Jeux made in Africa »: une naissance bien difficile qui nécessitera des soins intensifs pour se développer

L'éditorial du mois

Les enquêtes de consommateurs disponibles en Afrique indiquent qu’il y a une audience pour les jeux sur ordinateur et téléphone portable mais il y a peu d’informations suggérant un engouement pour la production locale de jeux. Pour les quelques développeurs qui sont assez braves pour se lancer dans le développement de jeux, le modèle commercial reste à la fois confus et contraignant. Lors d’un entretien avec Cliff Onyari, un développeur kenyan à Virtual Designs, Russell Southwood revient sur les facteurs qui permettraient un décollage des jeux.

Il est bien possible qu’il y ait un plus grand nombre de développeurs africains de jeux mais leur présence ne se fait pas vraiment sentir. La liste ci-dessous est constituée des informations que j’ai réunies et il est bien possible qu’il y en ait plus mais il faut le dire, ils ne font pas vraiment d’efforts pour se faire connaître. Au Ghana, la société Leti Games a développé deux jeux intitulés iWarrior/Kijiji et Street Soccer (selon une enquête datant de 2009, 14% des personnes intérrogées jouent des jeux en ligne). La société travaille maintenant avec Wingu Technologies qui elle-même a des développeurs qui ont produit des jeux dans le passé.

L’année dernière lors de la conférence Mobile Entertainment Africa, Steve McIvor de Tasty Poison  parlait non sans éloquence du développement d’applicatifs pour les iPhone et iPad mais principalement à destination de marchés à l’extérieur de l’Afrique. Il a aussi souligné les efforts de l’Afrique du Sud ou les autorités gouvernementales ont encouragé le développement du secteur des jeux mais tout cela semblait bien indiqué qu’ils en étaient encore à un stade peu avancé. A cette conférence, il y avait aussi Anne Shongwe qui développe des jeux avec le soutien Nations Unis se concentrant sur les comportements en relation avec le SIDA. Voila, malheureusement c’est tout…

En fait il y en a un de plus. Il s’agit Cliff Onyary de Virtual Designs avec lequel je me suis entretenu cette semaine à Nairobi. Cliff a un diplôme en architecture de l’université Jomo Kenyatta et pensait qu’il allait faire des maquettes en 3D mais sa vraie passion c’était les jeux. Il a ensuite suivi un cours en ligne de conception de jeux de l’Université de Pittsburgh et a décidé ave son co-fondateurs de se lancer dans le développement de jeux.

Ils ont réalisé très tôt que les jeux devront être conçus pour des téléphones portables pour avoir une chance quelconque d’atteindre une audience. Dans cette optique, ils ont développé un jeu qui s’appelle Tribal Scars et qui se sera accompagné par une série TV en ligne.

Le pilote de la série TV donne des informations sur les règles du jeu et est en ligne sur le site Bozza.mobi chapeauté par Emma Kay. Depuis sa mise en ligne deux semaines plus tôt, il y a eu 100 téléchargements. Vous pouvez penser que ce n’est pas beaucoup mais ils viennent juste de commencer. Virtual Designs et Bozza se partageront les revenus de la publicité. Le jeu cible les 16 à 35 ans. Selon Onyari, l’opérateur mobile Safaricom est entrain de développer une plateforme similaire à  iTunes et proposera un partage des revenus 70:30 pour les développeurs de contenu. C’est une autre opportunité de monétiser leurs jeux.

Cliff Onyari décrite le jeu comme “une campagne contre le tribalisme dans son pays et nous avons pris contact avec des ONGs pour qu’ils en assurent la diffusion. Il n’y a pas beaucoup de gens qui jouent des jeux sur leur téléphone portable mais la stratégie est d’utiliser la série TV en ligne pour les attirer vers le jeu. Nous voulons aussi vendre des produits d’accompagnement comme des T-shirts ». Toute cette stratégie est bien nécessaire mais le test clé sera de voir si les utilisateurs trouvent le jeu amusant en comparaison avec d’autres jeux intéressants qui seront mis sur le marché.

Quand est-ce Oyari à commencer à jouer des jeux ? « Mon père nous acheté une X-Box et c’est comme cela que tout a commencé. La plupart des gens jouent avec leur ordinateur. La série de la FIFA est un jeu populaire à cause de l’intérêt porté au football ». Les versions originales de jeux produits dans les pays développés se vendent à 8,000KS tandis que les versions piratées d’une qualité raisonnable se vendent à 4,000KS. Les versions originales sont par exemple pour la classe moyenne qui réside à Westlands. Selon ouie dire, les versions piratées peuvent se vendre par centaine chaque jour mais les coûts du piratage sur la qualité sont aussi élevés. Il y a donc bien un marché mais à la moitié du prix de celui que les développeurs de contenu trouve intéressant.

Mais si tout cela ne marche pas, Onyari et ses amis font appel à d’autres amis en Europe ou aux USA qui les leur envoient. A la sortie de Call of Duty 3, ils se sont associés pour acheter une copie qu’ils partagent ensemble.

Onyari estime que les contraintes principales à l’expansion du secteur des jeux sont du côté de l’offre. Il y a des personnes qui ont les qualités professionnelles pour le graphisme et l’animation mais peu de gens ont les qualités professionnelles nécessaires pour la conception d’un jeu et sa finition. Les équipements de finition ainsi que les logiciels sont chers. Même des versions pirates sont chères et pas facile à trouver. En Afrique du Sud, l’organisation qui supporte l’industrie cinématographique a proposé d’acheter les équipements d’animation pour permettre aux animateurs de les partager.

Selon Onyari, les jeunes dans les zones rurales suivent les tendances pour ce qui est de la musique et connaissent tous les chanteurs et par conséquent il n’y a pas de raisons pour qu’il n’en soit pas de même pour les jeux. Cela dit les coûts restent le principale obstacle.

Tandis que la communauté Internet et l’industrie audiovisuelle dans le monde semblent se connecter à l’Afrique à plusieurs différents niveaux, les sociétés de jeux n’ont pas encore prêté beaucoup d’attention au continent. Comme pour les films, les niveaux de piraterie constituent un challenge extrêmement difficile à surmonter pour faire son entrée. Si les opérateurs mobiles attachent plus d’importance au contenu dans un monde de plus en plus centré sur la data, il doit pourtant être possible de créer un marché pour les jeux.