Algérie: Le dossier de Djezzy au coeur de discussions algéro-russes

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Le contentieux qui oppose l'Etat algérien au propriétaire de l'opérateur de téléphonie mobile Djezzy est de nouveau d'actualité. Sous une nouvelle forme, il faut le souligner, puisque le milliardaire égyptien Naguib Sawiris a revendu 51% d'Orascom Telecom Holding, dont Djezzy est la filiale en Algérie, au géant russe Vimpelcom. Actionnaire majoritaire, le P-DG du groupe russe Vimpelcom, Aleksandr V. Izosimov, devait être reçu hier à Alger par le ministre des Finances, M. Karim Djoudi, pour discuter du dossier du rachat de Djezzy.

«Je vais certainement rencontrer le P-DG de Vimpelcom et la rencontre est programmée pour aujourd'hui dimanche», a déclaré à l'APS M. Djoudi, en marge de l'installation du Conseil national de la comptabilité. Les entretiens «vont porter sûrement sur le dossier d'Orascom Télécom Algérie (OTA)», a précisé le ministre, ajoutant que la partie russe a transmis à l'Algérie son souhait d'ouvrir des discussions sur le dossier Djezzy. Interrogé sur un éventuel règlement à l'amiable de ce contentieux qui permettrait à l'Algérie de prendre une participation de 51% dans le capital de Djezzy, M. Djoudi n'a pas souhaité donner plus de précisions et s'est suffi de dire : «Nous allons rencontrer le P-DG de Vimpelcom, puis après nous allons discuter». Certains affirment que l'opérateur russe désire abandonner l'option de l'arbitrage international, en proposant une solution à l'amiable qui va permettre à l'Algérie de prendre une participation majoritaire de 51% dans le capital de Djezzy. Il faut rappeler que le patron du géant russo-norvégien Vimpelcom avait offert de céder Djezzy à «un prix équitable» d'environ 8 milliards de dollars. «Nous sommes tout à fait ouverts à une vente si l'acquisition se fait à un prix normal, si cela se fait pour un prix équitable», avait-il déclaré en marge du forum russo-algérien organisé à l'occasion de la dernière visite du président russe, Dmitri Medvedev, à Alger.

La réponse du gouvernement algérien a été claire. Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a été très précis à ce sujet : «Je confirme que le gouvernement algérien va acheter définitivement l'opérateur mobile Djezzy. Nous n'avons qu'un seul vis-à-vis dans cette opération, à savoir Orascom Telecom Holding (OTH), avec qui nous avons signé un contrat». Très précis sur la procédure de cette opération, il avait expliqué : «Il y a eu beaucoup de spéculation sur la valeur de cet opérateur téléphonique, cela ne nous intéresse pas. Il y a des procédés et des experts internationaux à désigner par les deux parties pour effectuer cette évaluation. En cas de mésentente, là on peut recourir à une troisième partie pour trancher». Cette position n'a pas changé d'un iota. Karim Djoudi l'a encore affirmé hier en déclarant : «La position algérienne a été exprimée à plusieurs reprises et celle d'OTA a été aussi exprimée à plusieurs reprises.

Les deux parties ont désigné des banques d'affaires pour faire l'évaluation financière de Djezzy, il y avait une obligation (portant) sur la production d'un protocole de confidentialité qui a un peu gêné la mise en oeuvre de l'évaluation.»Il est à rappeler que Djezzy, qui représente 40% du chiffre d'affaires du groupe de Sawiris, est au coeur d'une polémique depuis 2009. Naguib Sawariss a tenté de céder une première fois son groupe à l'opérateur sud-africain MTN, mais l'Etat algérien a refusé invoquant son droit de préemption. Il est à préciser aussi que Djezzy doit épurer sa situation vis-à-vis des organismes de l'Etat dans le respect des lois en vigueur. «Les propriétaires d'OTH doivent apurer leur situation fiscale. Ils doivent s'acquitter de 17 milliards de dinars encore et des pénalités engendrées en cas de retard.

Ils doivent assainir leurs dettes envers l'ARPT (autorité de régulation de la poste et des télécommunications) et celles engendrées par la dissolution de leur opérateur du fixe Lacom (des salaires de travailleurs n'ont pas été versés). Les propriétaires d'OTH doivent répondre à l'accusation de la Banque d'Algérie de fraude dans les transferts de 190 millions de dollars. En dernier point, et comme le prévoit la loi algérienne, OTH devra verser 20% de la plus value au gouvernement algérien à la vente», avait expliqué le Premier ministre, Ahmed Ouyahia. Djezzy est interdit depuis deux ans de transfert de change en raison de sa situation litigieuse avec le fisc. Vimpelcom, en reprenant les actions d'OTH, a repris son passif qui sera évidemment mis en avant lors des négociations.