Rapport général de la conférence internationale sur l’avenir des médias francophones

Actualités de la convergence

En partenariat avec le Pôle médias HEC Montréal, Montréal, 8 – 10 octobre 2014.

Par Monsieur Ibrahim SY SAVANÉ, Rapporteur général de la Conférence.

Préambule
Dans sa très grande diversité, la Francophonie ne donne pas toujours le même sens aux mêmes mots. Ainsi lorsqu'on m'a demandé d'être le Rapporteur général de cette conférence, je me suis demandé quelle signification se cachait derrière ce terme. Dans certains contextes, rapporteur peut avoir un sens très noble, dans d'autres, rapporteur n'est pas le compliment le plus recherché. Durant ces deux jours, j'ai surpris beaucoup de soupirs de commisération à mon égard : comment en effet rapporter ce genre de rencontre ?

Mais dans ce genre de situations, il ne faut pas se poser trop de questions métaphysiques. Et de toutes les façons, nous avions convenu, avec les organisateurs, qu'il s'agissait de capter quelques mots clés, de saisir l'esprit, au-delà des mots, tout en s'autorisant quelques commentaires.
Évidemment, il ne s'agit donc pas d’un verbatim. Qui prendrait le risque de transmettre aux chefs d'Etats et de gouvernements francophones tout ce que l’on a pu dire lors de ces journées. Sauf à prendre le risque de nous faire passer pour des gens qui ne se sont pas contenter de sirop d'érable mais ont envisagé bien d'autres breuvages !

De même que Clément Duhaime, Administrateur de l'OIF, disait qu'il ne s'agissait pas d'Etats généraux des médias, ce rapport n'est pas, non plus, un rapport général.
Séance d’ouverture

Parfois, les cérémonies d'ouverture sont redoutables. On les considère comme des sessions protocolaires, un peu ennuyeuses. Or, force est de reconnaître qu'il n'en fût rien, que, bien au contraire, des choses essentielles ont été dites à l'entame de la Conférence. L'on pouvait craindre un trop grand consensus. Or, bien souvent, derrière un consensus, il y a un malentendu. Il est vrai que le but n'était pas, non plus, de créer des « dissensus » juste pour épicer les choses.
[J'entends d'ici quelque puriste se demander si le mot dissensus existe. Il faudrait savoir : on ne peut pas à la fois demander à la Francophonie de faire preuve d'audace et récuser les mots qui expriment le mieux certaines idées.]

Toujours est-il que chaque intervenant a délivré sa part de message avec ses propres nuances.
Madame Sylvie Barcelo par exemple, a insisté sur la diversité qui fait partie de l'ADN de la Francophonie, mais elle a également pointé la nécessité de préserver une information de qualité qui doit prendre le pas sur la rumeur. [Il est vrai que l'Internet, ce merveilleux internet est aussi parfois un système de blanchissement de l'information].

Une des réponses à cet état de fait ainsi qu'à la domination de l'anglais est selon Mme Barcelo, le développement d'une offre de contenus de qualité équivalente ou supérieure à ce qui se fait.
Toutefois, cela suppose, au-delà de l'énonciation et nécessairement, le renforcement de l'espace économique francophone.

L’Honorable Christian Paradis a ainsi mentionné les grandes lignes de cette stratégie économique de la Francophonie. Tout en rappelant à son tour, l'obligation pour les médias francophones d'innover. Son intervention fut empreinte de beaucoup de volontarisme qui manque parfois.
Faisant échos tout en prolongeant, Clément Duhaime, Administrateur de l'OIF, note que l'espace francophone dispose d'atouts non négligeables pour jouer un rôle de tout premier plan dans la révolution technologique qui se déroule à vitesse accélérée. Cette tâche, il est vrai, est d'autant plus ardue qu'elle consiste à changer tout en demeurant ce que l'on est.

La révolution technologique selon M. Duhaime, ne doit en aucun cas se faire au détriment de la culture. La culture qui demeure, en ces temps chaotiques et de confusion, le socle le plus solide de la Francophonie. D'ailleurs, l'Administrateur de l'OIF, rompant avec une certaine orthodoxie langagière, a même évoqué un « soft-power » francophone.

Et, comme les deux premiers intervenants, il considère que le continent africain aura un rôle majeur du fait de son poids démographique. Cependant, cette opportunité qu'offre l'Afrique ne se transformera en avantage décisif que dans la mesure où l'éducation, le pluralisme et la démocratie joueront leur rôle d'adjuvants indispensables.

