Zambie: Un poste-frontière de pointe transforme le commerce

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Il y a quelques semaines, un camionneur a eu la surprise de sa vie lorsque son employeur l’a appelé d’Afrique du Sud lui demandant pourquoi il a siphonné du carburant de son véhicule pendant qu’il attendait pour le dédouanement au poste-frontière de Kasumbalesa, entre la Zambie et la République démocratique du Congo (RDC).

Les tentatives du chauffeur de nier l’incident ont été vaines puisque des séquences vidéo prises au poste-frontière le montraient en train de vider le carburant et de le remettre à des gens.

L’installation d’un matériel de surveillance de pointe signifie que les choses ont changé à Kasumbalesa, un poste-frontière situé sur l’une des voies commerciales à grand trafic en Afrique.

Pendant qu’un camion entre dans la cour, de puissantes cameras prennent tous ses détails et les transmettent aux différents bureaux, y compris les services d’immigration et de la douane. Entre autres, les cameras captent le nom de la société possédant le camion, le nombre d’essieux dont il dispose et le type de cargaison qu’il transporte.

Avant que les chauffeurs n’entrent enfin dans les bureaux, l’argent à payer pour les diverses procédures douanières et d’immigration est déjà calculé. Cela signifie que le chauffeur passe maintenant moins de temps sur les procédures frontalières qu’auparavant, où toutes les procédures étaient manuelles.

L’ingénieur Avishay Dvir, directeur exécutif de 'Baran Trade and Investment', une entreprise basée en Suisse et appartenant à un Israélien, et qui a été engagée pour construire le nouveau poste-frontière, a expliqué que cette nouvelle structure "aiderait à améliorer la vitesse et le volume des échanges commerciaux entre les pays" dans le Marché commun d’Afrique orientale et australe (COMESA).

Des négociations sont déjà en cours pour installer davantage cette technologie à d’autres postes-frontières dans le COMESA. Les mauvaises infrastructures frontalières font partie des facteurs qui rendent le commerce régional plus difficile et plus coûteux, spécialement parce que la plupart des marchandises doivent être transportées par la route.

Un rapport de la Banque mondiale publié en 2009 sur les infrastructures de l’Afrique indique que les longs retards aux postes-frontières coûtent aux transporteurs plus de 300 dollars par jour.

Par exemple, un voyage de 2.500 kilomètres de Lusaka, en Zambie, à la ville portuaire de Durban, en Afrique du Sud, dure en moyenne huit jours – quatre jours pour la durée du voyage et quatre jours aux frontières, coûtant environ 2.400 dollars.

Certains camionneurs ont indiqué qu’ils passent un mois en route, de Durban à la RDC, avec les plus longs retards à Kasumbalesa. La réduction du temps d’immobilisation des camions signifie une augmentation du volume de marchandises transportées puisque le chauffeur peut désormais faire plusieurs voyages dans un mois, au lieu de passer le mois entier sur un seul voyage.

Si de telles installations sont mises en place à travers la région, les échanges commerciaux augmenteront à une vitesse élevée puisque les marchandises traverseront les frontières plus rapidement", a déclaré Dvir.

L’entreprise nourrit le rêve ambitieux d’un timbre pour les marchandises en transit (ITC), qui sera donné à un poste-frontière puis transmis électroniquement au poste frontalier suivant et à tous les autres postes afin d’accélérer les processus de dédouanement.

Cela pourrait signifier qu’un camion aurait seulement besoin d’un timbre ITC identifiant son chargement et sa destination finale, ce qui réduirait le temps passé à 10 minutes. Actuellement, les contrôles du chargement sont faits manuellement à Kasumbalesa, mais une machine à rayon X pour les camions est en installation pour le contrôle de la cargaison au cours du passage du camion.

Dvir a expliqué: "Notre idée est de construire des installations frontalières modernes équipées des technologies de l’information et de la communication à travers la région. Le gouvernement zambien nous a offert un contrat pour la rénovation de tous les postes-frontières dans le pays.

"Nous sommes également en discussion avec les gouvernements d'autres pays, y compris la RDC, la Tanzanie et l'Angola. Nous sommes intéressés par l'amélioration des conditions au niveau des frontières au Botswana, en Afrique du Sud et au Zimbabwe, particulièrement le poste-frontière de Beitbridge qui est tristement célèbre du fait de ses mauvaises conditions et des retards".

"Le travail ici est devenu tellement plus facile", a confié avec enthousiasme Mushota Bukankala, un chef d’équipe. "Je reste juste debout dans la salle de contrôle où j'ai une bonne vue sur tout ce qui se passe".

Winfred Shawa, un camionneur zambien, a envisagé de prendre sa retraite en raison des conditions de travail pénibles, mais a changé d'avis après l'installation du nouveau système.

"Je passais 30 jours sur la route entre l'Afrique du Sud et la RDC, avec des retards, en particulier à cette frontière, mais je ne passe plus même une seule journée ici.

"Je ne peux pas attendre que ce système soit adopté à d'autres frontières, ce qui signifiera que je peux faire le voyage en moins de cinq jours, autorisant un ou deux repos au bord de la route", a déclaré Shawa.

Le nouveau poste-frontière a augmenté les opportunités d'emploi pour la communauté environnante. Depuis janvier 2011, 250 employés ont été recrutés. Tous devaient d'abord suivre une formation sur les systèmes des technologies d’information, puisque la plupart n'avaient pas de telles compétences.

L’entreprise chargée du poste-frontière s'est également engagée à débourser 120.000 dollars par an pour le développement de la communauté environnante. Une école est en construction et ce plan comprend également un centre de santé et un marché.

Diverses formes de commerce au port ont également été touchées. Dans le passé, les camionneurs utilisaient les longs temps d'attente pour vendre une partie de leur carburant aux habitants et aux vendeurs de carburant. Le temps de faire cela n'existe plus là et, en outre, les caméras surveillent toujours à partir de tous les angles dans la cour.

Les camionneurs ne disposent plus d’assez de temps pour s’engager dans des rapports sexuels commerciaux.

Le nouveau poste-frontière a été construit sur 10 mois pour un coût total de 25 millions de dollars à travers un accord de "construction, opération et transfert" entre le gouvernement zambien et l'entreprise, qui a obtenu une concession de 20 ans pour gérer la frontière afin de récupérer ses investissements.

Le gouvernement n'a engagé aucune somme vers la construction. Une taxe de passage de 19 dollars par essieu de tout véhicule qui passe par le poste-frontière a été introduite et des négociations pour faire payer les voyageurs sont en cours. Le gouvernement conserve les frais de douane et d'immigration.