Avec 2.5 millions d’utilisateurs au Nigéria, le réseau social Eskimi réalise une ascension fulgurante dans le hit-parade des réseaux sociaux en vogue

L'éditorial du mois

La croissance de Facebook en Afrique a été époustouflante mais aujourd’hui c’est un fait bien connu. Le réseau social Eskimi qui a été développé en Lituanie ciblent les portables bas de gamme. En moins de 18 moins, le nombre d’utilisateurs est passé de zéro à 2.5 millions d’utilisateurs. Tous ceux qui pensent que le contenu qu’un téléphone portable peut accéder est important doivent essayer de comprendre comment cela s’est passé. Dans un entretien avec Russell Southwood, Vytas Paukstys, le DG d’Eskimi s’explique sur le succès du réseau social au Nigéria.

L’arrivée de contenu suit un enchaînement d’événements. Tout d’abord il faut que la connectivité fibre soit en place parce qu’il est difficile de pousser du contenu et des applicatifs avec de la bande passante satellitaire. Les prix en gros de la connectivité internationale doivent baisser pour permettre une baisse des prix au détail: les opérateurs doivent arrêter de vendre de la « bande passante rationnée ». Ensuite les marques internationales peuvent faire leur entrée: Google, Wikipedia, Facebook, Twitter. Selon des travaux de recherche que nous avons conduit, il s’en suit le développement de versions locales en particulier dans les pays disposant d’un fort potentiel.

L’histoire d’Eskimi est celle d’un réseau social qui est née en Europe de l’Est plus précisément dans un des pays de la Baltique. Au lieu de cibler des régions comme l’Europe occidentale ou l’Amérique du Nord ou les offres sont nombreuses, Eskimi a choisi de distribuer son service dans les pays émergeants. C’est un peu comme Spinlet une sorte de « iTunes for Africa » qui sera lancé lors de la conférence «Mobile Web East Africa ». Pour Eskimi, il s’agit d’une collaboration entre un petit pays européen et le Nigéria. L’épicentre des activités commerciales est progressivement entrain de changer d’orbite.

Selon Vytas Paukstys, le DG d’Eskimi, « nous avons commencé avec les pays de la Baltique et cela a bien marché. Sur cette base, nous avons décidé de nous lancer à l’international en lançant des projets marketing pilotes dans d’autres pays dans le monde. Nous avons commencé en Asie et ensuite nous avons visé l’Afrique avec quatre pays: l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Kenya et le Ghana ».

En peu de temps (novembre 2011), Eskimi a achevé 1.7 millions d’utilisateurs au Nigéria: un peu plus de 50% de leur clientèle (3 millions). La présence d’Eskimi est aussi  entrain de croître dans d’autres pays africains: 250,000 utilisateurs au Ghana, 35,000 utilisateurs au Kenya et plus de 30,000 utilisateurs au Namibie. Aujourd’hui Eskimi compte plus de 5 millions d’utilisateurs dans le monde et plus de la moitié sont basés au Nigéria. L’Afrique compte plus d’un million d’utilisateurs (excluant le Nigéria). En d’autres termes, Eskimi est entrain d’atteindre une masse critique au Ghana et dans d’autres pays. Il s’agit bien plus que d’être au sommet du hit-parade dans un pays africain.

Eskimi est un service web pour des téléphones portables bas de gamme. La société est entrain de développer un service similaire fonctionnant avec Android mais il est encore trop tôt pour cibler les smartphones. Les usages qui se sont établis doivent être rassurant pour Nokia. En novembre 2011, 73% des utilisateurs utilisaient Opera Mini, un navigateur que l’on trouve le plus fréquemment sur des portables Nokia. Aujourd’hui, 90% des utilisateurs surfent en utilisant Opera Mini ou le navigateur fourni par le téléphone portable. Pour atteindre une masse critique, il faut un marché potentiel de taille parce que tout le monde ne va pas utiliser le service. Si par exemple, il y a 1 million d’utilisateurs qui ont un smartphone, seul 10 à 30% utilisera un service en particulier et un plus petit pourcentage d’utilisateurs le fera d’une façon régulière. Cette année Eskimi envisage de recruter des développeurs locaux pour créer plus de services autour de sa plateforme.

Pourquoi l’utilisent-ils tous? Pour un petit nombre qui utilisaient les cybercafés avant: il s’agit de trouver de nouveaux amis, d’envoyer des messages, de partager des photos, de rencontrer l’âme sœur et de jouer des jeux. 86% des utilisateurs au Nigéria font parti de la catégorie sociale de gens qui introduisent de nouvelles technologies en Afrique et ont entre 18 et 34 ans. Il est facile d’imager que ces utilisateurs sont moins respectueux et certainement plus pressés que leurs parents. En général les utilisateurs sont souvent concentrés dans la capitale mais pour Eskimi, seulement 32% des utilisateurs sont basés à Lagos, le reste des utilisateurs viennent de sept autres grandes villes.