccupant, affirmait encore récemment un rapport de l'OMS. Mais cette tendance est loin d'être irréversible. Grâce notamment à l'e-santé (santé par des technologies électroniques), et en particulier la m-santé (santé mobile), la santé en Afrique peut être nettement améliorée.

Le 28 février 2011, Sylvain Béletre de Balancing Act a pris part aux "Amphis de la santé" lors d'un séminaire interne à Orange et axé sur l'e-santé en Afrique. Voici son résumé.

Du point de vue de l'opérateur, largement présent en Afrique, les technologies sont aujourd'hui matures et disponibles sur différents réseaux et terminaux. Récemment, la croissance du marché mobile et de l’Internet en Afrique a été deux fois plus importante que celle enregistrée au niveau mondial. De grands écarts existent selon les pays mais tous ont connu une progression sensible et l'e-santé peut désormais s'appuyer sur ces nouvelles structures.

Améliorer l'organisation et la qualité des soins de base, répondre aux urgences plus  rapidement, offrir plus de réactivité, de confort et de sécurité aux patients tout en réduisant les coûts, obtenir des données globale et locales en temps réel sur la santé en Afrique, former le personnel en continue sont quelques-uns des enjeux parfois difficiles à concilier des directions hospitalières et NGO en Afrique. Les nouvelles technologies sont l'un des outils majeurs pour atteindre ces objectifs.

C'est pourquoi Orange se lance dans une réflexion sur une offre « e-santé » pour améliorer la santé des africains.

Ce séminaire était un RV interne aux employés d'Orange auxquels des participants extérieurs ont pris part. "Ces moments d'échange avec des visions extérieures au groupe sont toujours extrêmement riches et contribuent à alimenter la réflexion" explique Françoise Valla, organisatrice du séminaire. Parmi les participants furent présents une sociologue, un bailleur de fonds, deux grandes NGO santé, et Sylvain Béletre du cabinet Balancing-Act (cabinet études spécialisé TIC en Afrique).

La réunion a démarré par une présentation basée sur une étude rétrospective et prospective de l'Afrique par une sociologue. En utilisant des éléments socioculturels, politiques et historiques, il s'agissait de connaître et de changer le regard occidental porté sur l'Afrique. Le but était de fournir une photographie socioculturelle réaliste, débarrassée des clichés habituels de ce continent à multiples facettes. Cette présentation fut l'occasion de mettre en avant des éléments majeurs à retenir, comme par exemple l'évolutions des représentations de ce continent, le poids de l'histoire, le panafricanisme, les dynamiques transfrontalières, les flux migratoires, les nouveaux équilibres politiques et économiques, les langues et les corridors, ou encore la géronto-croissance.

Cette présentation fut suivie de la diffusion d'une vidéo qui montrait un exemple de projet de télémédecine en Afrique.

Le séminaire a enchaîné en abordant divers aspects intéressants sur le continent africain: les dynamiques de transfert de connaissances via les TIC, le concept de l'émergence d'une classe moyenne qui dépenserait plus pour l'éducation et la santé, le modèle des mutuelles santé, la mise en place d'un système d'assurance obligatoire dans certains pays africains.

La discussion a abordé les spécificités du secteur de la santé en Afrique qui inclut l’absence de structure financière (pas de système d’assurance dans la plupart des pays), la pénurie de professionnels de santé, la manque d'investissement dans le secteur, le traitement financier peu élevé de ces professionnels et l'insuffisance des infrastructures. Les applications possibles en e-santé sont vastes et touchent toute la chaîne logistique de la santé : des premiers soins à l'assurance maladie en passant par les données des centres de soin, le carnet de santé et de vaccinations, les alertes épidémiques, la traçabilité des médicaments pour lutter contre la contrefaçon et pour les distribuer aux bons endroits, l'accès aux services de santé, les équipements hospitaliers, les statistiques nationales, les remboursements de soins, et bien plus encore.

Des problèmes comme les transports - avec des infrastructures insuffisantes et des coûts élevés - qui dissuadent certaines populations de se rendre à l’hôpital éloigné ou ralentissent le transit de médicaments, les faux médicaments, le détournement de aides sanitaires ou encore les coupures régulières d'électricité empêchent souvent l'utilisation de services de santé vitaux aux populations.

Cette équation de paramètres, sans doute simplificatrice, laisse penser que les TIC pourraient pallier en partie ces insuffisances et permettre un accès élargi aux soins. Il ne fait plus de doute que l'e-santé peu réduire le coût de la médecine en Afrique (et ailleurs), et qu'elle peut soutenir une amélioration durable de l'espérance de vie. Demeure une difficulté aujourd’hui non résolue : la définition de modèles économiques viables permettant la diffusion de ces outils.

Deux axes de réflexion ressortent de ce RV : pourquoi et comment agir ?
Quelle est la perception des africains concernant la santé, et est-ce qu’Orange peut légitimement contribuer à cette révolution africaines ?

Est-ce que l'Afrique tout entière doit mettre en place une assurance maladie à bas coût assurant un minimum de soin pour tous comme c'est le cas dans certains pays ? Est-ce que ce ne sont pas aux gouvernements africains de donner l'impulsion du lancement de ces outils e-santé ? L'union africaine ne doit-elle pas prendre part à l'élaboration et au financement d'un système de santé harmonisé à toute l'Afrique?

Quels sont les outils durables les plus simples et les moins coûteux à mettre en place ? Sur quels TICs s'appuyer pour soutenir ces projets (mobile, satellite, fixe, GPS, IT, audiovisuel) ? Est-ce que ces services doivent dégager une marge minimale pour assurer leur pérennité ? Quels sont les scénarios de retours sur investissements ? Avec quels partenaires internationaux et locaux faut-il mettre ces outils en place sur le terrain ? Qui peut et qui doit financer (gouvernements africains, bailleurs, donneurs/NGO, investisseurs privés, populations) ? Doit-on tendre vers une standardisation et une harmonisation des protocoles de systèmes d'e-santé entre opérateurs télécoms africains ? Pourquoi les logiciels ouverts pourraient-ils être utilisés ? Et bien d'autres questions encore.

Balancing Act a manifesté son intention de contribuer à cette réflexion pour apporter des réponses concrètes sur le terrain en Afrique.

Contact: sbeletre@balancingact-africa.com