Tout en rappelant le contexte de confrontation économique et capitalistique, Sylvain Lafrance, Directeur du pôle media d'HEC, a commenté l'existence et l'inexistence des modèles d'affaires et surtout les risques de marginalisation qui guette les espaces comme la Francophonie, si celui-ci demeure velléitaire et hésite à s'engager plus résolument dans le grand jeu des rapports de force.
Différentes forces sont en effet en interaction, parmi lesquelles, celles de la démographie et des configurations géopolitiques peuvent être de bonnes cartes dans le jeu francophone. Mais pour les médias, un enjeu essentiel - peut-être le plus important - est la capacité de ceux-ci à créer ce qu'il appelle « la conversation », au sens de cohésion sociale. À la fin des fins, le défi majeur est d'accroître la contribution de l'espace médiatique à la construction sociale.

Analysant l'impact des mutations, Marie-Christine Saragosse, PDG de France Medias Monde, et grand témoin [remarquons au passage que témoin n'a pas d'équivalent féminin, je n'ose pas imaginer pourquoi], perçoit le caractère ambivalent des technologies qui ne sont, selon elle, ni bonnes ni mauvaises. Le plus important étant l'usage qui en découle. Il n'est pas cependant question de minimiser les questions d'adaptation aux réalités et aux évolutions. Ni de céder, selon ses termes, à « l'ivresse des flacons des contenants en oubliant les contenus ».

Une des préoccupations de Mme Saragosse, réside dans l'inéquité qui règne parfois sur ces marchés asymétriques, se drapant dans les plis confortables de la loi de l'offre et de la demande.
Le second grand témoin, Mactar Sylla, à la fois homme de grande expérience et de grands projets, après avoir décrit son parcours tellement dense, relève, en le déplorant, le sous-investissement dans les médias de l'espace francophone en général et en particulier en Afrique. L'immense contribution du Continent dans les domaines de l'art, de la culture, du sport ne se reflète pas dans le domaine médiatique. Ce paradoxe ne peut être dénoué d'après lui, qu'en ayant recours à de véritables partenariats qui commencent par la mise en commun de moyens humains, techniques, technologiques et financiers. M. Sylla a vanté à juste titre, les énormes potentialités du continent qui ne peuvent que se réaliser à brève échéance. Cela peut et doit se faire avec la bonne volonté de l'espace francophone. Mais il existe aussi le risque que cela se fasse sans lui, mais avec d'autres.



Commentaires


Les médias francophones avancent à marches forcées, vers la gestion des contraintes économiques volontairement ou non occultées pendant trop longtemps. Naguère et parfois encore maintenant, les simples notions de « business plan » étaient considérées comme sacrilèges. Peut-être fallait-il, pour adoucir les choses parler de « plan d'affaires ». Aujourd'hui peut-on continuer d'opposer Économie et Culture ?

Je préfère citer ici Malraux (on lui a déjà mis tellement de citations sur le dos, que cela ne lui fera pas plus de mal). Il aurait donc dit cette chose essentielle, je cite: « par ailleurs, le cinéma est une industrie ». Tout est dans le « par ailleurs ». Avec cela on peut réconcilier, sur cette question, les positions en apparence contradictoires.

Avant d'aller plus loin, je voudrais faire un dernier commentaire sur cette nouvelle vision de l'Afrique qui serait l'avenir du monde francophone et même du monde tout court. Comment ne pas apprécier ces instants rares de félicité, quand on sait que cette Afrique-là, vient de très loin et qu'elle a échappé à plusieurs tentatives de « « lynchages médiatiques. Voici ce qui a été publié il y a des années dans un très grand quotidien d'un très grand pays francophone du Nord. Certes, il s'agissait d'une tribune libre, mais cela a été publié.

Ouvrons donc les guillemets : « l'Afrique, un ramassis de républiquettes clochardisées, sans passé ni avenir, dont la disparition ne changerait rien à la marche du monde ». Un célèbre intellectuel africain dit qu'il faut faire attention à la balistique des mots. Oui, en effet.
Au moment où gonfle cette espérance africaine, il est bon d'accroître notre vigilance collective en faveur d'une véritable solidarité francophone.

