Nigeria - Les employés de MTN demandent justice

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Les entreprises privées au Nigeria ont tendance à profiter du taux élevé de chômage dans le pays pour rémunérer très mal leurs employés. La preuve est que lorsqu'ils se plaignent, ils sont très souvent licenciés. Les entreprises ne savent que trop bien qu'il y a des milliers de jeunes professionnels désespérés qui font la queue devant leurs portes. Le dernier cas de licenciements collectifs dans le pays ne remonte qu'à quelques semaines. 1.700 jeunes hommes et femmes qui travaillaient pour la société de sous-traitance Communications Network Service Support Limited (CNSSL) se sont retrouvés du jour au lendemain sans emploi.

"Ce que nous avons connu avec CNSSL, c'est de l'esclavage des temps modernes", explique Paul Afolabi, le président du syndicat des travailleurs licenciés. "Nos homologues dans d'autres États gagnent trois fois plus que nous".

C'est ce qui a été découvert en 2010, quelques mois seulement après l'ouverture par CNSSL d'un centre d'appel pour MTN, géant de la télécommunication en Afrique, dans la ville de Jos, dans l'État du Plateau.

Les employés ont immédiatement attiré l'attention de la direction de CNSSL sur cette disparité, espérant que leur situation allait s'améliorer. Mais après un an passé sans qu'une suite soit donnée à leur revendication, certains employés ont commencé à s'agiter. Mécontente, CNSSL a décidé de renvoyer 18 d'entre eux. La mesure sévère prise par la société va calmer l'ardeur des autres employés, mais cela jusqu'au tout début de cette année, lorsque la situation devient insupportable.

Le 14 mars, des personnes censées être des responsables de la Nigeria Labour Congress (NLC), une organisation parapluie pour les syndicats au Nigeria, organisent un piquet de grève et font irruption dans le bureau de la CNSSL. Leur demande est claire. Comment se fait-il que les employés du centre d'appel à Jos gagnent seulement 37.400 Nairas (180 Euros) par mois tandis que leurs collègues à Lagos, Kano et Kaduna gagnent 96.300 Nairas (475 Euros) ?

Après la manifestation, CNSSL et NLC arrivent à parvenir à un accord. Il y aura une augmentation salariale de 22,5 %. Mais au lieu d'honorer l'accord, CNSSL va violer les termes du protocole d'accord signé en mars et en avril: elle ferme le centre d'appels MTN, laissant tous ses employés dans la rue.

Cette mesure provoque immédiatement de nouvelles manifestations. Sous un soleil de plomb en face du complexe de bureaux MTN / CNSSL de Rayfield à Jos, plus d'un millier de personnes, y compris les employés, protestent bruyamment contre leur licenciement abusif. Ils se plaignent également de ce qu'ils considèrent comme une affaire inachevée.

"C'est de l'injustice", lance Gideon Pam, l'un des employés licenciés. "Nous avons travaillé des heures supplémentaires sans rémunération supplémentaire, dans des conditions terribles en espérant que CNSSL allait augmenter nos salaires comme elle nous l'avait promis. C'est méchant de leur part de faire une volte-face et de nous licencier".

Certes, la fermeture du centre d'appel a eu lieu avril, mais la cessation formelle d'emploi pour les 1.700 personnes a débuté seulement le 12 juillet. Ce jour-là, des textos sont envoyés, les notifiant que le centre d'appel à Jos est en train de cesser ses opérations.

Et ce n'est que le 27 juillet que les employés reçoivent un courriel daté, au fait, du 16 juillet, leur disant officiellement qu'ils n'étaient plus des employés de CNSSL.

"C'est très regrettable que MTN fasse des profits hallucinants au Nigeria, mais qu'elle n'ait rien fait en termes de responsabilités sociales des entreprises pour les communautés qui lui ont tant donné", explique le Dr Dan Meshak, militant et animateur du Plateau Intelligentsia, un groupe de jeunes qui œuvrent pour l'intérêt de l'État du Plateau et du pays dans son ensemble.

Le gouvernement nigérian est également l'un des principaux coupables dans la rémunération inadéquate des employés. Les travailleurs sont perpétuellement en grève en raison de la non-application par certains gouvernements au niveau des États du salaire minimum de 18.000 nairas (90 euros) décidé par le président Goodluck Jonathan. Certes, les autorités nigérianes estiment le taux de chômage du pays à un peu plus de 20 %, mais de nombreux experts disent que ce chiffre est une représentation assez modeste de la réalité.

Il y a de cela deux semaines, MTN / CNSSL déclare dans un journal national que la raison derrière la fermeture du centre d'appels est l'insécurité. Beaucoup, y compris le gouvernement de l'État du Plateau, pensent que c'est un mensonge flagrant. Parce que, outre le fait que le centre d'appels est situé dans le partie la plus sûre de la métropole Jos, près de la base aérienne, il a effectivement fonctionné et contraint son personnel à se présenter au travail même dans les situations de sécurité les plus volatiles par le passé.

MTN est l'un des plus grands fournisseurs de services GSM (Global System for Mobile Communications) au Nigeria. Elle a passé un contrat avec CNSSL pour gérer son centre d'appel à Jos et dans d'autres parties du pays. Les manifestants pensent que l'intervention de MTN pourrait faciliter les choses. Mais il semble assez clair où les intérêts du géant des télécommunications sont.

Obtenir une réaction ou un commentaire de MTN / CNSSL sur la question s'est avéré, à ce jour, impossible.

Afolabi se sent lésé. "Nous voulons retrouver nos emplois et les mêmes rémunérations avec nos collègues dans d'autres parties du pays. La vie est difficile sans un emploi, mais la justice est également importante", conclut-il.