La TV par IP et la fibre au cabinet: Moteur de croissance pour Orange Maurice

L'éditorial du mois

Des projets de fibre optique au cabinet ont été annoncés dans les plus grands marchés africains: la société Jamil au Kenya, i3 en Afrique du Sud et Algérie Telecom ont lancé des pilotes. Pour la plupart des opérateurs télécoms, la prochaine étape après les réseaux métropolitains c’est la fibre au cabinet. Ensemble, ils permettront aux opérateurs de téléphonie fixe de se « réinventer » et de se placer en tête de la concurrence mais pour ce faire il faut une bonne combinaison d’investissements consistants dans le réseau fibre et dans le contenu qui sera proposé sur le réseau nouvellement créé. La semaine dernière Russel Southwood a discuté de l’expérience d’Orange Maurice avec Sarat Lallah, son DG.

Bien que Maurice fasse partie de l’Afrique, le pays est bien différent du reste du continent. Le niveau de vie est considérablement plus élevé et c’est une île géographiquement compacte avec une bonne infrastructure et un taux de pénétration de la téléphonie fixe élevé. Le pays a toujours été un bon indicateur de ce qui va se passer en Afrique parce qu’il a souvent investi dans la technologie avant les autres: c’est par exemple le premier endroit ou un déploiement commercial de la 3G a été réalisé. La stratégie du gouvernement de développer une cyber-ile a suscité de nombreuses critiques mais son objectif de promouvoir l’externalisation de services comme un facteur de croissance montre que cela peut être fait. Des imitateurs dans d’autres pays africains ont eu moins de succès. Par conséquent il est possible de tirer une leçon de son expérience même si Maurice est très différente d’autres pays en Afrique. 

Orange Maurice a commencé à investir dans la fibre au cabinet avec une phase test à Wolmar sur la côte ouest en 2006. En 2007 l’opérateur avait installé 15 cabinets et cela a été étendu à 77 cabinets cette année. Selon Sarat Lallah, le DG « nous en installons toujours et nous souhaitons accroître la couverture à l’ensemble de l’île. Nous plaçons les cabinets dans la rue et le raccordement final est en cuivre ».

L’objectif global est d’offrir une couverture à l’ensemble de la population ou presque pour 2015. En parallèle à ce réseau, l’opérateur a déployé de la fibre aux entreprises. « Nous avons installé de la fibre dans les hôtels et les entreprises implantées dans la cyber-cité d’Ebène en utilisant notre réseau GPON. Toutes les administrations centrales sont équipées de connexions à 100 mbps ».

Pour encourager l’usage des utilisateurs sur son réseau fibre, Orange Maurice a lancé en 2006 un service TV par IP sous le label « MyT » offrant des titres en VOD et 18 chaînes TV. Le contenu s’est accru au cours du temps en particuliers une fois que les questions de droits ont été résolues. En 2010, l’opérateur a lancé un bouquet avec 5 chaînes indiennes et il y aura 10 chaînes supplémentaires pour le lancement d’Orange Expo plus tard cette année. L’opérateur offre maintenant 500 titres en VOD dont 20% de contenu mauricien.

En 2006, la couverture était seulement de 60% mais cela a considérablement augmenté et en 2015 la couverture universelle sera presque atteinte. La vitesse de téléchargement est en moyenne de 5mbps tandis que la vitesse ascendante est de 684 kbps et le service est proposé aux clients via 3 plans: 1mbps, 2mbps et 4 mbps avec des ratios de partage différents.

Les opérateurs historiques en Afrique semblent hypnotisés par le succès des opérateurs mobiles et lorsqu’ils ne possèdent pas leur propre filiale mobile c’est avec envie qu’ils lorgnent des licences GSM. La prochaine phase de développement (voix et données) sera du trafic IP sur fibre. Par conséquent il faut qu’ils s’accrochent à leurs plans et investissent dans des réseaux nationaux et métropolitains en fibre.

Le contenu sera le moteur pour les services résidentiels. Dans de nombreux pays il y a une classe moyenne d’une taille significative qui formera les premiers clients pour ces services. Pour l’opérateur historique le choix crucial est quant à se limiter uniquement au transport du contenu (en s’alliant avec des fournisseurs existants de TV payante) ou à devenir un fournisseur de contenu de plein droit.

Quelque soit le choix c’est le chemin qui permettra de transcender les acquis du fixe. La data mobile avec la technologie LTE offrira bien plus mais ceux qui le peuvent voudront être assis devant un écran d’une taille décente et un clavier avec une connexion du tonnerre. Ils voudront s’asseoir devant un écran TV pour regarder des films et du sport et non pas s’agglutiner autour d’un smartphone équipé de la technologie LTE. Les opérateurs historiques ont traversé une phase grâce au déploiement de la technologie CDMA mais maintenant il leur faut trouver les financements pour devenir sérieux. Après tout, il y a une vie après le mobile…