Cameroun: L’e-Gouvernance en panne

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Le ministre des postes et télécommunications, Jean-Pierre Biyti bi Essam a présidé une cérémonie d'ouverture du séminaire de présentation du projet de document de Stratégie Nationale de Développement du e-Government au Cameroun: une initiative de l'Agence Nationale des Technologies de l'Information et de la Communication (Antic), qui se donnait pour mission majeure de susciter l'appropriation d'un premier document de travail par les administrations publiques afin de garantir le succès du déploiement du Government électronique (e-Gouvernement) dans notre pays.

L'appellation de « séminaire » collé à cette initiative a déclenché les railleries des observateurs surtout que chez nous, on sait bien que les séminaires sont tout au plus des occasions de justifier les dépenses prévues dans les lignes budgétaires.

Les sceptiques sont d'autant plus renforcés dans leur conviction qu'ils se souviennent qu'une dizaine d'années auparavant, de nombreux séminaires organisés sous la férule des Nations Unies ayant pour but de permettre au gouvernement de combler de fossé abyssal de la fracture numérique qui le sépare des pays comme le Rwanda, n'ont abouti à aucune action.

Le résultat est qu'aujourd'hui encore, de la soixantaine des ministères et autres agences gouvernementales dont dispose le pays, moins d'une dizaine possèdent un site Internet fonctionnel. Pire, les fonctionnaires doivent utiliser les adresses courriels classiques pour communiquer.

Quand on sait que le web est le cadre idéal pour monter tous types d'arnaques, on se doute bien que n'importe quel quidam peut se présenter sur Internet comme haut fonctionnaire du gouvernement camerounais.

C'est peu dire que d'affirmer que le gouvernement du Cameroun est en retard de plusieurs générations dans le domaine de la communication électronique. Avec l'évolution croissante de la société en réseaux, on assiste en fait à un changement de paradigme.

En effet, on se retrouve plongé dans une ère où le mode du développement informationnel remplace les deux anciens modes agraire et industriel. C'est l'action du savoir sur le savoir comme source principale de la productivité. Il s'agit d'une culture à la fois de l'éphémère et de l'éternel.

Ainsi, l'information faisant partie intégrante de toute activité humaine, c'est toute notre existence individuelle et collective qui est directement modelée par les nouvelles technologies.

Dans ce cadre, les gouvernements cherchent à utiliser les technologies numériques pour transformer et moderniser le fonctionnement de leur administration en vue d'améliorer leur efficacité et leur performance ainsi que la qualité des services qu'ils sont appelés à rendre.

C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre le e-Gouvernement comme étant l'habilité que possède un gouvernement de fournir un accès à ses services et informations 24 heures par jour, 7 jours la semaine. Il est un mécanisme essentiel dans la stratégie de la croissance de l'accessibilité.

Il sert entre autre à mettre de l'information à la disposition des citoyens à travers l'Internet, et est par là même un moyen efficace de communication à deux sens entre le gouvernement et le citoyen, le gouvernement et le monde des affaires, le gouvernement central et les autres agences du même gouvernement ou même des autres paliers régionaux et locaux du gouvernement.

À titre d'exemple, la promesse électoraliste du président de recruter 25000 jeunes fonctionnaires se serait traduite par moins de maux de tête, d'humiliation, de tentatives escroquerie et plus de célérité pour les postulants si toutes les transactions étaient électroniques.

Quand on connaît le nombre d'intimidations, et les propositions de corruption auxquelles le moindre contact avec le gouvernement donne lieu, on comprend combien l'adoption d'une plateforme du gouvernement électronique est salutaire.

Toutefois, l'histoire récente des tentatives d'implantation des nouvelles technologies au Cameroun conseille la prudence surtout quand on se souvient du sort qui a été réservé au guichet unique au port automne de Douala.

L'E-gouvernement correspond en fait à la ferme décision d'une équipe gouvernementale de s'ouvrir à ses clientèles de manière à augmenter exponentiellement son efficacité. Le gouvernement électronique revêt un large spectre qui peut s'identifier néanmoins à travers quatre grandes composantes selon deux axes principaux:

Interne ou externe. Ses principaux paramètres sont : l'organisation interne (management), les relations inter-administrations (mécanismes de transversalité); les relations avec le secteur privé comme les entreprises, organisations mais surtout les fournisseurs et enfin les relations avec les citoyens (approches relations-client).

Le gouvernement du Cameroun en est encore à une phase de réflexion. Pour aboutir, il doit passer par 4 stratégies principales : Une stratégie financière et budgétaire qui correspond à l'objectif des coûts et des déficits dans les processus interne. Une stratégie de croissance qui consiste à utiliser les technologies de l'information comme un effet de levier pour proposer de nouveaux services.

La stratégie de recherche d'efficience, quant à elle, vise à optimiser les processus internes. Ici le gouvernement devrait déterminer le rapport entre la qualité et la quantité des résultats obtenus et les ressources matérielles, financières et humaines mises en oeuvre à cette fin.

Enfin la stratégie de recherche de proximité où les préoccupations forment la base de l'analyse des politiques publiques et cherchent à rapprocher le service public des citoyens-usagers-consommateurs. Cela se traduit par des portails d'information, des guichets uniques.

Parions que ce séminaire ne débouchera sur aucune action concrète, puisque de nombreux rapports sur les possibilités de développement d'une infrastructure du gouvernement électronique au Cameroun accumulent la poussière dans les tiroirs du ministre.

Il semblerait que la priorité du Gouvernement à la veuille des élections est plutôt de contrôler les sites sociaux comme Twitter signe si besoin l'était encore que le séminaire ouvert mercredi dernier est une leurre.