Retrait du monopole de l’internet à la SONITEL

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Les agents de la Société nigérienne des télécommunications (Sonitel) et de sa filiale la Sahélienne de communication (Sahelcom) sont sortis, le mercredi 30 mai dernier, pour dénoncer la révision de loi attribuant la licence globale d’exploitation d’Internet.

Dans une lettre ouverte, adressée au président de la République Issoufou Mahamadou, ils ont exprimé leur ras le bol face aux manoeuvres tendant à liquider leur boîte. Pas du tout tendres, ils ont choisi les mots pour charger les responsables d’Airtel Niger et d’Orange Niger qu’ils estiment être impliqués dans ces manoeuvres. Ils ont vertement pointé du doigt les responsables des autres compagnies de téléphonie mobile qu’ils ont accusés de tous les noms d’oiseaux.

La lettre ouverte des agents de Sonitel et Sahelcom, selon ses initiateurs, ambitionne de mettre en lumière la supercherie et battre en brèche cet argumentaire développé autour des traités et accords internationaux pour justifier la spoliation de la crème du secteur des télécommunications, à savoir la fibre optique et la licence 3G indispensables au devenir de nos entreprises nationales, propriété du peuple nigérien.

Après relecture de la loi portant nationalisation de la SONITEL et de SAHELCOM, pour rappel, les députés nationaux ont, le vendredi 25 mai dernier, procédé au retrait de l’alinéa qui donne le monopole de l’Internet par fibre optique à ces deux sociétés nationalisées. La décision tire sa légitimité du constat que cette disposition de la loi viole les engagements du Niger sur la libéralisation des secteurs de la communication au Niger, notamment les accords qui le lient au FMI et à la Banque mondiale, indique-t-on du côté de l’Assemblée nationale.

En agissant de la sorte, les parlementaires ont voulu rétablir l’équilibre entre la Sonitel et les autres opérateurs de téléphonie qui, eux aussi, ont le droit de faire l’Internet par fibre optique, justifie-t-on.

Ce qu’il faut comprendre par cette décision, c’est que la compagnie de téléphonie désormais nigérienne, qui vendait ou fournissait depuis longtemps l’Internet aux autres sociétés de téléphonie, ne jouera plus ce rôle. Les compagnies de téléphonie mobile Airtel Niger, Orange Niger et Moov Niger, qui achetaient auprès d’elle, ont, elles aussi, la possibilité d’exploiter leurs propres fibres optiques. Certaines en ont même déjà commencé à installer le matériel, semble-t-il.

Au-delà de son caractère de la recherche de l’équilibre, il faut également voir la chance donnée à la Sonitel de se lancer au mieux à la conquête du marché tant national qu’international, avec beaucoup plus d’agressivité et de compétitivité.
Mais la décision des élus du peuple n’est pas sans porter des graves préjudices à la Sonitel qui perd l’essentiel de sa clientèle qui lui booste son chiffre d’affaires, grâce à la vente de l’Internet. Malgré qu’elle soit la première compagnie de téléphonie à opérer au Niger, la Sonitel peine à gagner la confiance des abonnés en dépit de son coût de tarification le plus bas. Deux situations qui risquent de peser sur les caisses de la société qui doit s’occuper de la fin du mois de ses agents.

La décision a vite suscité la réaction des syndicats du secteur, dont la responsabilité n’est pas aussi épargnée dans cette situation, qui ont parlé de corruption au plus sommet dans cette affaire. «Une loi relue et adoptée sans débat en huit minutes par l’Assemblée Nationale. (…).

On ne saurait le trouver, à moins d’avoir le destin maléfique de figurer dans le cercle mafieux de ceux-là même qui ne s’accommodent pas à bafouer les règles élémentaires de l’administration publique qui place la fonction présidentielle à l’échelle suprême dont la saisine ne saurait directement être accessible du point de vue déontologique », ont décrié les agents. Par rapport aux actes et traités supranationaux évoqués, les travailleurs des deux sociétés ont opposé des éléments juridiques qui, selon eux, «…l’Etat a bien la possibilité de prendre les dispositions nécessaires pour non seulement mutualiser les infrastructures des télécommunications au Niger mais garantir une exclusivité à la Sonitel et Sahel-Com, pour leur assurer une compétitivité certaine », estiment les agents.

Combat pour l’intérêt général ou simple réflexe d’instinct de survie ? En tout cas, la réaction musclée des agents de la Sonitel et Sahelcom s’apparente beaucoup plus à des inquiétudes face aux conséquences désastreuses qui pourraient en découler de cette nouvelle mesure parlementaire sur cette boîte dont la survie des milliers d’agents et leurs familles en dépend. «…Qu’adviendrait-il, si un jour tout cet édifice national tombe comme un château de cartes »

Que diront-ils encore si un jour ces mercantiles aventuriers plient bagages à cause d’une probable déperdition du marché ? Ils l’ont d’ailleurs prouvé avec ces changements d’actionnaires à maintes reprises sans que l’Etat du Niger ne rentre dans ses droits.», se sont-ils lamentés. Il faut voir ici les risques de compression et de chômage qui pourraient frapper les travailleurs. Mais sans accuser qui que soit, la situation de la Sonitel semble être une responsabilité partagée. Dans une de leurs réactions, les agents des deux sociétés ont jubilé sur le fait que leurs boîtes doublent Airtel Niger et Orange Niger en termes de travailleurs. Mais pour quels résultats?
Maintenant, le moment n’est plus propice au laxisme et à la léthargie à la Sonitel qui doit innover dans sa politique de communication pour attirer plus de clients, au risque de se voir un jour mettre la clé sous le paillasson à l’image de plusieurs autres sociétés étatiques bradées et réduites aujourd’hui à néant. Faut-il miser sur le nationalisme des Nigériens pour les amener à prendre les produits Sonitel et Sahelcom ? On en doute.
On connaît bien la Sonitel gangrenée par la mauvaise gestion depuis sa reprise par le consortium sino-libyen Dataport incapable de remplir son cahier de charges depuis la privatisation de la société en 2001. Il faut être plutôt très compétitif sur le marché, comme toutes les autres compagnies de téléphonie mobile dont certains ont déjà fêté leur un «millionième» abonné.

Si rien n’est fait, le mal qui a frappé des sociétés d’Etat comme l’OFEDES, la SNTN… risque d’attaquer cette boîte où plus de 1000 agents attendent, à chaque fin du mois, leurs salaires. Une situation qui, selon certaines sources, pousse la Sonitel à bloquer, dès les mimois, toute dépense à cause du paiement des salaires des agents. Si des dispositions idoines ne sont pas prises, il ne faut pas s’attendre à grandchose du côté de la Sonitel et de Sahelcom où la mauvaise gestion a élu domicile depuis quelques années. Le retrait du monopole de l’Internet semble être un jeu puéril de pile ou face pour cette société d’Etat qui pourrait survivre ou mourir.