Congo-Kinshasa: Matata donne un coup de balai dans les télécoms

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La maîtrise des appels internationaux entrants préoccupe le Premier ministre qui vient d'opter pour plus d'efficacité et de rigueur dans la gestion de ce dossier.
 
Dans une correspondance adressée à la ministre de la Justice et Droits humains, Matata Ponyo donne des instructions précises portant sur la résiliation du protocole d'accord avec le consortium «Télécom et Agilis». Ce, afin de permettre au gouvernement d'opérer rapidement à la maîtrise totale et au traçage des appels internationaux entrants, objets d'une fraude à grande échelle. Le site virtuel que le gouvernement souhaite mettre en place vise justement de juguler cette fraude qui fait perdre au Trésor public plus de 5 millions USD mensuels.
 
En guise d'illustration, le Ghana encaisse plus de 100 millions USD dans les appels internationaux entrants, là où la RDC ne tire que 12 millions USD. La fraude a donc atteint des cimes insoupçonnées dans ce domaine.
 
Ayant fait de l'assainissement de l'environnement des affaires son cheval de bataille, le chef du gouvernement ne se laisse pas distraire par des engagements qui visiblement n'ont pas été pris en faveur de la République.
 
Aussi, s'adressant aux ministres de la Justice, du Budget, de la Défense nationale, des Postes, Téléphone et Nouvelles technologies de la communication et de l'Information (PT et NTIC) ainsi que celui des Finances, il a commencé par rappeler la genèse de ce dossier qui s'inscrit « dans le cadre de la lutte contre la fraude en matière des télécommunications, notre pays a lancé, via le BCECO, un processus d'appel d'offres visant à recruter une firme qui devra aider le gouvernement à avoir une mainmise des flux des appels internationaux entrants ».
 
La démarche bute cependant à une difficulté en lien avec l'existence d'un protocole d'accord conclu avec le consortium « Télécom et Agilis ». Matata Ponyo poursuit : « Cependant, un consortium composé d'entreprises - Télécom et Agilis - a réagi à cette démarche en faisant état d'un protocole d'accord signé avec le gouvernement sur le même objet, et publié au Journal Officiel du 25 mars 2011 ».
 
Pour cette raison, le gouvernement a initié des enquêtes appropriées afin de se faire une idée exacte de cet opérateur ainsi que de veiller sur les intérêts de la République en rapport avec ce protocole d'accord. Matata Ponyo se justifie dans sa correspondance : « Et, afin de s'assurer de la pertinence de ce protocole d'accord au regard des impératifs de gouvernance, le ministre des Finances a obtenu des informations précieuses du cabinet DLA Piper qui, du reste, dans le cadre de la facilité juridique de la BAD nous assiste déjà sur des dossiers relatifs aux « fonds vautours ». Qu'en est-il des informations fournies par cette firme française ?
 
Le Premier ministre l'indique dans la correspondance précitée : « En substance, ces informations indiquent des sérieux doutes sur la capacité réelle de l'entreprise Télécom à pouvoir rencontrer les desiderata du gouvernement par rapport à la taille et à son expérience dans le domaine visé ». La conséquence que tire le Premier ministre est sentencieuse : « D'où, la nécessité de résilier ledit protocole d'accord ».
 
Plus précis, Matata Ponyo écrit à la ministre de la Justice de manière tranchante : « A cet effet, je vous demande d'examiner diligemment, de concert avec les ministères des Finances, du Budget et des NTIC ainsi que l'ARPTC, tous les contours du problème en vue d'aboutir effectivement à cette résiliation, au mieux des intérêts de la République ».
 
Cette position du gouvernement de la République ouvre la voie à la désignation d'un opérateur ayant fait ses preuves dans le domaine sur des bases objectives et non sur du sable mouvant. Des appels internationaux entrants, pris en charge par des numéros locaux, occasionnent un manque à gagner préjudiciable au Trésor public. Ce coup de balai traduit la détermination du gouvernement dans la recherche d'un meilleur encadrement des recettes de l'Etat.