[Comme on l'entend chez moi, on ne peut dire quand tout va bien: « tu es mon frère », et quand tout va mal : « tu n'es plus mon frère ». Il n'existe pas d'anciens frères. Alors, quitte à prôner un œcuménisme de raison, nous avons un devoir d'attention réciproque, faute de quoi, toutes ces constructions, tous ces échafaudages de l'espace francophone ne pourront tenir au-delà de notre génération actuelle.]

Comme je l'ai laissé entendre, cette cérémonie inaugurale avait déjà tout dit. Mais, il fallait dire le reste. Cela a été l'affaire des panelistes. Se faisant, nous n'avons pas véritablement changé ni d'échelle ni de registre.
Premier panel
Onze panelistes et un modérateur ont traité du thème « Nouvelles techniques, nouveaux usages des médias. »

De nombreux constats et diagnostics ont été faits autour de la maîtrise des nouvelles techniques et de la prise en compte des attentes des nouveaux publics. Certains de ces constats estiment que les médias sont, de gré ou de force, soumis à la logique de l'offre et de la demande. Les usages sont en effet bouleversés par des offres plus instantanées, interactives et surtout gratuites. Dans ces conditions, une meilleure connaissance de l'audience est indispensable. Que cela nécessite le recours à des algorithmes analytiques que certains dénoncent par ailleurs, ou à des méthodes plus empiriques, il s'agit là d'une indispensable adaptation. C'est ce qui pourrait accroître les chances de survie et d'expansion des médias francophones.

Dans ce contexte, le passage au numérique devrait être une occasion pour se défaire de modèles obsolètes de gestion et pour restructurer toute la chaîne de valeur. Il ne faut pas que la fascination pour la composante technologique fasse perdre de vue la production de contenus attractifs.
L'on ne peut en effet espérer capter et retenir l'attention de nouveaux usagers tout en n'offrant que des programmes largement usagés. Le ratage de ce nouveau virage ferait courir à des médias du Sud, comme du Nord, le risque d'une soumission à une sorte de néocolonialisme. [Chacun peut relever qu’une certaine verdeur de langage de bon aloi a été de mise dans les panels].
L'adaptabilité, l'innovation et même ce que plusieurs interventions ont appelé « l'agilité » sont à même d'éloigner ces funestes perspectives.

Des exemples, aussi bien au Vietnam, en Afrique, en Europe et ici au Canada, montrent clairement que cet esprit de créativité n'est l'apanage de personne. Il reste que des cas de réussites évidentes, à défaut d'être copiés, peuvent inspirer. Il faut aider à développer la culture du changement et ne pas avoir peur du futur dans les médias francophones.
Ce changement doit-il se faire graduellement, de façon incrémentielle ou consiste-t-il à engager une vraie rupture ? Il doit surtout s'opérer de façon permanente, dans la mesure où les évolutions sont-elles mêmes, continues.

En tout cas, plusieurs intervenants au panel ont noté que l'innovation ne saurait consister à utiliser de nouvelles technologies pour perpétuer d'anciennes méthodes. L'outil seul ne suffit pas. Il faut penser et adapter toute l'organisation ainsi que les produits. Si chacun est appelé à fournir des efforts individuels, il y a également lieu d'agir ensemble pour élargir l'espace de la Francophonie numérique. Une suggestion explicite d'un moteur de recherche francophone a été ainsi faite.
S'il fallait faire un commentaire, on peut dire que la diversité des intervenants, le caractère très varié, hétérogène mais pas hétéroclite, des expériences ont été une des caractéristiques du panel. Le risque de substituer des monologues superposés à un véritable dialogue n'était pas négligeable. Ce risque a été évité.

Deuxième panel
Ce panel a réuni un modérateur et 15 participants, pour échanger autour du thème « Quelles adaptations aux mutations technologiques et pour quels nouveaux publics ? »
La nécessité de s'adapter à des évolutions techniques et même sociologiques a d'emblée été évoquée. Avec la mobilité, ainsi que les bouleversements des temps d'usage de l'audiovisuel, Il s'agit, à la fois d'être attentif à son public et de tirer le maximum de profit des nouveaux outils du numérique. Une des questions évoquées au cours de ce Panel a été de savoir comment mettre ces avancées techniques, en particulier celle du numérique, au service de contenus culturels, de l'éducation par exemple. Cela suppose également que les financements publics qui ont eu tendance à s'éroder ces derniers temps, soient maintenus, voire renforcés. D'autant que la spécificité de l'audience de l'audiovisuel public a été rappelée. Celle-ci, à en croire un des intervenants, n'est pas constituée de consommateurs mais de citoyens. Ce distinguo justifiant l'interpellation des Etats et gouvernements à continuer de financer l'audiovisuel public. Une trop grande fragilité de celui-ci étant de nature à mettre en cause son indépendance.

