Tunisie : Ammar 404 et le piège de l’ATI

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Le PDG de l’Agence tunisienne de l’internet, M. Moez Chakchouk, martèle : «l’ATI n’était qu’un leurre, destiné à prendre les coups à la place des vrais responsables ». Certes, l’agence disposait d’un équipement d’analyse permettant de filtrer l’accès aux sites. Mais cet équipement, situé au Belvédère, les agents de l’ATI n’y avaient pas accès.

On n’a pas encore fini de débattre de la censure en Tunisie. Et même si Ammar 404 semble finalement s’être fait écrasé dans l’embouteillage révolutionnaire, il continue de susciter la polémique et la réflexion. Les plus pessimistes relèvent en effet que le cadavre bouge encore. Une idée pas complètement farfelue, dans la mesure, ou personne ne veut réellement endosser la lourde responsabilité (et la culpabilité qui va avec) de la censure sur le Net.

Ainsi, Securinets, le club de la sécurité informatique de l’INSAT a relancé le débat samedi 30 avril. Une table-ronde a même ainsi été consacrée à la censure sous l’ère Ben Ali. Du beau monde a animé cette rencontre : Belhassen Zouari, ancien directeur général de l’Agence nationale de la sécurité informatique (ANSI), Moez Chakchouk, PDG de l’Agence tunisienne de l’internet (ATI), Samir Sidhom, actuel PDG de l’ANSI, Slim Amamou et Haythem Mekki, en tant que blogueurs actifs contre l’ancien régime, et enfin, Malek Khadhraoui, journaliste de Nawaat.org. Tous étaient invités afin de clarifier les responsabilités et les rouages du système de la censure internet en Tunisie.

Après la présentation d’un montage vidéo et photo un peu chaotique (problème technique) mais qui a su mettre en appétit le public –avec notamment la reprise du fameux dernier discours de Ben Ali-, le débat a enfin commencé.

Le PDG de l’ATI a eu les honneurs pour présenter sa structure et son rôle dans la censure. Et que les choses soient claires : l’ATI n’a joué aucun rôle dans la censure à part celui, obligatoire, de mettre à disposition ses équipements. Créée comme un point d’échanges du trafic internet tunisien, l’ATI était destinée à assurer la qualité du service, l’écoulement du service, l’hébergement... De ce fait, elle avait en charge le routeur véhiculant l’ensemble du trafic des 5 FAI tunisiens, et disposait d’un équipement d’analyse de ce trafic, paramétré automatiquement afin de filtrer l’accès aux sites catégorisés (sites de pédophilie, terrorisme, etc.). Cet équipement, notamment situé au Belvédère, les agents de l’ATI n’y avaient pas accès. Un ancien directeur technique de l’ATI présent dans la salle, en a témoigné spontanément. M. Chakchouk enfonce le clou : « Identifier les contenus nuisibles à la famille Ben Ali et à son entourage n’était possible qu’avec une intervention humaine, nous ne disposions pas de logiciels ou d’algorithmes capables de le faire. Mettez donc un ‘S’ quand vous parlez de Ammar ».

A la fin de son intervention, la question demeure donc : des équipements de filtrage étaient au sein de l’ATI mais qui les exploitait ?

Quand la parole fut donnée à Malek Khadhraoui, les propos se précisèrent. En rappelant que le site Nawaat.org a été ‘viré’ par 4 hébergeurs car il se faisait attaquer trop souvent, le blogueur a attaqué la politique de la chaise vide du ministère de l’intérieur actuel, qui n’a pas souhaité participer au débat, et accusé son manque de transparence.

Il a également interrogé l’ATI sur son rôle, notamment pour l’identification des participants à l’action « Nhar 3ala Ammar » (lettres envoyées au président de la Chambre des députés pour décrier la censure qui sévissait) qui ont tous reçu un accusé de réception, jusqu’à l’étranger pour certains… M. Chakchouk a alors rappelé que la Tunisie était le « pays de la contradiction » à l’époque, celui qui hébergeait le SMSI et qui parallèlement exerçait une censure inouïe sur le net. En aucun cas, l’ATI n’a participé à ce type d’investigation : «l’ATI n’était qu’un leurre, destiné à prendre les coups à la place des vrais responsables ».