Cote d'Ivoire: Transition numérique - "Il nous faut aller à des solutions plus avancées", selon Sy Savané

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« Libéraliser, ce n'est pas substituer un monopole public à un monopole privé. La libéralisation dont nous parlons doit être transparente, réelle et équilibrée », a tenu a précisé Sy Savané.

Le président de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca), Ibrahim Sy Savané, s'est prononcé, le 6 novembre dernier, à Abidjan-Cocody, sur les enjeux de la libéralisation de l'espace audiovisuel et le basculement de la Côte d'Ivoire vers le « tout numérique. »

C'est à travers la conférence-inaugurale qui marque la rentrée académique 2013-2014 de l'Institut des sciences et techniques de la communication (Istc) que Sy Savané a expliqué la politique de transition numérique de l'État. Cette migration vers la télévision numérique, selon lui, a pris forme avec l'installation du comité de pilotage le 30 octobre dernier.

« Libéraliser, ce n'est pas substituer un monopole public à un monopole privé. La libéralisation dont nous parlons doit être transparente, réelle et équilibrée », a tenu a précisé Sy Savané.

« En ce qui concerne la transition numérique, il nous faut aller vers les solutions avancées », a-t-il suggéré. Car, dira-t-il, si nous enclenchons un système au rabais, cela se fera au détriment de nos chaînes de télévision à venir. D'où un enjeu technologique.

Insistant sur les « enjeux de la libéralisation et du tout numérique », il a dit qu'ils sont énormes et en a identifié cinq essentiels. Il s'agit des enjeux démocratiques, culturels, sociétaux, technologiques et géopolitiques.

Pour ce qui est de l'enjeu démocratique, le président de la Haca a indiqué que la pluralité des chaînes entraînera une diversité de contenus des programmes de télévision. « On comprendra mal qu'une seule chaîne de télévision prenne en compte l'ensemble des préoccupations du peuple », a-t-il précisé.

Sur le plan culturel, la libéralisation peut être un atout, selon lui, pour véhiculer la culture ivoirienne sur de nombreuses chaînes. « Nous sommes convaincus que la libéralisation peut avoir un impact sur la culture. La monoculture est une erreur et l'importation de ce que nous consommons est également une erreur », dira-t-il. Avant de déplorer: « l'influence culturelle de la Côte d'Ivoire ne se traduit pas dans sa politique audiovisuelle.» Mieux, le président de la Haca a affirmé: « la jeunesse ivoirienne a influencé toute l'Afrique de l'Ouest (... ) en revanche, la Côte d'Ivoire se contente d'ingurgiter les productions de la sous-région.»

Quant à l'enjeu économique, le conférencier a souligné que les milliards de francs Cfa qui servent à acheter des films pourront être économisés et orientés vers le développement des productions locales. Par ailleurs, la publicité y trouvera également son compte. A cela, il faut ajouter la création d'emploi vu que beaucoup de métiers s'emboîtent avec le « tout numérique. »

En ce qui concerne le plan géopolitique, il a donné l'exemple dela chaîne Al Jazeera, a influencé le monde des médias. C'est la preuve, à l'en croire, de l'importance de la télévision à positionner un État quelle que soit sa taille sur le plan international.

Abordant le retard qu'a pris la Côte d'Ivoire dans le cadre de la libéralisation, le ministre Sy Savané a soutenu que ce n'est pas pertinent de libéraliser en analogie. Surtout que le basculement vers le numérique est attendu pour le 17 juillet 2015 conformément à l'accord entre les États de la sous-région et de l'Union internationale de la télécommunication (Uit).

« L'ambition de l'État, c'est d'offrir des chaînes économiquement viables. C'est pourquoi, il faut engager d'abord le basculement », a-t-il indiqué.

Expliquant le risque qu'il y a à ne pas libéraliser, il a soutenu que cette position figéeest mise en touche par l'avancée technologique. « Les enjeux techniques font que des gens peuvent créer des chaînes sans s'en référer aux États. Il y a eu des télévisions pirates en Côte d'Ivoire », dira-t-il.

Par ailleurs, le président de la Haca, Ibrahim Sy Savané, a tenu à préciser que le milliard de francs Cfa demandé aux éventuels opérateurs n'est pas une caution mains plutôt un cautionnement. Il s'agit, selon lui, d'une attestation dans laquelle une banque s'engage à financer les investissements de l'opérateur.

Évoquant l'avenir de la chaîne publique Radiodiffusion télévision ivoirienne (Rti), il a soutenu que la libéralisation peut être une plus-value. Avant de souligner: « tout changement devient une menace dès que vous n'anticipez pas. »