L'idée qu'il existe une corrélation entre les contraintes des Etats impécunieux et leur parcimonie à l'égard des entités publiques n'a pas fait l'objet de débats. Avec l'avènement de nouveaux acteurs dans l'audiovisuel qui suscitent des peurs fondées ou irrationnelles, la question du financement de l'audiovisuel public sera une des plus importantes des prochaines années.

Par ailleurs, si la coopération en général a été exaltée, certains intervenants ont proposé des modalités concrètes qui mériteraient d'être relayées. Ainsi, Radio France Internationale a fait la promesse de mettre son fond numérique à la disposition de tous, alors que de son côté, France Médias Monde se propose de développer une base de données d'experts et d'universitaires francophones susceptibles d'apporter des éclairages lorsque surviennent certains événements. Un projet de « résidence numériques d'artistes francophones » a été également annoncé. Ces propositions ont paru très concrètes et méritaient donc d'être mentionnées.

Si le panel a été plus ou moins consensuel, il faut noter qu'un des rares représentants de l'audiovisuel privé a posé un diagnostic que certains trouveront pessimiste et d'autres lucide. Selon ce diagnostic il ne reste à la Francophonie que la bataille du contenu. Les autres batailles, à savoir celle de la technologie et celle du financement, étant déjà perdues depuis bien longtemps. Au demeurant, même cette dernière bataille est loin d'être gagnée. Pour accroître ses chances, la Francophonie devra se mobiliser, y compris au plan institutionnel, et de façon plus massive autour de cet enjeu majeur de la production de contenu. La création d'une agence dédiée à cette problématique a été proposée. L'intervenant a suggéré de façon très lyrique que la Francophonie rompe avec un certain lyrisme improductif.

L'analyse de la vitalité de la Francophonie n'est pas entièrement partagée par certains participants qui ont mis en garde contre une sorte d'optimisme béat, alors que de fait, le français aurait tendance à reculer, du moins dans les colloques et les productions médiatiques. C'est pourquoi, une fois encore, la créativité, le renforcement des moyens, la confiance et la fameuse agilité, ont de nouveau été évoqués comme des leviers importants.
Troisième panel

« Quel espace médiatique francophone dans dix ans ? » était le thème du dernier panel. De ce point de vue, il était d'une importance capitale, dans la mesure où la question de l'anticipation, de la vision du futur paysage médiatique a structuré pratiquement toute la rencontre.

Un des premiers intervenants, Abdelmounaïm Dilami, Président du groupe l'Economiste, a d'emblée noté un certain recul du français dans les médias au Maroc par exemple. Il est probable que le français ne conserve qu'une place marginale dans son pays. Si l'on ne peut extrapoler à partir de cet exemple, reste que cette tendance ne saurait être occultée. Au demeurant, ce recul de la langue française ne signifie pas un recul des médias qui sauront s'adapter à ces évolutions linguistiques.

Le second paneliste s'est demandé si, en ce qui concerne l'avenir des médias francophones, il n'est pas déjà trop tard. Mais, comme l'avenir dure longtemps, André Provencher, vice-Président, développement international de Quebecor, a répondu lui-même, en présentant une réalité certes préoccupante mais loin d'être désespéré.

Là aussi, la créativité a été évoquée, comme une réponse adéquate. Autrement dit, le futur dépend de la capacité à créer y compris ensemble, en nouant éventuellement des alliances en la matière, en associant des talents de divers pays. Avec, à terme, l'idée de créer un marché de contenus francophones.

La troisième intervenante, Madame Françoise Le Guennou-Remarck, directrice des relations institutionnelles et de la communication de Canal+ Afrique, a apporté un témoignage sur l'évolution de son groupe qui s'est déroulé dans un relatif scepticisme. Selon elle, il s'agit d'un succès, même s'il a fallu s'adapter en permanence aussi bien au plan technologique que dans la mise en valeur de contenus de proximité. L'idée de la création d'une chaîne de séries francophones s'inscrit bien évidemment dans la recherche de croissance mais représente une contribution importante à la structuration de l'espace audiovisuel francophone.

