Les données au centre du débat: les bonheurs et les périls de la technologie Wi-fi: modèles de prix et accès

L'éditorial du mois

 En Afrique, les opérateurs mobiles se retrouvent dans une situation ou le trafic données est supérieur au trafic voix mais le chiffre d’affaire du trafic données est bien plus petit. En plus avec les données, la congestion du réseau est plus rapide qu’avec la voix. Beaucoup de gens assument que la technologie LTE va résoudre ce problème de congestion due à la demande données mais la bande passante c’est comme une drogue: plus vous en avez et plus vous en utilisez. Russell Southwood analyse la montée de la bonne vieille technologie Wi-fi  qui s’impose de plus en plus par elle-même et pose certains challenges aux opérateurs mobiles africains.

Le rêve des fournisseurs alternatifs aux opérateurs mobiles était que ceux qui offraient des accès Wi-fi accaparerait le trafic voix statique du client et laisserait le trafic voix mobile aux opérateurs mobiles. L’accès mobile non soumis à licence (unlicensed mobile access (UMA)) a été une tentative de la technologie Wi-fi d’offrir une alternative au trafic voix. Malheureusement cela n’a jamais marché. Lorsque la technologie Wi-MAX était à son apogée, la data mobile est devenue une promesse qui ne s’est jamais vraiment matérialisée. Avec l’arrivée de la technologie LTE, le Wi-MAX est considéré comme une technologie de transition. En d’autres termes, « bye bye  Wi-MAX et bonjour LTE ».

Avec l’augmentation du nombre de smartphones et l’arrivée des tablets sur le marché africain, la consommation de données est en augmentation malgré les limites que les prix de ces gadgets imposent. Des estimations affirment que 20-40% du trafic données dans les marchés des pays développés transitent sur des réseaux Wi-fi. Les principales raisons sont que les opérateurs mobiles ne peuvent suivre en terme de réseau avec la demande grandissante en données. L’Afrique ne différa de ce modèle que par un certain niveau.

Voila le dilemme pour les opérateurs mobiles. Il y a un petit nombre de clients de valeur qui génèrent un important  pourcentage des profits sur leur chiffre d’affaires. Ces clients se « promènent de plus en plus avec des appareils divers: smartphones, tablets et ordinateur portable qui leur permettent de choisir pour les données (en termes de prix et de qualité) quel réseau ils vont utiliser.

La menace pourrait venir de ceux qui offriront des meilleurs prix et un réseau moins congestionné. Google a signé un partenariat avec Wananchi au Kenya pour offrir des points d’accès Wi-fi sous le label « Wazi ». Bien qu’il s’agisse d’un projet pilote dans un centre commercial de Nairobi, le point d’accès compte plus de 500 clients habituels.

Cela marcherait entre les FAIs et les opérateurs mobiles de proposer une offre de service de roaming unifié (comme Boingo au Kenya) disposant d’un système d’échange pour traiter les questions de vente au détail et de facturation en gros. Un tel service comblera le vide dans les circonstances ou il n’y a pas de partenaires pour la vente en gros et son déploiement est prévu au Kenya et à travers l’Afrique de l’Est. Les dix premières minutes sont gratuites et ensuite il en coûtera 47 cents US pour une heure et 4.73 dollars US pour un mois.

En Afrique du Sud, la société Internet Solutions (IS) a confirmé que son projet de construction de plusieurs réseaux Wi-fi  métropolitains était dans une phase avancée. Ces réseaux seront à même d’offrir des services dans des zones urbaines avec une forte densité de population.

Les opérateurs mobiles dans la région ont bien vu la menace et certains essayent de proposer la même chose tout en ce penchant sur le modèle commercial. Un opérateur a déployé 1,500 points d’accès Wi-fi dans un pays mais le projet a créé d’importants problèmes pour eux et cela affectera tout autre opérateur souhaitant se lancer dans le même créneau.

Le réseau de transmission a besoin d’être amélioré pour gérer le trafic supplémentaire. Comme pour les stations de base, les points d’accès ont besoin d’électricité 24 heures 24 et parfois il y a des problèmes avec les autorités locales pour l’obtention de permis pour ériger les pylônes.

Le but est de couvrir des zones géographiques relativement étendues sur lesquelles seront répartis des points d’accès sur des pylônes d’une hauteur de 20-50 mètres. D’autres projets explorent les réseaux Wi-fi mesh mais ce type de réseau peut revenir cher lorsqu’il faut installer des unités pour assurer la redondance. Quelque soit les limitations, un réseau Wi-fi mesh peut assurer une couverture de l’ordre de 50kms. Si les deux types de services opèrent dans des bandes de fréquences non soumises à licence, il est possible de réduire les coûts mais cela peut occasionnellement affecter la qualité de service.

Durant une interview avec Fierce Wireless, Hans Beijner, le responsable marketing produit à Ericsson a expliqué que la technologie Wi-fi est significativement différente de l’infrastructure mobile existante. La qualité de service offerte par le Wi-fi est dépendante du type de déploiement et des méthodes de transmissions. « Il est possible d’avoir une très bonne performance pour les services données avec la technologie Wi-fi mais cela n’est toujours pas assez bon pour la voix » dit-il. « La technologie Wi-fi n’a pas la même capacité à gérer la demande que les réseaux cellulaires et cela se traduit par une congestion totale ». Sachant que la congestion des services données et voix est un trait commun entre la plupart des zones urbaines en Afrique, le problème de capacité des points d’accès Wi-fi se posera aussi.

La peur des opérateurs mobiles est de voir leur clientèle de valeur choisir d’autres fournisseurs pour leurs services données parce qu’ils ont une meilleure qualité/prix et de ne les utiliser que pour des appels peu chers. Peut-être même, cette clientèle utilisera la version mobile de Skype dans les points d’accès Wi-fi pour réduire sa facture de téléphone. Le prix actuel des appels et des données en roaming en fait une grande tentation pour les visiteurs internationaux. Pour les clients qui dépensent peu mais qui sont des grands consommateurs de SMS, l’attraction du mail va finalement devenir apparente si cela ne l’est déjà pas.

Mais avec la technologie LTE, ne s’agit-il pas d’une autre période de transition comme la technologie WiMAX ? Peut-être, mais… Le mais vient de Mark Rayner, le DG de DStv Mobile, qui observe que la demande en bande passante impliquant l’accès à du contenu « riche » va continuer à augmenter. « La technologie LTE facilitera la vie des gens qui produisent du contenu. La nouvelle bande passante suscitera plus de demande comme la haute-défnition. Par conséquent la bataille pour la bande passante continue ainsi que la bataille pour un prix juste ».

La technologie LTE offre des vitesses théoriques de téléchargement étonnantes en utilisant beaucoup de fréquences et celles-ci ne sont pas gratuites. Un opérateur mobile majeur en Afrique nous a dit qu’il allait installer des stations de base LTE avec 2-8 paires de fibre. Certains opérateurs mobiles sont prêts et dispose d’un important réseau fibre mais pour d’autres les couts seront prohibitifs. La vitesse de la technologie LTE ne sera alors équivalente qu’au lien le moins rapide sur le réseau.

Par conséquent la vieille technologie Wi-fi a encore des beaux jours devant elle. Mais ce qui ferait vraiment une différence c’est si un régulateur offrait une série de licences pilotes à de opérateurs nouveaux ou existants pour offrir des servies voix et données par Wi-fi utilisant des fréquences non soumises à licence dans des zones mal desservies.