La data mobile en Afrique: Quelles sont les perspectives en termes de chiffre d’affaires?

L'éditorial du mois

Lors de la présentation des résultats des six derniers mois (à fin septembre 2011), Pieter Uys, le DG du groupe Vodacom a fait le commentaire suivant concernant les bons résultats des services data en Afrique du Sud « la croissance du trafic data des smartphones est dix fois plus élevée que celle des clés USB ou des modems ». Il n’y a aucun doute que l’Afrique du Sud est le leader en termes de taux de pénétration et de chiffre d’affaires pour la data mobile mais s’agit-il d’un cas isolé ou le signal d’une tendance qui tôt ou tard s’étendra à d’autres pays en Afrique subsaharienne. Au travers d’une analyse des chiffres d’affaires de la data mobile en Afrique du Sud, au Kénya, au Nigéria et au Ghana Isabelle Gross conclut que derrière les effets d’annonces autour du lancement de réseaux 3G, les chiffres d’affaires actuels de la data mobile sont encore bien faibles.

Quelque soit l’opérateur mobile en Afrique du Sud, leurs résultats montrent une solide croissance du chiffre d’affaires de la data mobile. Entre mars et septembre 2011, le chiffre d’affaires de la data mobile de Vodacom en Afrique du Sud a affiché une croissance de 29.4% générant un chiffre d’affaires de l’ordre de 450 million de dollars US. Pour sa part MTN a enregistré un chiffre d’affaires aux alentours de 250 millions de dollars US pour la data mobile sur les six premiers mois de l’année 2011. Ces chiffres sont intéressants mais ils se prêtent mal à faire des comparaisons entre les chiffres d’affaires de la data mobile entre différents opérateurs dans différents pays. L’ARPU data (chiffres d’affaires de la data mobile/ nombre total d’abonnés mobiles) est un bien meilleur indicateur pour faire des comparaisons. En Afrique du Sud, Vodacom et MTN ont un ARPU data supérieur à 2 dollars US (2.59 dollars US pour Vodacom et 2.07 dollars US pour MTN). Avec cet élément de comparaison en tête quelles sont les performances de la data mobile au Kénya, au Nigéria et au Ghana ? Au Kénya, l’ARPU data de Safaricom est à présent à 0.32 dollars US tandis que celui de MTN au Nigéria s’établit à 0.21 dollars US. Au Ghana, MTN enregistre un ARPU data de 0.11 dollars US. L’ARPU data de MTN en Afrique du Sud est dix fois plus élevé que celui réalisé par son opération au Nigéria et ce chiffre en dit long sur la faible pénétration de la data mobile au Nigéria. Les chiffres pour le Ghana et le Kénya ne sont pas beaucoup plus encourageants même si le DG de Safaricom pourrait argumenter avec raison que son ARPU data est trois fois plus élevé que celui de MTN au Ghana.

Lorsqu’il s’agit de comparer l’ARPU data à l’ARPU total, l’Afrique du Sud est bien évidemment à nouveau en tête. Pour Vodacom en Afrique du Sud, l’ARPU data représente maintenant 15.2% de son ARPU total tandis que pour MTN, il représente 10.4% de l’ARPU total. Au Kénya, l’ARPU data de Safaricom représente 6.4% de son ARPU total. Au Nigéria et au Ghana, l’ARPU data de MTN représente respectivement 2.1% et 1.6% de l’ARPU total. Le Kénya se classe second après l’Afrique du Sud mais l’ARPU data de Safaricom est néanmoins 10 points derrière celui de Vodacom en Afrique du Sud. L’ARPU data de MTN au Ghana est dix fois plus bas que celui réalisé par son opération en Afrique du Sud. Si l’ARPU data de MTN Ghana venait à doubler chaque année, il lui faudra tout de même plus de trois ans encore pour atteindre le niveau actuel de l’ARPU data de Vodacom en Afrique du Sud.

Si ces chiffres montrent bien que les revenus de la data mobile comptent pour une très faible part dans l’ensemble du chiffres d’affaires des opérateurs mobiles africains (à l’exception de l’Afrique du Sud), ils suscitent aussi des doutes quant à la possibilité pour les opérateurs mobiles africains d’utiliser les revenus de la data mobile comme une stratégie pour protéger leur chiffre d’affaires global de l’érosion des revenus de la voix (c’est la stratégie adoptée par un grand nombre d’opérateurs mobiles dans les pays développés). Au 30 septembre 2011, le chiffre d’affaires voix de Safaricom sur les six derniers mois s’est élevé à 356.6 millions de dollars US, un recul de 26.6 millions de dollars US en comparaison avec la même période de l’année précédente. Le chiffre d’affaires data mobile a affiché un résultat de 34.8 millions de dollars US avec un gain de 9.3 millions de dollars US par rapport avec la même période de l’année précédente. Le chiffre d’affaires de Safaricom pour les SMS était légèrement en recul (-0.4%) mais le chiffre d’affaires de son service de paiement via mobile, M-Pesa, enregistrait par contre un gain de 29.9 millions de dollars US passant de 59.8 millions de dollars US à 89.2 millions de dollars US. Les chiffres ci-dessous indiquent clairement que les revenus de la data mobile n’auraient pas été suffisants pour couvrir la perte de revenus dans le segment voix. Ce sont plutôt les revenus que Safaricom tirent du service M-Pesa qui ont couvert les pertes dans le segment voix.

La plupart des opérateurs mobiles africains sont encore très loin de générer un chiffre d’affaires de la data mobile qui en vaille « vraiment la chandelle » mais qui plus est au court terme cela limite leurs options quant aux stratégies utilisables pour pallier à la chute du revenu du segment voix.