Le coût du diesel pour les opérateurs mobiles africains: est-ce que 2012 sera l’année de prise de conscience ?

L'éditorial du mois

Le prix du pétrole n’a pas encore atteint les sommets enregistrés durant l’été 2008 mais son augmentation constante et le fait que le prix d’un baril de brut a dépassé la barre des 100 dollars US en février dernier, devrait tirer une sonnette d’alarme parmi les opérateurs mobiles africains. Leur dépendance en diesel pour alimenter les stations de base reste très élevée mais très peu d’entre-eux ont fait des efforts pour trouver des solutions à ce problème. Isabelle Gross analyse les options au court et long terme à la disposition des opérateurs mobiles africains qui souhaitent économiser de l’argent sur leur facture énergétique.

En septembre dernier, le journal kényan Business Daily rapportait les propos suivants de Bob Collymore, le CEO de Safaricom « les coûts d’approvisionnement des stations de base en  diesel ont augmenté de 27% depuis janvier, en particulier dans les zones sans électricité et la partie ouest du Kenya ou les fréquents délestages impliquent que les stations de base doivent tourner jusqu’à 4 heures par jour au diesel ». Durant la même interview, il a aussi reconnu que l’augmentation des coûts opérationnels ne peut être ignoré et une façon de résoudre la situation serait d’augmenter le prix des appels téléphoniques.

Augmenter les prix des appels est une approche qui comporte bien des pièges. Une augmentation des prix peut se traduire en une diminution du volume de minutes et par conséquent une diminution possible du chiffre d’affaires global. La plupart des abonnés mobiles africains n’ont pas de gros moyens et ils sont plus sensibles en matière de prix que leurs homologues dans les pays développés. Une augmentation des prix est une façon sure de les encourager à regarder de plus prêt les offres des concurrents.

Face à un ARPU voix en chute et des revenues hypothétiques des services data, les opérateurs mobiles africains doivent prêter plus d’attention aux coûts inhérents à leurs opérations. La facture énergétique devrait être un des tous premiers articles sur leur liste dans la mesure ou les prix du pétrole sont à nouveau entrain d’augmenter. Lorsqu’il s’agit de réduire les dépenses énergétiques, il n’y a de solutions clef en main mais cela peut être fait.

La meilleure approche consiste d’abord à voir comment gérer les stations de base existantes de façon plus efficace sur le plan énergétique. En d’autres termes, il s’agit de l’approche « système D » qui consiste à modifier ou à re-paramétrer certains équipements dans la station de base pour réaliser des économies d’énergie sans avoir besoin de réaliser des investissements lourds. Le système de refroidissement est par essence un bon point de départ parce qu’il peut représenter jusqu’à 35% de la consommation totale d’électricité d’une station de base. Cette part peut augmenter à 50% s’il y a moins d’émetteurs utilisés. Selon une étude réalisée par Axiata, un grand opérateur télécoms en Asie, il est possible de réaliser entre 14% et 22% d’économie d’énergie en remplaçant un climatiseur traditionnel par un climatiseur inversé dans la cabine de la station de base (13.8% d’économie d’énergie à une température de  25°C dans la cabine et 21.9% d’économie d’énergie à une température de 30°C dans la cabine).

Dans des circonstances standards, le retour sur investissement est de l’ordre de deux ans. En Afrique par exemple, des opérateurs mobiles comme Vodacom, Orange ou MTN ont commencé à expérimenter des solutions de refroidissement naturel en combinaison ou non avec par exemple une augmentation de la température dans la cabine de la station de base. En marge de ces solutions, d’autres approches plus intelligentes concernant le refroidissement sont entrain d’être testées et développés en particulier l’idée de contrôler directement la chaleur émise par les appareils produisant de la chaleur plutôt que de refroidir l’ensemble de la cabine. L’équipementier Ericsson a par exemple réalisé des tests en Indonésie démontrant qu’il était possible de réduire considérablement la consommation d’énergie en utilisant des échangeurs de chaleur pour la cabine et des compartiments de refroidissement séparés pour les batteries. L’énergie nécessaire pour refroidir le site peut être ainsi réduite jusqu’à 60%.

Des stations de base plus efficaces en termes d’énergie permettent de réaliser des économies intéressantes sans avoir besoin de recourir à un important investissement en capital. Alors, pourquoi y en a-t-il si peu en Afrique alors qu’un grand nombre de stations de base fonctionnent au diesel 24 heures sur 7?

Pour réduire d’avantage la facture énergétique, il faudra ensuite réaliser des investissements parce qu’il s’agit d’acheter des équipements plus efficaces en termes de consommation énergétique ou plus d’opter pour des solutions d’énergie renouvelable. Les options « vertes »  comprennent l’énergie solaire, l’énergie éolienne, des cellules à combustion d’hydrogène, les biofuels, etc…Aujourd’hui l’énergie solaire et éolienne sont les technologies vertes les plus utilisées pour alimenter des stations de base hors réseaux.

Pour évaluer le retour sur investissement dans des solutions d’énergie renouvelable pour des stations de base, il faut tenir compte des  trois facteurs principaux suivants: le prix du diesel/pétrole; la puissance de la station de base et le type d’énergie renouvelable envisagé.

En analysant le premier facteur plus en détail on peut voir que si le prix du pétrole est bas, le retour sur investissement prendra plus de temps – plusieurs années de plus pour la plupart des technologies d’énergie renouvelable. Lorsque le prix du pétrole est élevé, le retour sur investissement prendra moins de temps. Lorsque le prix du pétrole était au point le plus élevé en juillet 2008, la facture énergétique d’un opérateur mobile était trois fois plus élevée qu’au début de 2007 avec pour conséquence pour les opérateurs mobiles africains des coûts opérationnels en forte augmentation. Cette dernière comparaison, ne devrait-elle pas tirer une sonnette d’alarme dans la tête des opérateurs mobiles africains ?

Pour des informations plus détaillées sur les options au court et long terme pour une meilleure maîtrise de la facture énergétique pour les opérateurs mobiles, vous pouvez vous référer au rapport publié par Balancing Act en février 2011 intitulé « Energy for Cellular Base Stations in Africa: the quick fix approach and the long term perspective to saving energy ».