Movirtu lance un téléphone “dans le nuage” ciblant les utilisateurs à faible revenue: le premier marché est Madagascar mais d’autres suivront

L'éditorial du mois

Tout au bas de la pyramide, il y a des utilisateurs du téléphone qui ne peuvent pas se permettre le prix d’une carte SIM pour utiliser dans un téléphone partagé. Movirtu a créé un type de compte basé « dans le nuage » permettant à chaque personne qui a accès à un téléphone mobile de le partager mais de garder son propre numéro. Russell Southwood s’est entretenu avec Nigel Waller, le fondateur et directeur général de Movirtu à propos du potentiel de ce type de service téléphonique « très bas prix ».

Nigel Waller a travaillé dans le passé dans le département réseau et infrastructure télécoms et durant cette période, un opérateur africain lui a demandé s’il était possible de fournir un service téléphonique moins cher en milieu rural parce que donner une carte SIM à quelqu’un revient à 7 dollars US pour un opérateur basé dans un pays ou les taxes ne sont pas trop élevées. Quelques mois plus tard, lorsqu’il était entrain de conduire sur une route enneigée aux alentours de Moscou, l’idée lui est venue : pourquoi ne pas baser l’accès au service mobile sur un code d’accès comme l’adresse mail et comme cela les gens pourront partager leur téléphone?

Le produit a été testé en 2010 et des projets pilotes ont été déployés au sein de plusieurs opérateurs en Afrique. Il y a deux semaines de ça, le service a été lancé avec Airtel à Madagascar. Mais comme l’explique Nigel Waller « nous aimerions que notre service soit déployé dans toutes les opérations d’Airtel ». Pour assurer sa croissance, la société a reçu à la fin de l’année dernière un apport financier de 5 millions de dollars US de la part de TLcom Capital, un organisme d’investissement basé à Londres.

Le produit cible deux marchés: des personnes à très bas revenue qui veulent avoir accès à un téléphone sans acheter un combiné et une carte SIM et des revendeurs qui pourront offrir l’accès à un téléphone et des comptes individuels à utiliser avec. Cela ne coûte pas plus de 20 cents US par compte à créer comparé un montant entre 14 et 21 dollars US pour la fourniture d’une carte SIM.

Les coordonnées du compte de l’utilisateur sont stockées au niveau du central de l’opérateur et chaque utilisateur a la possibilité de sauvegarder ses contacts et peut aussi bénéficier d’un service qui redirige les appels manqués vers un autre téléphone lorsque l’utilisateur n’est pas enregistré. A partir de cette plateforme, il est aussi possible de faire des services de paiement mobile comme M-Pesa or Orange Money. Pour les utilisateurs plus aisés dans cette catégorie d’utilisateurs à très bas revenue, Movirtu propose un service qui s’appelle « ManyMe » qui permet à l’utilisateur d’avoir plusieurs numéros selon ce même principe. Pour l’instant le service ne fonctionne qu’avec des combinés GSM. Il ne fonctionne pas avec des combinés CDMA mais il est bien possible de l’étendre à ceux-ci dans le futur.

Selon Nigel Waller, « nous avons besoin d’impliquer des ONGs à la base (présentes sur le terrain). Dans un pays nous travaillons avec une organisation qui a besoin de contacter 500,000 agriculteurs et seulement 1 sur 5 dispose d’un téléphone. L’ONG souhaite communiquer avec ce groupe et leur envoyer des informations sur les prix ainsi que réaliser une enquête ». Les 400,000 agriculteurs sans téléphone pourraient dans bien des cas partager avec les 100,000 agriculteurs qui possèdent un téléphone.

Le produit est destiné à ceux qui gagnent entre 1 et 2 dollars US par jour. L’utilisateur dans la partie supérieure de cette catégorie, économisera plus de six mois pour acheter un combiné de marque selon une enquête réalisée par Movirtu, il est clair qu’ils comprennent et veulent une garantie. Dans cette catégorie, Nigel Waller estime que 40% des utilisateurs potentiels seront intéressés par ce produit. « Nous sommes pragmatiques et au court terme, l’adoption sera plutôt de l’ordre de la centaine de milliers et nous travaillons dur avec les responsables locaux du marketing pour leur expliquer comment cela fonctionne ».

Selon notre enquête, les utilisateurs qui partagent un téléphone soit avec la famille ou avec des amis paient jusqu’à 50% de plus pour les crédits d’appel (pour payer celui qui possède le téléphone). Avec notre plateforme, le propriétaire du téléphone reçoit des crédits d’appels bonus lorsqu’il prête son téléphone. Il y a aussi une grande disparité géographique et entre les sexes: dans cette catégorie, 70% des personnes sans téléphone sont des femmes et 80% vivent dans des zones rurales ».

« Les gens ont le sentiment de manquer de dignité lorsqu’ils ont besoin d’emprunter un téléphone et bien sur il n’y a pas de confidentialité puisque le propriétaire du téléphone peut voir le numéro appelé. Nous essayons d’améliorer l’écosystème en offrant une solution qui couvre leurs besoins. Tout ce qu’il faut pour accéder son compte est un code PIN à 4 chiffres ».