Elle a cependant rappelé que la qualité, qui dépend de la formation, est indispensable pour mieux appréhender le futur. Une allusion a été faite à la télévision numérique terrestre, dont l'avènement est inéluctable, mais qui emprunte dans bien des pays d'Afrique francophone notamment, un chemin d'accès très escarpé.

La saga d'Africa N°1 a été narrée par Dominique Guihot. Cette histoire, qui est loin d'être terminée, a connu de nombreuses contrariétés. L'on retient cependant que l'idée qui est à la base de la création de cette radio a été perçue en son temps, comme un exemple réussi de coopération Nord-Sud.

Une perception originale a été apportée par un intervenant, Jacques Pilet, journaliste, Conseiller internationale du groupe suisse Ringier. Selon lui, et en dépit des batailles entre grands groupes au niveau mondial, les médias francophones, ont encore toutes leurs chances. Tout n'est pas dit et des possibilités de faire évoluer les modèles en douceur pour soutenir l'expansion existent bel et bien. La qualité de l'information, la valeur ajoutée éditoriale sont susceptibles de faire la différence.

Parmi les intervenants, Madame Sana Sbouai a présenté une initiative originale et très ambitieuse qui, au-delà de l'exemple de la Tunisie, pourrait être une alternative crédible à la désaffection des médias par une nouvelle génération avec laquelle il faudra évidemment compter, si on considère qu'elle est l'avenir.


Jean Kouchner, Secrétaire général international de l'Union de la presse francophone, considère que le plus important est une pratique et une éthique professionnelles du métier. La langue, certes importante, n'est pas indépassable. L'essentiel est l'information des citoyens. Selon lui, il ne faut pas minimiser les nouvelles formes du journalisme. Ce serait une erreur de les garder aux marges.

Tom Pentefountas, vice-Président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) note les difficultés de la régulation, à cause entre autres raisons, de la vitesse des changements qui interviennent dans ce secteur. En filigrane, c'est l'adaptation des modes régulatoires qui est en cause. La dimension économique devant être mieux appréhendée. Comment réguler les grands groupes et contenir leurs tentations trop hégémoniques, sans pour autant contrarier leur capacité d'investissement ?



La protection des intérêts du consommateur demeure cependant une mission essentielle du régulateur. En revanche, la régulation de l'Internet est considérée par lui, sinon comme impossible, du moins extrêmement difficile à mettre en œuvre.

Une des dernières interventions de ce panel 3 a été celle de Mohamed Soumana Maiga, secrétaire général du réseau de l'audiovisuel public d'Afrique francophone, qui a analysé l'impact d'Internet sur l'ensemble de l'audiovisuel et des médias. D'après lui, il y aura une véritable explosion. De nombreuses productions qu'il qualifie de « low cost », verront le jour et contribueront à la création d'emplois. Il s'est penché plus spécifiquement sur le cas des télévisions publiques en Afrique, qui ont plus que jamais besoin de meilleurs systèmes de management, de formation et de financements de productions qui intègrent l'ensemble des attentes citoyennes, en dépassant les particularismes identitaires.

Pour finir
Au total, même si la parole a été parfois minutée, ces journées ont été extrêmement riches. L'avenir se construit chaque jour. Il faut agir entre, l'euphorie excessive, le pessimisme qui ne l'est pas moins, en organisant de véritables partenariats.

Avant de conclure, je reviens sur l'Afrique qui a été la grande vedette de notre rencontre. On ne peut que s'en réjouir. Mais, c'est une opinion personnelle que je vais exprimer : L'Afrique, dans les batailles à venir, aura-t-elle ou non une place à l'état-major? Elle ne peut plus être un soldat supplétif, un tirailleur. À elle aussi de montrer et de démontrer son intention d'occuper la place qui lui revient.

Nous terminerons par une interrogation : quel sort peut être réservé aux suggestions, avis recommandations qui ont émaillés notre rencontre?
Au fond, la réponse à cette question dépend de chacun de nous, individuellement et collectivement.

Il faut croire, mais surtout agir.
Cela revient à faire preuve de pessimisme actif. Ce qui est toujours mieux qu'un optimisme passif.
Je vous remercie. Monsieur Ibrahim SY SAVANÉ.

 

Crédit photo: Sylvain Béletre, Balancing Act.